samedi 21 novembre 2020

Covid-19 : des élèves infirmiers appelés en renfort, parfois aux dépens de leur temps de formation

Certains étudiants alertent sur le fait que ces missions empiètent sur leur temps d’apprentissage, au détriment de leur formation.

La deuxième vague épidémique qui frappe les établissements de santé cet automne suscite un branle-bas de combat dans les instituts de formation en soins infirmiers (IFSI). Au printemps, plus de 65 000 étudiants, selon la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (Fnesi), ont été missionnés « sous couvert d’un stage » pour répondre aux « besoins en personnel » des établissements de santé. Une fois encore, les élèves sont appelés à la rescousse des équipes soignantes au bord de la rupture, parfois aux dépens de leur formation.

Lors de la première vague, l’expérience n’a pas toujours été facile. Mi-mars, Naïza Savignat, élève dans un IFSI parisien, termine un stage en pédopsychiatrie. L’établissement est en réunion de crise : les déprogrammations s’organisent pour laisser plus de place aux patients Covid. La jeune femme est appelée en renfort comme aide-soignante dans le même hôpital. « C’est sur la base du volontariat, précise Naïza. L’institut nous dit où sont les tensions en personnel et sans trop réfléchir, on y va dès lors que des gens ont besoin de nous. Je me suis retrouvée en réanimation. Je n’avais aucune expérience de ce service. » 

mardi 8 novembre 2016

Infirmière, je fais grève ce 8 novembre : je veux retrouver le côté humain de mon métier

Suicides alarmants, pressions budgétaires... Les syndicats d'infirmiers appellent à une grève générale ce 8 novembre pour dénoncer le mépris et le manque de reconnaissance de leur profession. Parmi eux, Céline Laville. Elle explique les raisons de sa colère.

Infirmière dans un service de chirurgie ORL et ophtalmologique, je travaille à l'hôpital depuis 2004 et j'ai vu et subi, comme mes collègues, la dégradation de mes conditions de travail, la perte des effectifs qui nous permettaient de faire des soins de qualité avec humanité.
Aujourd'hui, j'ai du mal à trouver du sens à mon travail. Je fais toujours plus de traçabilité et de papiers administratifs qui sapent le côté humain de mes soins. Je n'ai plus le temps de parler avec les patients. Je n'ai plus le temps de faire de la relation d'aide, ce qui permet de soigner l'âme en même temps que le corps.

Pas le temps de boire, aller aux WC et manger

Dans mon service, un patient qui a eu une opération du cancer de la gorge se retrouve avec une trachéostomie pour respirer. Cela est un choc et modifie l'image corporelle. Mettez-vous deux secondes à la place de cette personne… Que ressentiriez-vous face à une infirmière qui fait des piqûres et des pansements sans parler car elle est trop pressée ? N’avez-vous pas plutôt besoin d'une infirmière qui prendra le temps de discuter avec vous de vos angoisses et de vos peurs face à l'avenir et aux regards des autres ? C'est la même chose pour toutes les maladies, les patients ont besoin d'humain pour guérir et se sentir bien dans leur tête.
Cet été, fin août, lorsqu'il faisait si chaud, je travaillais du soir, de 14 heures à 22 heures. Le service était plein et les patients avaient besoin de beaucoup de soins. Le rythme était effréné. Je prenais mon service au 9e étage de l'hôpital, où il faisait 33 degrés (!). Pas de climatisation ni d'air rafraîchi, le bâtiment est trop vieux et ne le permet pas. Sur les 28 patients, seulement 13 avaient droit à des ventilateurs car nous n'en avions pas plus.
J'ai passé des journées infernales, pas de ventilateurs pour les personnels non plus. Sur 8 heures de travail, je n’ai pas eu le temps de boire, de pisser ou de manger ! Le tout avec des patients de plus en plus demandeurs, car eux aussi souffraient de la chaleur étouffante qui régnait dans le service. Le résultat de tout cela : des malaises chez les patients et chez les soignants.

lundi 3 octobre 2016

Nina : la série hospitalière qui rime avec glam ! saison 2 dès le 5 octobre, sur France 2...

