lundi 23 mars 2015

IVG : la suppression du délai de réflexion divise



« Avancée » pour les féministes, « grave » pour l'Eglise : la fin annoncée du délai de réflexion imposé aux femmes souhaitant une interruption volontaire de grossesse (IVG) a suscité vendredi 20 mars des réactions aux antipodes.


Isabelle Fride, du Planning familial de Paris, rappelle qu'il s'agit d'une mesure demandée depuis longtemps. « C'était un frein supplémentaire et un facteur de culpabilisation. La majorité des femmes ont déjà réfléchi quand elles consultent la première fois », a-t-elle fait valoir.
Actuellement, deux consultations médicales sont obligatoires avant une IVG, avec un délai de réflexion d'une semaine entre les deux. Celui-ci est réduit à quarante-huit heures en cas d'urgence. Les députés ont supprimé ce délai en amendant en commission le projet de loi santé dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 mars.

Même son de cloche du côté du collectif « Osez le féminisme ! ». Sa porte-parole, Claire Serre-Combe, a apporté un soutien complet à cette réforme, en abolissant un dispositif « infantilisant ».

Besoin de temps pour se rétracter ?

 

« Je ne savais pas que permettre aux femmes un minimum de recul était infantilisant », lui a rétorqué Mgr Guy de Kerimel, ancien président du groupe de travail sur l'avortement à la conférence des évêques de France.
« Vous avez sept jours pour vous rétracter quand vous achetez quelque chose à distance, onze pour signer un crédit : est-ce à dire que le petit être dans le ventre de sa mère est moins que cela ? » a ainsi plaidé l'évêque de Grenoble.
Un argument également développé par la députée Front national Marion Maréchal-Le Pen sur Twitter : "Quand on achète un micro-ondes sur internet on a 7 jours pour se rétracter. Mais pour avorter plus besoin."
« Comme si le degré de réflexion d'une femme qui prend la décision d'interrompre une grossesse était comparable à celui d'un consommateur qui revient sur un achat d'une cinquantaine d'euros ! » ont répliqué les Effrontées.

La clause de conscience

 

Si elles se réjouissent de l'abandon du délai de réflexion, les associations féministes regrettent le retrait d'un amendement sur la clause de conscience. Une députée avait proposé de supprimer cette dernière, qui permet aux médecins de refuser de pratiquer une IVG. Motif invoqué : elle est redondante avec celle s'appliquant à tout acte médical.
La ministre de la santé, Marisol Touraine, avait émis « un avis résolument défavorable » à cette proposition, jugeant qu'il ne fallait pas « ranimer de débat éminemment symbolique dans un contexte de tensions sur un certain nombre de sujets de société ».
Le sujet reviendra pourtant rapidement sur la table, lors de l'examen du projet de loi dans l'hémicycle, du 31 mars au 10 avril. Environ 210 000 interruptions volontaires de grossesse sont pratiquées chaque année en France, un chiffre stable.

Le Monde, 20/03/2015.

Souhaits relatifs à la fin de vie : « En France il y a des obstacles psychologiques importants »

A partir du mardi 10 mars commence l’examen à l’Assemblée nationale d’une loi très discutée, portant sur le droit des malades en fin de vie. Ce texte, qui vient compléter la loi Leonetti de 2005, prévoit notamment de rendre les directives anticipées, dans lesquelles sont exprimés les souhaits concernant la fin de vie, opposables devant les tribunaux. Le sociologue Tanguy Châtel nous explique les enjeux de cette proposition.
Illustrations  : Elodie Bouedec,Le Monde.fr



Directives anticipées pour la fin de vie : que... par lemondefr

vendredi 13 mars 2015

Fin de vie: un débat passionnel

Le 10 mars 2015, les députés français doivent à nouveau se pencher sur l’épineuse question de la fin de vie. Il s’agit de préciser et renforcer la loi Leonetti de 2005... et de répondre à une des promesses de campagne de François Hollande. Retour sur ce sujet qui divise les Français comme les politiques. 


