lundi 12 octobre 2015

Où en est l’épidémie d’Ebola ?

Un an et demi après que le premier cas d’Ebola a été détecté en Guinée en mars 2014, l’épidémie d’une ampleur sans précédent, qui a ravagé trois pays d’Afrique de l’Ouest, n’a jamais été aussi près de s’achever. Il est encore trop tôt pour l’affirmer, car il faut attendre le délai de quarante-deux jours (deux fois la durée maximale d’incubation) sans nouveau cas pour le déclarer. Mais l’annonce, mercredi 7 octobre, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qu’« aucun cas confirmé de maladie à virus Ebola n’a été notifié au cours de la semaine se terminant le 4 octobre » attise l’espoir.

 

Un panneau appelle à arrêter la stigmatisation envers les rescapés d'Ebola, en Sierra Leone, le 12 août.
Un panneau appelle à arrêter la stigmatisation envers les 
rescapés d'Ebola, en Sierra Leone, le 12 août. Sunday Alamba / AP
 Le sujet reste néanmoins à l’agenda des dirigeants politiques. Lundi 12 octobre, la Commission européenne et la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne organisent, pendant trois jours, une conférence pour analyser l’impact de l’épidémie d’Ebola sur la sécurité sanitaire européenne et améliorer la réponse des Etats membres aux situations d’urgence.
  • Où en est la progression de l’épidémie ?

C’est la première fois qu’une semaine s’écoule sans aucun nouveau cas confirmé d’Ebola, depuis que l’épidémie a officiellement été constatée en mars 2014 – le premier cas, celui du « patient zéro », remontant à décembre 2013. Les derniers cas recensés sont survenus en Guinée : deux dans la préfecture de Conakry dans la semaine du 14 au 20 septembre, et quatre dans celle de Forecariah, les 26 et 27 septembre.
Au total, selon le dernier bilan de l’OMS, 28 421 cas (confirmés, probables ou suspectés) ont été signalés pour les trois pays les plus affectés : Guinée (3 804 cas), Liberia (10 672 cas) et Sierra Leone (13 945 cas). Ils ont entraîné 11 297 décès : 2 534 morts en Guinée, 4 808 morts au Liberia et 3 955 en Sierra Leone. Trente-six autres cas, dont quinze mortels, sont survenus dans sept autres pays : Espagne, Etats-Unis, Italie, Mali, Nigeria, Royaume-Uni et Sénégal. Parmi les personnes touchées par l’épidémie, 881 membres du personnel soignant ont été infectés en Guinée, Liberia et Sierra Leone et 513 ont succombé à Ebola.
L’OMS précise qu’en Guinée 509 personnes ayant été en contact avec un individu infecté au cours des vingt et un jours écoulés (ce qui correspond à la durée maximale d’incubation de la maladie) continuent d’être suivies afin de savoir si le virus leur a été transmis. De plus, 290 autres personnes en contact avec un malade ont été identifiées mais n’ont pu être retrouvées.

Le Liberia a été déclaré débarrassé de la transmission du virus Ebola le 3 septembre.
Le Liberia a été déclaré débarrassé de la transmission 
du virus Ebola le 3 septembre.  STRINGER / REUTERS


En Sierra Leone, la semaine qui s’est achevée le 4 octobre était la troisième consécutive au cours de laquelle aucun cas n’a été notifié. Toutes les personnes en contact avec un malade ont terminé leur période d’observation de vingt et un jours, mais deux contacts à haut risque n’ont pu être retrouvés. Enfin, le Liberia a été déclaré débarrassé de la transmission du virus Ebola le 3 septembre, à l’issue d’une période de quarante-deux jours sans cas. Néanmoins, des tests sanguins sont réalisés à travers le pays afin de détecter une éventuelle circulation du virus.

L’existence, en Guinée, surtout, mais aussi en Sierra Leone, de personnes ayant récemment été en contact avec une chaîne de transmission active d’Ebola, mais qui ont échappé à la surveillance, fait dire à l’OMS qu’il « persiste un risque à court terme de futurs cas ».
  • Que deviennent les survivants d’Ebola ?