Nina, devenue infirmière titulaire malgré l’opposition du docteur Proust, s’affranchit de la tutelle de Léo pour soigner ses patients dans le service dirigé par Costa, son ex-ex-mari ! En se réveillant dans le même lit le lendemain de la fête organisée pour sa titularisation, Nina et Costa ne savent pas s’ils doivent se réjouir d’être retombés dans les bras l’un de l’autre… Après avoir passé un an à tenter de faire oublier qu’elle était la femme du patron, Nina va-t-elle donner une deuxième chance à son ancien couple ? À vrai dire, ils se poseront la question plus tard : un RER a déraillé pas loin de l’hôpital Madeleine-Brès. Alors que l’établissement est en effervescence, N’Guyen, le directeur, va leur annoncer que le service de médecine interne est menacé de fermeture parce que déficitaire… 

Une série télévisée qui met en scène le quotidien d'une infirmière, sur Infirmiers.com on en rêvait ! Nina - c'est le nom de cette infirmière « stagiaire » de 39 ans qui démarre sa carrière hospitalière à l'hôpital Madeleine Brès – débarque donc le 17 juin prochain sur France 2 en prime time. Avant que vous nous livriez vos commentaires que l'on imagine nourris dès sa diffusion,  voici un décryptage par quelques chanceux (ou pas… ) qui ont visionné certains épisodes en avant-première…


Nina, série hospitalière, france 2
Nina, « la super infirmière » au centre, et la fine équipe du service de
médecine interne du centre hospitalier Madeleine Brès sur France 2




D'emblée, le personnage de Nina prend le contre-pied de tout ce que l'on aurait pu imaginer. Les scénaristes s'y sont gentiment laissés aller. En effet, fille de médecins, après cinq ans de médecine, dix ans à soigner le cancer de sa fille et un divorce tout récent, a presque 40 ans, c'est dans la blouse d'une infirmière que Nina reprend sa vie et sa carrière bien décidée à régler ses comptes avec la maladie, les hommes et surtout la médecine. On la retrouve donc dès le premier épisode de cette saison 1, infirmière « stagiaire » (avant sa titularisation donc) à l'hôpital Madeleine Brès (l'hôpital de Villeneuve St Georges où s’est déroulé le tournage) dans le service de médecine interne dirigé par son ex-mari. Quel hasard ! Leur mariage n'a résisté ni à l'épreuve du temps, ni à celle de la maladie).
Nina, fille d'un grand interniste et d'une obstétricienne renommée, prend le risque de les décevoir et de tracer son propre chemin dans l'univers hospitalier auquel elle ne peut décidément pas échapper...



Nina, la « super infirmière »

Nina, selon les scénaristes, est une infirmière rebelle, capable de remettre les patrons à leur place et forcer les portes qui lui résistent. Vous l'aurez compris, les patients vont l'adorer et les médecins la détester. Parce qu'elle sait faire parler les patients, qu'elle sait les écouter, Nina obtient des informations décisives pour établir un bon diagnostic… et donc une bonne prise en charge ! Ben voyons… L'écoute et le soin comme profession de foi, l'envie de vivre et d'aimer comme prescription, tel est le résumé de ce personnage d'infirmière résolument engagée, dynamique, courageuse, résistante, féministe et bien sûr amoureuse… une « super infirmière » sans peur mais pas sans reproches, à l'hôpital, on le sait bien, il faut savoir rester à sa place. Annelise Hesme, la comédienne qui incarne Nina, le souligne : Nina, ne sait pas prendre ses distances avec les gens, ni avec les patients, il n'y pas de filtre entre elle et les autres, un peu comme moi d'ailleurs ! Hyper empathique donc, ce qui est peu recommandé, voire tout bonnement proscrit lorsqu'on exerce le métier d'infirmière ! Et de poursuivre, Nina est une série féministe et sociale qui permet également d'aborder et de défendre des sujets qui parlent à tout un chacun : la vie, la mort, la maladie, la souffrance, l'injustice, les sujets tabous, l'amitié, l'amour... De bons ingrédients pour de bons sentiments !