Retrouvez l'article complet avec des infographies sur le site internet du Figaro : http://www.lefigaro.fr/assets/fin-de-vie/index.html#chapo

mercredi 11 mars 2015

L’euthanasie au cœur d’un téléfilm


Quand un père atteint d’une maladie incurable décide d’en finir,c’est toute une famille qui est véritablement ébranlée.


Jean (Jean-Pierre Marielle) veut partir dignement et va bouleverser sa famille, particulièrement sa femme (Mylène Demongeot).
Jean (Jean-Pierre Marielle) veut partir dignement et va bouleverser
sa famille, particulièrement sa femme (Mylène Demongeot).-DENIS Laurent/FTV


Jean et Madeleine sont heureux depuis plus de 50 ans. Jean a construit son entreprise, pâtisseries et macarons, dont ses deux aînés, Elsa et Thomas ont repris les rênes. Le petit dernier, Julien le musicien, vivote entre un job chez un disquaire et ses rêves interrompus d’une carrière de violoncelliste. Mais lorsque Jean qui est atteint d’un cancer annonce au cours d’un repas familial qu’il a décidé d’arrêter son traitement et va se rendre en Suisse pour en finir, le monde s’écroule.
D’autant qu’Elsa comprend bientôt que sa mère a, elle aussi, décidé d’en finir ne supportant pas l’idée de survivre à Jean. Des roses en hiver aborde un thème difficile, celui de la fin de vie en cas de maladie incurable. Le téléfilm français ne traite naturellement pas le sujet comme le ferait le cinéma belge. On le sait, la loi belge reconnaît le droit à l’euthanasie dans certaines conditions. En France, le débat est toujours en cours.
Mais ce téléfilm élargit le sujet en montrant comment chaque membre de la famille réagit face à la décision du père. De vieilles rancœurs reviennent à la surface. Des conflits larvés s’enveniment. Elsa divorcée, mère de famille qui n’ose pas s’engager dans une nouvelle relation, n’accepte pas la décision de ses parents. Thomas paraît presque indifférent et ne songe qu’à sauver l’entreprise familiale oubliant au passage qu’il a, à ses côtés, une femme qui l’aime. Et Julien qui semble, lui, comprendre le choix de ses parents cache bien ses secrets…
Les thèmes abordés sont complexes et Des roses en hiver ne verse pas dans la simplification facile. Mais le film reste très lent, éternel défaut des productions télé françaises. On saluera cependant le casting quasi quatre étoiles avec, entre autres, Jean-Pierre Marielle, Mylène Demongeot ou encore Léa Drucker.

Ce mercredi 11 mars 2015 sur France 2, 20h50
Plus d'infos : http://www.france2.fr/emission/des-roses-en-hiver/diffusion-du-11-03-2015-20h50

mardi 10 mars 2015

Travail : les inégalités hommes-femmes en France

Si les inégalités entre les hommes et les femmes en France face à l’accès au travail se sont estompées, l’écart entre les salaires lui demeure. De même, les femmes se voient de plus en plus imposer des contrats à temps partiels.

 

Infographies disponibles via le lien suivant : http://www.humanite.fr/travail-les-inegalites-hommes-femmes-en-france-567726

A la télé - Le coma et ses mystères

Qu’est-ce que le coma ? Comment se réveille-t-on et avec quelles séquelles ? Témoignages de médecins et de patients à l’appui, ce documentaire sur le coma et ses mystères propose un voyage aux confins de la conscience humaine, aux frontières entre la vie et la mort. Marina Carrère d'Encausse et ses invités débattront ensuite du sujet en plateau. C'est ce soir mardi 10 mars sur France 5 dans l'émission Le Monde en face, à 20h40.