La Guinée compte 1 261 survivants de l’épidémie. La coordination nationale de lutte contre la maladie a tenu un atelier du 5 au 7 octobre à Kindia afin de répondre à cet enjeu, notamment la stigmatisation dont ils ont été victimes et leurs besoins, aussi bien psychologiques que socio-économiques.
La Sierra Leone, elle, compte plus de 4 000 survivants, dont un peu moins de 1 600 enfants. Un programme spécifique a été mis en place par le gouvernement afin de leur apporter à la fois le soutien sanitaire et psychosocial ainsi que des moyens d’existence.
Au Liberia, les survivants sont environ 1 200. Ils font l’objet d’une approche dite « intégrée », développée en partenariat avec la Croix-Rouge, Médecins sans frontières (MSF), Médecins du monde, l’Unicef et d’autres organisations. Quatre établissements hospitaliers de Monrovia et du comté de Bomi (au nord de la capitale) consacrent une aile aux soins pour les survivants.
(...)

Le Monde,

mardi 31 mars 2015

Ebola, un virus qui fait trembler le monde depuis un an

En mars 2014, le monde découvrait une épidémie de fièvre à virus Ebola qui, pour la première fois, ne restait pas cantonnée à des populations isolées mais prenait d'assaut des villes surpeuplées. Récit d'un an de lutte.


• Le premier mort
En décembre 2013, un enfant de deux ans meurt soudainement dans son village de Meliandou (sud-est de la Guinée). A la mi-mars, le ministre de la santé Guinéen annonce qu'au moins 23 personnes sont mortes dans le sud d'une «maladie non encore identifiée» et une mission est envoyée sur place.
L'enfant de Meliandou sera identifié comme le «patient index», premier malade connu de l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest, selon l'équipe française qui a identifié le virus. Une autre équipe lui préfère, dans une étude publiée dans «Science», une guérisseuse traditionnelle enterrée dans une village de Sierra Leone, près de la frontière avec la Guinée. 

• Ebola démasqué
Le virus Ebola, découvert en 1976, appartient à la famille des filovirus. Le virus Ebola, découvert en 1976, appartient à la famille des filovirus. 
 
Le 21 mars 2014, l'Institut Pasteur confirme qu'Ebola est présent en Guinée: la souche responsable de la première épidémie d'Ebola connue en 1976 au Zaïre, est identifiée par les équipes du laboratoire P4 de Lyon. «L'émergence de cette souche à 2 000 kilomètres de son apparition est assez mystérieuse», confie au Figaro Sylvain Baize, responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales. L'Afrique de l'Ouest fait face à un virus redoutables qui tuera 70% de ses victimes.

• Une capitale contaminée
Les autorités guinéennes confirment, le 24 mars, la découverte de quatre cas à Conakry, où vivent plus de deux millions de personnes. L'arrivée du virus dans une zone densément peuplée marque un tournant dans la propagation de cette maladie qui jusqu'à présent était toujours restée cantonnée à des petites communautés isolées.

• L'alerte de Médecins sans frontières
Médecins sans frontières, dont l'expertise sur Ebola est reconnue et qui s'est impliquée dans toutes les épidémies recensées jusqu'à aujourd‘hui, s'inquiète le 31 mars d'une épidémie «sans précédent» mais peine à être entendu. En première ligne sur le terrain tout au long de l'épidémie, MSF devra faire face à des défis logistiques considérables.
Début avril, les pays frontaliers de la Guinée commencent à mettre en place des plans de protection (surveillance des aéroports, suspension de l'octroi de visas...). En France, plusieurs dispositifs de surveillance sont mis en place mais la ministre de la Santé Marisol Touraine estime qu'il n'y a «pas de raison de s'inquiéter».

• La Guinée crie victoire… un peu trop tôt
Un véhicule d'urgence victime d'un jet de pierre à Lola (Guinée) en février 2015. Un véhicule d'urgence victime d'un jet de pierre à Lola (Guinée) en février 2015.
 
L'épidémie est désormais «sous contrôle» en Guinée, clame le ministre des Affaires étrangères le 14 mars 2014. La suite lui donnera tort, et un nouveau pic épidémique sera annoncé à la mi-juin par l'OMS. Plusieurs facteurs compliquent le contrôle de l'épidémie: elle a été repérée tardivement, les modes de contamination sont mal connus de la population qui est réticente à adopter les règles d'hygiène recommandées et à se faire soigner, les rites funéraires locaux sont une source importante de contamination et les systèmes de santé, sinistrés, ne peuvent pas faire face. L'épidémie s'étend rapidement en Sierra Leone et au Liberia, voisins de la Guinée.