(...)

Article intégral : http://www.infirmiers.com/profession-infirmiere/presentation/edito-nina-serie-hospitaliere-rime-avec-glam.html 

Retrouvez les anciens épisodes de la série sur le site internet de France 2 : http://www.france2.fr/emissions/nina


jeudi 24 mars 2016

La formation des infirmières puéricultrices toujours en question

Suite à la Grande Conférence de la Santé (GCS), conduite par le Premier ministre et la ministre de la Santé le 11 février dernier, une feuille de route a été établie pour permettre d’innover dans la constitution des études médicales et paramédicales, et rendre l’exercice des professionnels plus attractif pour les futurs étudiants (1). Qu'en est-il pour la réingénierie attendue des infirmièeres puéricultrices ?


infirmière puéricultrice température enfant
Le programme de formation actuel des infirmières puéricultrices date de…
plus de 30 ans ! En effet, aucune révision profonde n’a été réalisée depuis 1983.

De concert avec la Loi de santé, c’est donc l’avenir des professions paramédicales qui se joue. Les infirmières puéricultrices sont mobilisées pour voir enfin aboutir la réingénierie de la formation et réorganiser son accès. Aucun groupe de travail en la matière n’est en cours au ministère de la Santé que ce soit en termes de formation ou d’exercice professionnel. La reconnaissance de la spécialité IPDE et sa défense sont donc primordiales.
Pour rappel, le programme de formation actuel des infirmières puéricultrices date de… plus de 30 ans ! En effet, aucune révision profonde n’a été réalisée depuis 1983.
Depuis 2008, l’Association nationale des puéricultrices diplômées et des étudiantes (ANPDE) et le Comité d'Entente des Ecoles Préparant aux Métiers de l'Enfance (CEEPAME) ont activement participé aux travaux de réingénierie du diplôme d’Etat de puéricultrice, organisés par la DGOS. Si les référentiels d’activités et de compétences ont été validés début 2009, aucune suite n’a été donnée à ces travaux. Les instituts de formation ont bien sûr adapté ce programme aux connaissances actuelles et aux missions des infirmières puéricultrices, mais sont fortement limités par ce cadre.

Quelle réalité aujourd'hui du métier de puéricultrice ?

 

Dans ce contexte, il est intéressant de recueillir les propos d’une personne impliquée dans la formation pour connaître son point de vue sur les changements qui s’opèrent actuellement et sur le métier d’infirmière puéricultrice aujourd’hui. Fabienne Lebigre est cadre de santé formatrice depuis 10 ans. Elle a auparavant exercé en service hospitalier et nous fait part de son regard sur la profession.

Quel est pour vous la plus‐value de l’infirmière puéricultrice (IPDE), quel que soit son secteur d’exercice ?

 

L’infirmière puéricultrice dans une situation de soin ne s’intéresse pas seulement à ce qui est le plus manifeste. Elle essaie de comprendre ce qui se joue de façon plus implicite dans ce que vit l’enfant et sa famille. Elle est capable d’observer et de décoder des comportements, de donner du sens afin de créer, d’ajuster son approche, son soin à chaque enfant, chaque famille. » « Cela exige d’entretenir un réel engagement envers l’enfant dans sa construction personnelle ».

De façon personnelle, que voulez-vous transmettre aux étudiants IPDE au cours de leur formation ?

 

Je souhaite leur transmettre la passion du métier mais aussi l’exigence vis‐à‐vis de soi, car on engage sa personne. Il faut être en capacité de réfléchir sur ses représentations, de faire évoluer son regard sur l’enfant, les parents, ses collègues, d’adopter une posture réflexive. J’essaie également d’éveiller une curiosité professionnelle pour toujours évoluer dans son métier. La capacité à se positionner, argumenter, négocier de façon constructive dans l’intérêt de l’enfant est primordiale. Je souhaite donc que les étudiants ait acquis à la suite de leur formation une capacité à observer, décoder, donner du sens en se décentrant de leurs propres références. Sur le plan technique, il est nécessaire d’avoir le souci d’une rigueur (et non d’une rigidité) et d’une qualité dans des soins techniques maitrisés.

