dimanche 23 décembre 2018

Cannabis médical: un comité d’experts juge son autorisation «pertinente»

Réunis par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), des spécialistes estiment que le cannabis doit pouvoir être mis à disposition de certains patients mal pris en charge par les traitements conventionnels.


La France fait un pas vers l’autorisation du cannabis médical. Le comité d’experts réuni en septembre dernier par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour étudier la question a rendu jeudi un avis favorable à sa mise à disposition à certains patients. Les spécialistes estiment ainsi qu’il est «pertinent d’autoriser l’usage du cannabis thérapeutique dans certaines situations cliniques, en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des traitements accessibles». Plusieurs indications sont retenues: douleurs réfractaires, certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes, soins de support en oncologie, situations palliatives, spasticité douloureuse de la sclérose en plaques.

Si l’ANSM retient les conclusions du comité d’experts, une deuxième phase du travail démarrera. Le comité se penchera alors sur les modes d’administration de la plante (inhalation, vaporisation ou voie orale par exemple), mais aussi son circuit de distribution. Consommer le cannabis en le fumant est cependant d’ores et déjà exclu par les experts, «en raison des risques pour la santé». L’avis définitif du comité est attendu d’ici septembre 2019.
Actuellement, deux médicaments à base de cannabinoïdes sont autorisés en France. Le premier, le Marinol, est prescrit à titre exceptionnel et au cas par cas pour des douleurs neuropathiques réfractaires. Mais 400 patients à peine en ont bénéficié depuis 2015. L’autre médicament est le Sativex, un spray autorisé depuis 2014 pour les patients souffrant de sclérose en plaques. Or, faute d’accord sur son prix entre le laboratoire et les autorités de santé, il n’est toujours pas vendu en pharmacie. Deux autres spécialités sont par ailleurs en cours d’évaluation au niveau européen.

Autorisé dans 15 pays européens

 

Pour rendre sa décision, le Comité spécialisé scientifique temporaire (CSST) a étudié la littérature scientifique, entendu médecins, pharmaciens et associations de patients. Des exemples étrangers lui ont été présentés. De nombreux pays ont en effet franchi le pas depuis une quinzaine d’années. En Europe, le cannabis médical est autorisé (sous forme de gélules, ou de feuilles à utiliser en inhalation ou à ingérer dans des gâteaux) dans 15 pays dont les Pays-Bas, l’Italie, la Suisse ou l’Allemagne - pays qui s’apprête aussi à en légaliser la culture. La plante est également proposée au Canada depuis 2001, dans 29 États américains, en Australie et en Israël.

(...)

Source : Le Figaro, 13/12/2018.
Article intégral en ligne : http://sante.lefigaro.fr

vendredi 19 octobre 2018

De l’usage de la bienveillance dans la pratique soignante

Dans ce nouveau cours, Christine Paillard nous parle de douceur et de gentillesse, deux qualités indispensables aux soignants. Cependant, elle évoque aussi la notion de cécité empathique transitoire. Une expression qui peut sembler vague mais qui se rapporte à la pratique lors des soins, notamment lors de la contention en pédiatrie. Lorsqu’ un professionnel de santé se focalise sur le geste technique, ne fait-il pas taire son empathie ?

De l’usage de la bienveillance dans la pratique soignante
Peut-on être doux sans être gentil ou être gentil sans être doux ?
Le choix a été fait, l’un est le synonyme de l’autre.

Chaque mois, Christine Paillard, ingénieur pédagogique, propose d'analyser un mot, son étymologie et démontre son importance dans le domaine du soin ; un mot figurant dans son Dictionnaire des concepts en sciences infirmières- Vocabulaire professionnel de la relation soignant-soigné.
Pour 4e édition du Dictionnaire des concepts en sciences infirmières, j’évoque la douceur, la gentillesse, mais aussi les bêtises ou encore la cécité empathique transitoire.
Ces quatre nouvelles entrées peuvent nous interpeller, peut-on être doux sans être gentil ou être gentil sans être doux ? Le choix a été fait, l’un est le synonyme de l’autre. Si la cécité empathique transitoire interroge la contention lors des soins pédiatriques, peut-on alors, user de gentillesse pour effectuer cette pratique ? C’est Bénédicte Lombart qui alimente notre cheminement. La gentillesse a été décrite dans le champ philosophique, historique. J’ai contacté Emmanuel Jaffelin (Petit éloge de la gentillesse) pour contextualiser son travail en lien avec la bienveillance, le management. Enfin, peut-on répondre doucement ou gentiment à un enfant qui fait une bêtise ? Nous verrons, avec Catherine Dolto qu’il n’y a pas une bêtise mais bien plusieurs situations défiant de possibles réponses adaptées aux circonstances. En quelques mots, les derniers collaborateurs du Dictionnaire des concepts en sciences infirmières éclairent finement des concepts pour le plaisir des soignants et des étudiants.
La douceur implique une qualité, annonce ce qui est doux, calme, modéré, nuancé, tempéré, comme parler à voix basse, poser délicatement un objet. La douceur éveille nos cinq sens, quand c’est agréable à regarder (la vue), à entendre (l'ouïe), par un geste lent (le toucher), pour qualifier une odeur (olfaction), avec une friandise (le goût). Au sens figuré, elle relève du bien-être, comme la douceur de vivre. “Ah, comme il est doux de vieillir et de rester assis quand tout s’agite autour de vous”.  La douceur est dépourvue de rigueur, de sévérité. C’est aussi la qualité morale d’une personne, la manifestation physique d’un trait de caractère de nature conciliante, patiente.  “Cet infirmier, c’est la douceur incarnée !” La douceur peut faciliter des échanges verbaux : “ une parole douce calme la fureur, mais une parole dure excite la colère”. La douceur peut aussi se révéler flatteuse quand il s’agit d'obtenir avec ruse : “il m’a bien trompé avec ses douces paroles mielleuses”. La douceur est paisible mais néanmoins active pour agir avec précaution : “elle déposa doucement ses affaires dans sa chambre d’hôpital avant de se retirer sans bruit”. Le soignant peut privilégier la douceur et le rythme de la personne. La douceur et le geste qu’elle suppose est un acte volontaire. “Même si la douceur ne se résume pas à l’intention qui la convoque ou l’espère, amenant le geste, la voix ou la pensée à s’imprégner d’elle, elle ne peut se déployer sans l’ineffable vers lequel elle fait signe. L’apaisement, le délice, le tact, la délicatesse, la vertu spirituelle et physique qu’elle délivre sont contenus dans l’intention de celui qui s’expose à la douceur comme à celui qui la destine à autrui. (A. Dufourmantelle , 2012)”.
Une personne gentille ne pourra peut-être pas, à tout moment, exprimer cette volonté de bien faire. La gentillesse peut être une technique de soin liée à l’humanitude.