(...)
Soline Roy et Anne-laure Frémont, Le Figaro.fr, 23/03/2015.


mercredi 29 octobre 2014

MALADIES : L’origine des pandémies

Ebola a ravivé le fantasme d’un virus qui ravagerait la surface du globe, surgi de la jungle comme une vengeance de la nature contre l’homme. Pourtant, les épidémies les plus redoutables naissent au cœur des cités surpeuplées, des camps de réfugiés et des bidonvilles, ces immenses réservoirs à maladies.



Hebdo n°1251 Courrier International

mardi 23 septembre 2014

Ebola : l'OMS prévoit jusqu'à 20 000 cas d'ici à novembre

Les prévisions sur l'épidémie de fièvre Ebola s'assombrissent. Le virus a déjà touché 5 843 personnes, dont 2 803 mortellement, en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, selon le bilan publié lundi 22 septembre par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). " L'épidémie s'accroît à une vitesse exponentielle dans les trois pays ", constate Christopher Dye, directeur de la stratégie à l'OMS. Si rien ne vient freiner sa progression, elle pourrait atteindre 20 000 cas dès le 2 novembre, et non fin décembre comme prévu initialement.


Une tendance que met en évidence une étude publiée mardi dans le New England Journal of Medicine. Les auteurs, experts de l'OMS et de l'Imperial College de Londres, analysent les neuf premiers mois de l'épidémie et présentent des projections pour les prochaines semaines.
Sur la base des meilleures données disponibles (les 4 500 cas recensés au 14 septembre), il apparaît qu'une personne infectée en contamine directement deux autres. Ce taux est légèrement inférieur en Guinée et au Liberia à ce qu'il est en Sierra Leone.
Des chiffres minorés.
Le temps moyen d'incubation est de 11,4 jours, et il ne varie pas entre les trois pays. Le virus Ebola touche de manière équivalente les hommes et les femmes dans les trois pays les plus affectés. Mais les soignants paient un lourd tribut : plus de 150 d'entre eux ont été infectés et au moins 80 en sont morts. Le taux de décès atteint 80 % parmi les soignants infectés au Liberia.
Puis les experts ont tenté d'établir des projections pour les semaines à venir, sachant qu'au-delà les prévisions n'ont plus beaucoup de sens. " Nous estimons que, au rythme actuel d'augmentation, dans l'hypothèse où il n'y aurait pas de changement dans les efforts de contrôle de l'infection, le nombre cumulatif de cas confirmés et probables atteindrait le 2 novembre (à la fin de la 44e semaine de l'épidémie) 5 925 en Guinée, 9 939 au Liberia et 5 063 en Sierra Leone, soit plus de 20 000 cas ", selon les auteurs.
Leurs chiffres seraient similaires à ceux que s'apprêtent à publier cette semaine les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d'Atlanta, qui ont analysé les données du Liberia et de la Sierra Leone. " Les CDC estiment que les deux pays compteront 8 000 cas fin septembre, quand notre estimation est de 7 000 cas à cette date ", commente Christopher Dye.
Les CDC ont tenté d'évaluer la sous-déclaration des cas, et ils estiment qu'il faut multiplier par 2,5 les chiffres officiels actuels. Selon l'agence Bloomberg, qui s'est procuré des éléments du rapport, dans le scénario le plus pessimiste, celui où la réponse à Ebola resterait en l'état, l'épidémie pourrait au total affecter 550 000 personnes.
" Nous sommes dans la troisième vague d'accroissement de l'épidémie, pointe M. Dye. Nous n'avons pas d'indication rassurante sur la hausse exponentielle des infections. Si nous ne parvenons pas à la ralentir, ce ne seront plus des centaines de cas par semaine, mais des milliers que nous aurons, qui entraîneront des milliers de morts. "
Pour M. Dye, l'actuelle épidémie est exceptionnelle, mais les moyens sont connus pour l'arrêter. La réponse repose sur les mesures de contrôle et de prévention de l'infection, la protection précoce des malades et des soignants, la détection des personnes en contact avec quelqu'un d'infecté. Au Nigeria, l'épidémie a été contenue à 20 cas. " Si nous parvenions à diviser par deux la transmission, nous pourrions inverser la tendance. Mais, ici, il faut le faire à grande échelle. Cette épidémie est comme une série d'incendies qu'il faudra éteindre un par un ", souligne Christopher Dye. Nul doute que ceux des bidonvilles de Monrovia, la capitale du Liberia, seront parmi les plus difficiles à maîtriser.
Paul Benkimoun.
Article publié dans le journal Le Monde du 24 septembre 2014.