Que pensez‐vous du programme de formation actuel vis‐à‐vis des compétences nécessaires à ce jour pour exercer le métier d’IPDE ?

 

Le programme est à actualiser et ajuster au regard de l’évolution des problématiques actuelles de santé et psycho‐sociales. Toutefois, le préambule (NDLR : du référentiel de formation) reste suffisamment large pour que l’on puisse, du fait des délais interminables d’une future réingénierie, construire des pédagogies et des contenus en lien avec ces nouvelles problématiques, avec une certaine marge d’initiative, tout en restant ans le cadre. Mais surtout, la durée de formation est trop courte pour développer et approfondir réellement les différentes dimensions et connaissances liées à la profession. Comment en 650h de temps école, laisser suffisamment de temps de travail personnel aux étudiants pour mieux intégrer les apports, approfondir leurs recherches, mûrir leur réflexion et positionnement ?

Lire la suite de l'article sur le site internet Infirmiers.com : http://www.infirmiers.com/votre-carriere/puericultrice/formation-infirmieres-puericultrices-toujours-question.html

vendredi 17 juillet 2015

Bénédicte Lombart, infirmière philosophe

S’il y a bien une chose que l’on ne peut pas presser, c’est le cheminement philosophique », déclare en souriant Bénédicte Lombart. Dans quelques mois, à 45 ans, cette infirmière soutiendra une thèse en philosophie, plus précisément en « philosophie pratique et éthique hospitalière ». Elle y explore un sujet délicat : la contention pendant les soins en pédiatrie.



Bénédicte Lombart, le 26 mai.
« J’essaie de comprendre pourquoi la parole et le raisonnement de l’enfant sont trop souvent disqualifiés, et pourquoi les soignants sont pris dans un système qui les contraint parfois à faire un usage illégitime de la force », explique la doctorante, engagée ­depuis vingt ans dans la prise en charge de la douleur de l’enfant, à l’hôpital parisien ­Armand-Trousseau, où elle exerce,et bien au-delà, par son travail associatif, d’enseignement et de recherche.
Dans des pays comme le Canada, le métier de chercheur en sciences infirmières et paramédicales s’est structuré ; des doctorats spécifiques ont été créés. En France, le mouvement ne fait que s’amorcer, porté par quelques centres hospitaliers universitaires (CHU) motivés. Bénédicte Lombart fait ainsi partie des onze infirmiers à qui l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a accordé un poste de doctorant depuis 2010.

« Cécité empathique transitoire »

 

Quand nous l’avions rencontrée pour la première fois, en novembre 2014, elle présentait l’enquête à l’origine de son travail de thèse – une étude qualitative menée auprès de différents paramédicaux, à un colloque. Pour ses diapositives, elle avait sélectionné des témoignages édifiants, tels celui de ce soignant avouant : « J’oublie ce qui se passe, ce n’est plus un enfant, j’ai une sonde à mettre, c’est tout, je n’ai pas le choix. » De l’analyse de ces paroles de professionnels, elle a tiré un concept : la cécité empathique transitoire.
« La philosophie est l’art d’inventer des concepts, disait Deleuze. Et c’est exactement ce que fait Bénédicte Lombart, souligne Eric Fiat, professeur de philosophie à l’université ­Paris-Est Marne-la-Vallée, qui a dirigé son master et qui encadre dorénavant sa thèse. J’aime beaucoup sa manière de faire dialoguer les réalités concrètes du terrain et de grands textes de la tradition philosophique, sa capacité à établir des liens qui apparaissent évidents entre certains gestes infirmiers et des passages de Heidegger. »
Mais comment passe-t-on des soins infirmiers à un doctorat en philosophie ? Ce joli parcours, Bénédicte Lombart le raconte simplement, avec sincérité. Et de grands éclats de rire. Tentée par le journalisme, la jeune femme s’inscrit finalement à l’Université ­catholique de Lille pour devenir infirmière : un cursus court, qui l’arrange pour des raisons personnelles.
A sa sortie d’école, en 1991, elle visite des hôpitaux pédiatriques parisiens pour faire son choix. Dans l’unité d’onco-hématologie de l’hôpital Trousseau, elle tombe en arrêt devant les infirmières et leurs blouses personnalisées. « Avec des yeux d’une absolue naïveté, j’ai vu la vitalité, le côté “fun” d’un service lourd, raconte-t-elle. J’étais dans le fantasme de soigner des enfants gravement ­malades dans la joie et la bonne humeur. »