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Explorer le cerveau pour y déceler les signes de conscience. © Ligne de Front
« Moi, je n’ai pas de souvenirs, ni du jour, ni de la météo, ni de l’hôpital, de rien du tout. […] J’ai appris plus tard que le premier pronostic [des médecins] était une survie de vingt-quatre heures. » Comme Nicola, une traductrice américaine de 37 ans, chaque année des milliers de personnes à travers le monde sombrent dans le coma pour plusieurs jours, des mois, voire des années. Certaines se réveillent, d’autres pas. Avec des séquelles plus ou moins importantes. Mais qu’est-ce que cela signifie d’être dans le coma ? Ce film, qui suit plusieurs patients, leur famille et leurs soignants, montre, grâce à des exemples concrets, toute la complexité du cerveau humain et propose un formidable voyage aux confins de la conscience.
Selon le Dr Laurent Gergelé, médecin réanimateur au CHU de Saint-Etienne, « le coma, c’est l’absence d’interaction avec le monde extérieur, c’est-à-dire que le patient n’est plus capable d’intégrer les informations provenant du monde extérieur et de réagir à ces informations ». Cet état est dû le plus souvent à un arrêt cardiaque (entraînant un manque d’oxygénation du cerveau) ou à un traumatisme crânien. Quelle qu’en soit la cause, pour les médecins, l’objectif est toujours, comme l’explique le Dr Gergelé, « de ne pas aggraver les lésions neurologiques. Comme on ne sait pas réparer le cerveau, on essaye d’éviter que de nouvelles lésions se surajoutent. Il faut donc mettre le cerveau dans des conditions optimales pour qu’il souffre le moins possible ». David, 45 ans, hospitalisé inconscient à la suite d’une mauvaise chute, a ainsi été placé en coma artificiel après avoir été opéré d’urgence pour évacuer un important hématome. Alors que sa pression intracrânienne est trop élevée, les sédatifs permettent de diminuer la consommation en oxygène du cerveau, et donc le volume de sang qui monte vers la tête.


Au bout du tunnel, la vie


Deux semaines après son accident, David ouvre les yeux pour la première fois. Ses sourires et ses larmes sont les manifestations du retour à la conscience. Mais il lui reste un long chemin à parcourir. A son départ pour le centre de rééducation, un mois plus tard, il est encore confus, désorienté et ne se souvient pas de sa date de naissance. Comme Arnaud, un jeune élagueur tombé dans le coma à la suite d’une agression, ou Nicola, la traductrice renversée par une moto, il va devoir se battre de longs mois pour restructurer ses souvenirs, retrouver une perception globale de son corps, réapprendre les gestes les plus simples et récupérer le maximum d’autonomie. Pour d’autres personnes, la sortie du coma se révèle plus difficile. C’est le cas de Jill, une Luxembourgeoise de 27 ans touchée par une hémorragie cérébrale. Elle semble éveillée mais ne parle pas et n’interagit pas avec le monde extérieur. Les médecins s’interrogent sur son état. Pourra-t-elle revenir un jour à la conscience ?
© Ligne de Front



• Émission Le monde en face présentée par Marina Carrère d'Encausse, France 5, mardi 10 mars 2015, 20h40. Documentaire, durée 70’, réalisation Olivier Pinte, production Ligne de Front, avec la participation de France Télévisions, année 2014.

dimanche 8 mars 2015

8 mars: la misère est sexiste

Les femmes et les filles des pays les moins avancés sont les principales victimes de l’extrême pauvreté et de toutes ces facettes. Un rapport de l’ONG One dénonce la double peine qu’elles subissent : la misère aggrave les inégalités entre les sexes.

Retrouvez l'infographie qui présente les disparités entre les pays du monde concernant le taux de mortalité des femmes, l'accès des femmes aux études secondaires, l'éducation des femmes dans les pays les moins développés, l'écart du taux d'emploi entre hommes et femmes et l'accessibilité à un compte bancaire pour les femmes via le lien suivant : http://www.humanite.fr/8-mars-la-misere-est-sexiste-567725

AFP

Égalité femmes-hommes : les Françaises ne sont pas dupes

Quelques améliorations, mais sans plus… Les Français restent largement critiques face aux inégalités entre hommes et femmes. Instruites 
par l’expérience, ces dernières portent un jugement encore plus sombre sur la situation, notamment en matière d’emploi et de salaires.