samedi 6 septembre 2014

Epidémies, la menace invisible

Le Documentaire enquête d'Arte, diffusé mardi 9 septembre 2014 : Ebola, H7N9, SRAS... enquête sur les virus les plus inquiétants




Ébouillanté, grillé, puis cuit avec une herbe qui en atténue fortement le goût, le rat noir de Chine donne un bol de viande assez fine, paraît-il. Encore faut-il ne pas -lésiner sur la durée de séjour du rongeur dans la marmite, tant il est porteur  de virus. Et des virus qui, comme les scientifiques commencent à s'en apercevoir, évoluent, changent et mutent au fil du temps, lorsque, fuyant la déforestation, leur hôte -arrive en ville.
Du rat à la puce  ou à l'acarien, voire  à la tique, avant une éventuelle transmission à l'homme, les virus -démarrent alors leur  transhumance, apportant de  nouvelles maladies chez les citadins.
Flambée d'Ebola en AfriqueUn mécanisme similaire est à l'œuvre avec  la chauve-souris en Guinée et au Gabon, selon des chercheurs qui travaillent en ce moment même sur la flambée d'Ebola en Afrique : l'extension de l'agriculture et la déforestation qui en découle entraînent  une migration des chauves-souris vers les villes, d'où un stress les amenant à excréter plus d'agents -pathogènes que dans leur milieu premier. Or  les chauves-souris, à l'origine de l'épidémie d'Ebola, représentent un cinquième des mammifères du globe. Un immense réservoir de virus.
Dommage que ce documentaire long et didactique, coécrit par Anne Poiret et Raphaël Hitier, fasse trop peu état du mouvement One Health, instigateur du lien entre bouleversements environnementaux pour les animaux et santé humaine, entre nouvelles pratiques sociales et maladies émergentes. Le film  sera fort heureusement suivi d'un débat pour faire état de la recherche sur ces "  menaces invisibles  ".
Martine Delahaye

Documentaire d'Anne Poiret (France, 2014, 122 min).
Bande annonce : http://www.arte.tv/guide/fr/050590-000/epidemies-la-menace-invisible

mercredi 27 août 2014

L’OMS autorise l’usage de traitements expérimentaux contre le virus Ebola



C'est un feu vert. Mardi 12 août, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a avalisé le recours à des traitements et vaccins expérimentaux non encore évalués chez l'homme. Pour l'agence des Nations unies, il s'agit de faire face à « l'épidémie de fièvre à virus Ebola la plus vaste, la plus sévère et la plus complexe de l'histoire » à laquelle l'Afrique de l'Ouest est aujourd'hui confrontée. Cette décision fait suite aux conclusions unanimes d'un panel de douze experts en éthique médicale réunis la veille.


Dès mercredi, le Canada annonçait ainsi faire don de 800 à 1 000 doses de vaccins expérimentaux contre le virus qu'il a développés dans ses laboratoires publics.


lire la suite sur Le Monde du 27/08/2014

mercredi 2 avril 2014

Virus Ebola / L'épidémie jugée sans précédent par MSF

L'épidémie de fièvre Ebola qui aurait déjà fait 78 morts en Guinée est sans précédent, estime Médecins sans frontières (MSF). Le Maroc renforce son dispositif sanitaire. Le virus Ebola, qui a fait sa réapparition en février, pourrait avoir tué jusqu'à 78 personnes en Guinée sur 122 cas suspects, selon les autorités de Conakry. Le pays cherche à contenir l'apparition de nouveaux cas, alors que le nombre de foyer semble se multiplier.




Extrait de ouest-france.fr
Article consultable en ligne: www.ouest-france.fr