« Eviter l’erreur »

 

Embauchée dans ce service difficile, elle va y rester dix ans. « La première année, j’étais complètement concentrée sur les aspects techniques, se souvient-elle. Mon obsession, c’était d’éviter l’erreur qui tue un enfant. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’on peut se dégager de cela, et voir l’enfant, ses parents, leur souffrance. »
Des liens forts se créent avec ses petits patients, dont beaucoup sont atteints de leucémie, mais il devient difficile de mettre des limites… « Ce qui a inauguré ma réflexion, c’est une expérience avec une jeune fille dont je m’étais beaucoup occupée, poursuit Bénédicte Lombart. Un matin, elle m’a dit : “Je crois que je vais mourir.” Je n’ai pas pu répondre à son angoisse. Alors, j’ai compris que pour continuer, il fallait être suffisamment solide. Si c’était juste être aspirée par ses émotions, cela n’avait pas de sens. »
Face à un tel constat, beaucoup réorientent leur carrière. Bénédicte Lombart, elle, préfère se tourner vers la formation continue, et s’ouvrir à des disciplines comme la relaxation, la sophrologie… « J’ai profité pleinement des dispositifs de formation de l’AP-HP à un moment où c’était possible. Je ne suis pas sûre que le contexte économique le permette autant aujourd’hui », reconnaît-elle.
Au fur et à mesure, elle met en pratique ses nouvelles compétences. «  Je faisais des séances de sophrologie avec les enfants avant leur ponction lombaire ou leur ponction de moelle osseuse. J’expérimentais aussi les massages, l’hypnose… Toutes mes propositions étaient acceptées avec bienveillance. »

A la création d’un diplôme universitaire

 

Pour développer son expertise des soins infirmiers et les promouvoir, elle s’inscrit à l’école des cadres de santé. Au retour, elle fait ses premières armes de manageur dans l’unité d’ORL puis rejoint, en 2003, l’équipe de Daniel Annequin, qui développe une unité fonctionnelle pour la prise en charge de la douleur en pédiatrie à Trousseau. Au contact de ce pionnier de la lutte antidouleur de l’enfant, elle s’investit de plus en plus dans cette spécialité. Elle participe à la création d’un diplôme universitaire spécifique et devient membre actif de Pédiadol, une association qui diffuse des documents aux professionnels… Elle s’affirme, demande à être reconnue. « En tant qu’infirmière, il ne s’agit pas de prendre une place qui n’est pas la nôtre, mais on ne peut pas juste être les petites mains. De même, la recherche doit être multi­disciplinaire. Les infirmières peuvent interroger des problématiques qui n’intéressent pas les médecins. »
Mais ce qui change vraiment sa vie, c’est une inscription à un master de philosophie pratique, à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée. «  Dans mon travail à l’unité mobile, je voyais des situations qui me questionnaient, où les moyens antalgiques disponibles n’étaient pas toujours utilisés, dit-elle. En tant que conseil, je ne devais pas juger les équipes, mais j’avais un engagement à l’égard des enfants. Avec le master, j’ai pioché de nouveaux instruments de la pensée. J’ai arrêté d’être en colère et commencé à devenir plus tolérante. » Un premier mémoire, puis un deuxième, et maintenant une thèse… Bénédicte Lombart reconnaît enfin que sa parole est légitime. Détachée de son poste de cadre hospitalier depuis novembre 2012, elle met la dernière main à son manuscrit, tout en menant de front des missions d’enseignement et associatives (elle préside l’Association des étudiants et diplômés de l’Ecole éthique de la Salpêtrière).
Bientôt docteur, elle se verrait bien enseignante-chercheuse à l’AP-HP, en gardant un pied dans la clinique. Mais elle reste avant tout infirmière et fière de l’être, intarissable sur la cause des enfants. « Bénédicte a une relation incroyable à l’enfant. Elle le capte, et lui sait qu’elle est entièrement disponible », ­assureCéline Guiot, qui lui a succédé comme cadre dans l’unité douleur. Au demeurant, cette dernière salue les qualités professionnelles et humaines de sa collègue, qui a su s’imposer « sans prendre la place des autres et sans jamais s’éloigner de son cœur de métier ».
Bénédicte Lombart deviendra-t-elle un jour une porte-parole de la profession d’infirmière ? Elle en aurait l’envergure. Interrogée sur la crise à l’hôpital, la douce jeune femme se fait plus dure. « Il y a de belles choses à faire dans les hôpitaux, mais on risque de basculer dans un exercice à la tâche. Or on ne peut pas faire des économies sur tout, tout le temps. Tant que les politiques qui écrivent les lois de santé n’écouteront pas davantage les infirmières de terrain, ils seront à côté de leurs pompes. » Militante ? Engagée plutôt, corrige-t-elle. « Militer, c’est un terme guerrier, s’engager, c’est aller vers l’avant, mais pas contre autrui. » Une vraie philosophe.