 
Photo : Miguel Medina/AFP
Alors que l'égalité salariale est inscrite dans les textes depuis 1957, 
une femme doit travailler 59 jours de plus qu'un homme pour 
gagner autant. Photo : Miguel Medina/AFP
Chacun perçoit une lente amélioration générale. Mais on est encore loin, très loin du compte. Dans la foulée de nombreuses études publiées ces derniers jours à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, dimanche 8 mars, l’institut CSA a interrogé les Français sur la perception qu’ils avaient de ces inégalités femmes-hommes. Les résultats de ce sondage (1), que nous publions en exclusivité, n’invitent pas à l’optimisme béat. Et montrent avant tout que les personnes interrogées – à commencer par les femmes – restent largement insatisfaites de la situation actuelle. D’une manière générale, l’idée que l’égalité entre hommes et femmes a progressé depuis dix ans au sein de la société semble plutôt partagée. Mais pas dans tous les domaines. Ainsi, si les Français estiment que le partage des tâches ménagères s’est amélioré (65 %), tout comme l’accès aux fonctions politiques (63 %) – objet de plusieurs textes de loi ces dernières années –, ils sont beaucoup plus mitigés sur l’accès aux postes à responsabilité dans les entreprises et administrations (53 %) et sur l’accès au marché du travail (50 %). Quant au niveau de salaire, la proportion s’inverse. Une majorité (54 %) estime que la situation « n’a pas changé », voire s’est « détériorée ». Sentiment qui rejoint la plupart des études pointant régulièrement la persistance des inégalités à compétences et poste égaux.
Le ressenti des femmes, pris à part, montre une réalité plus sombre et, malheureusement, sûrement plus juste. Sur tous les thèmes, elles apparaissent beaucoup moins convaincues de ces évolutions positives. Premières concernées par les emplois partiels depuis 2008, elles sont une minorité à estimer que, depuis dix ans, la situation s’est améliorée pour l’accès à des postes à responsabilité (45 %) ou pour l’accès au marché du travail (41 %). Et pas moins de 66 % d’entre elles ne perçoivent aucun changement, si ce n’est un recul, sur la question des salaires…

Cet écart de perception ne surprend pas Fatima Benomar, porte-parole de l’association féministe des Effronté-e-s. Il y a quelques mois, elle a montré à son entourage cette fameuse vidéo américaine révélant le harcèlement de rue que subissent les femmes. « Tous les hommes tombaient des nues. Ils ne se rendaient pas compte de l’ampleur du problème. Les femmes sont beaucoup plus conscientes de ces phénomènes de sexisme parfois discrets. Beaucoup d’hommes, eux, ne reconnaissent que les discriminations évidentes, comme celles liées au niveau de salaire. » Sur ce point, la militante féministe n’est pas étonnée, non plus, de l’insatisfaction très forte des femmes concernant leur différence de salaire par rapport à celui des hommes. « L’écart s’est réduit pendant une période, mais cela ne bouge plus depuis vingt ans. À poste et compétences égaux, les femmes gagnent environ 10 % de moins. Mais, d’une manière générale, elles touchent, en moyenne, 27 % de revenus en moins qu’un homme, compte tenu qu’elles sont plus souvent concernées par les temps partiels et des évolutions de carrière plus lente. »

Le mécontentement grandissant des Françaises face à cette stagnation des différences de salaire s’exprime clairement dans le sondage. Si l’on compare les résultats de cette enquête à celle menée en 2005 (graphique ci-dessus), on s’aperçoit que le ressentiment des femmes face à ces inégalités s’est profondément accentué. En l’espace de dix ans, le sentiment que leur accès à des postes à responsabilité était satisfaisant a reculé de 13 points (36 % à 23 %) et le niveau de salaire de 7 points (passant de 23 % à 16 %). « Ce sont clairement deux points de crispation qui se sont intensifiés ces dernières années, relève Julie Gaillot, à la fois de par la situation dégradée du marché du travail mais également grâce au sentiment que c’est devenu de plus en plus 
inacceptable… »
(1) Sondage réalisé
du lundi 2 au mercredi 4 mars 2015, 
auprès de 1 010 personnes âgées de 18 ans et plus,
selon la méthode des quotas.
 
Laurent Mouloud, L'Humanité, 06/03/2015.