La gentillesse : une qualité relationnelle

La gentillesse est “ce qui n’est pas brutal”, ce qui implique un comportement charmant, prévenant, désintéressé. C’est une qualité relationnelle, éthique humaniste qui suppose une “attention qu’une personne porte à une autre dans une attitude de gentillesse, de courtoisie, de considération et de respect. Ces qualités deviennent donc les composantes de l’humanité : être humain signifie les posséder et en faire usage dans ses rapports avec autrui (Murove Munyaradzi F, 2011)”.  Se dire des gentillesses est aussi une façon ironique pour s’invectiver ou encore, quand il s’agit de prévenir d’un mauvais traitement “je m’en vais lui dire des gentillesses à celui-là”. La gentillesse peut aussi susciter de la méfiance quand il s’agit d’action volontaire pour rabaisser, elle est alors synonyme de simplicité, d’idiotie. Une personne gentille peut aussi décevoir, en effet la gentillesse ne garantit pas une réponse adaptée et simultanée. Une personne gentille ne pourra peut-être pas, à tout moment, exprimer cette volonté de bien faire. La gentillesse peut être une technique de soin liée à l’humanitude. Quand une personne est dite trop gentille, elle peut être vulnérable. Abuser de la gentillesse de quelqu’un signifie qu’une personne semble trop généreuse, voire naïve, “comment en sommes-nous arrivés à considérer l’avènement possible de l’humanisme comme suspect, la gentillesse comme un risque ?1 ”. Une personne gentille est une personne qui interagit sans vouloir du mal aux autres. Elle n’est pas pour autant dépourvue de complexité, elle interagit avec son univers intérieur.

(...)

Source : Infirmiers.com, 24/09/2018.
Article intégral en ligne : https://www.infirmiers.com

vendredi 25 novembre 2016

Le numérique bouleverse les pratiques médicales : pour le meilleur ou pour le pire ?

Chaque jour, des innovations numériques bousculent les pratiques des professionnels de la santé. Pour plus d’efficacité quand il s’agit de lutter contre les déserts médicaux, mais aussi avec de nouveaux questionnements éthiques, dès lors que des robots remplacent le diagnostic humain. Pour faire le point, la Fondation Cognacq-Jay a rassemblé des experts lors d’un colloque sur la numérisation de la médecine.

 

Comme beaucoup d’autres secteurs, la numérisation bouleverse le secteur sanitaire et social. Nous n’en sommes qu’au début de ce que les spécialistes nomment « disruption », mais c’est pour essayer d’en analyser déjà les impacts, tant pour les patients que pour les médecins ou les aidants, que la Fondation Cognacq-Jay a organisé un colloque sur le thème : « Numérique, lien social ou isolement ? ».
Cela a permis aux participants de développer les aspects positifs de la digitalisation, mais aussi de prévenir sur les dangers qui guettent le tout-numérique, et d’alerter sur la question de l’accessibilité de tous les publics.

Une plateforme ou une application n’ont pas d’émotions

 

D’emblée, Axel Kahn, généticien, directeur de recherches à l’Inserm, a rappelé que « la numérisation transforme considérablement le rôle du médecin, mais elle ne remplace pas la relation particulière qui unit le médecin à son patient. Une plateforme ou une application n’ont pas d’émotions ; elles aident à la décision humaine et proposent des scénarios ».
Le médecin, le psychologue, l’infirmier, garderont toujours la place de tiers de confiance, que ne peuvent prendre des machines. Pour Joëlle Dulauroy, psychologue à l’hôpital Cognacq-Jay, c’est une évidence que la machine ne puisse se substituer aux humains : « j’accompagne des aidants et des proches qui font de l’accompagnement en soins palliatifs. Leur place est irremplaçable et d’ailleurs reconnue par la loi du 9 juin 1999 sur les bénévoles d’accompagnement ».

Même des machines peuvent contribuer à rompre l’isolement

 

Et pourtant… Même des machines peuvent contribuer à rompre l’isolement. Lors de la conférence, deux exemples ont été présentés dans ce sens. L’entreprise sociale L’Effet Papillon expérimente à Laval le programme Bliss. « Il s’agit de lunettes de réalité virtuelle. Elles sont portées par des patients pendant une opération et leur permettent d’atténuer la douleur », explique Mélanie Péron, fondatrice de L’Effet Papillon.
De son côté, le laboratoire Bristol Myers Squibb développe le projet Vik-e, un robot de téléprésence piloté par des enfants malades au sein de l’Ihope de Lyon.

Source : Gazette Santé Social, 25/11/2016.