Source : Journal Le Monde, 06/07/2015, Sandrine Cabut.

samedi 13 septembre 2014

Patient décédé après une erreur d'intraveineuse à Bordeaux : information judiciaire ouverte

Une information judiciaire contre X pour homicide involontaire a été ouverte par le parquet de Bordeaux, a annoncé celui-ci vendredi, à la suite d'une erreur médicale dans un hôpital de la ville, où un patient est décédé après avoir reçu un médicament qui ne lui était pas destiné.

Selon les premiers éléments de l'enquête, le patient de 61 ans, admis le 25 août à l'Institut Bergonié spécialisé dans le traitement des cancers, a reçu mercredi après-midi une injection en intraveineuse de chlorure de potassium, en lieu et place de l'injection de corticoïdes prescrite.
L'injection de chlorure de potassium, "prévue pour un autre patient qui se trouvait dans une autre chambre", a entraîné presque immédiatement des "difficultés respiratoires" conduisant "très rapidement" au décès du malade, a précisé la procureur de la République de Bordeaux, Marie-Madeleine Alliot, en conférence de presse.
Dans l'heure suivant le décès, l'établissement avait alerté la police évoquant une "erreur d'administration médicamenteuse".
L'injection a été faite par une élève infirmière, accompagnée par une infirmière titulaire, en présence de la famille du patient admis en soins palliatifs, a indiqué la magistrate. Elle a précisé que l'autopsie, pratiquée jeudi, avait "confirmé que l'injection était à l'origine du décès".
Selon Mme Alliot, deux seringues se trouvaient à disposition de l'infirmière lors de l'injection. "L'emballage était étiqueté, mais pas la seringue", a-t-elle précisé, évoquant une "erreur d'inattention, une imprudence". Les deux infirmières ont été entendues, mais n'ont pas été placées en garde à vue.
La magistrate a précisé que la famille du patient avait déposé plainte pour "avoir accès au dossier".
Concernant d'éventuelles difficultés "de personnels, d'encadrement ou de pression" au sein du service, la procureur a renvoyé à l'enquête dans le cadre de l'information judiciaire, à laquelle il appartiendra de "rechercher les responsabilités pénales". La peine encourue est de trois ans de prison et 45.000 euros d'amende.
L'hôpital a également diligenté une enquête interne "pour déterminer précisément l'origine des faits". En parallèle, l'Agence régionale de santé (ARS), conformément à ses procédures, a annoncé la mise en place d'une "mission d'inspection contrôle".
Le directeur de la politique médicale de Bergonié, le Pr Emmanuel Bussières, a évoqué vendredi un "émoi considérable au sein du personnel, totalement dévoué aux patients", et une "situation terrible car le drame est intervenu dans une situation de soins".
jb-pbl/nm
Par l'AFP, le 13 septembre 2014.