Fin de vie : la proposition de loi mécontente de tous côtés

Les pro comme les anti-euthanasie rejettent le texte qui sera débattu à partir de mardi à l'Assemblée. 

La proposition de loi PS-UMP sur la fin de vie pour dépasser l'actuelle loi Leonetti se voulait la plus consensuelle possible mais attire au final les foudres des militants favorables à l'euthanasie comme des activistes opposés à toute forme de "suicide assisté".
Mécontents pour des raisons diamétralement opposés, les pro et les anti-euthanasie se retrouveront mardi proches les uns des autres, près de l'Assemblée nationale pour protester contre l'examen d'un texte porté par les députés Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (UMP) et dont la principale nouveauté réside en l'instauration d'un droit à une "sédation profonde et continue".
"Cette proposition de loi est inutile et dangereuse" tranche le porte-parole du collectif anti-euthanasie Soulager mais pas tuer, Tugdual Derville, également responsable de l'association "pro-life" Alliance Vita.


Une euthanasie déguisée ?

 

"Nous sommes mobilisés et prêts à mobiliser davantage" si le texte prend une tournure "plus explicitement" favorable à l'euthanasie, prévient Tugdual Derville, également porte-parole de l'organisation anti-mariage gay La manif pour tous.
Soulager mais pas tuer estime que le fait d'introduire un droit à une "sédation profonde et continue" jusqu'à leur décès pour des personnes en fin de vie créera une "confusion" et apparaîtra comme une euthanasie déguisée.
Pour l'association anti-euthanasie une sédation continue jusqu'au décès "risque de devenir un moyen expéditif pour étouffer à bon compte les plaintes au lieu d'aider les personnes qui ont besoin d'écoute, de relations et d'accompagnement".


Pas suffisamment démarquée de la loi actuelle

 

De l'autre côté du spectre, le mécontentement est tout aussi palpable, pour des raisons inverses.
Le texte ne se démarque pas suffisamment de l'actuelle loi Leonetti et ne va pas suffisamment loin sur le chemin de l'euthanasie, jugent les partisans de l'euthanasie.
L'association ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) qui revendique près de 60.000 membres, concentre ses critiques sur ce même futur droit de "sédation profonde et continue".

Il s'agit d'une notion "hypocrite" qui peut conduire à faire mourir dans des "souffrances incroyables" lorsque la sédation s'accompagne de l'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation qui sont considérés comme des traitements.
"Le médecin débranche, arrête l'alimentation, l'hydratation et assomme avec des médicaments. Cela peut être très bien pour certains mais très violent pour d'autres" explique le président de l'ADMD, l'élu régional d'Île-de-France apparenté socialiste Jean-Luc Romero.


"Hypocrisie" du projet

 

"Les anti-euthanasie n'ont pas tort, oui c'est une forme d'euthanasie qui peut être violente, on débranche et on meurt à petit feu", estime-t-il, critiquant "l'hypocrisie" du projet.
L'euthanasie désigne l'acte délibéré d'un médecin voire d'un tiers "qui provoque la mort d'un malade incurable pour abréger ses souffrances ou son agonie" (définition Larousse).
Le terme euthanasie n'a jamais été employé dans la proposition Claeys-Leonetti et ce vocable a toujours été soigneusement évité par François Hollande à l'origine de l'initiative.
Le chef de l'État avait promis durant la campagne présidentielle une nouvelle loi pour dépasser la loi Leonetti.
Cette loi interdit depuis 2005 l'acharnement thérapeutique, autorise l'arrêt des traitements lorsqu'ils sont jugés "disproportionnés" et admet l'administration de substances anti-douleur apaisantes (des "sédatifs") à des doses qui peuvent avoir comme "effet secondaire d'abréger" la vie.


Promesse de François Hollande

 

François Hollande avait promis de mettre en place "dans des conditions précises et strictes" une "assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité"
Déçu par le texte de compromis élaboré par les deux députés, l'espoir de l'ADMD est aujourd'hui de voir prospérer l'initiative de 85 députés socialistes, devenus déjà 120, en faveur d'une "aide médicalisée active" pour une fin de vie "dans la dignité", qui s'apparenterait à de l'euthanasie véritable.
"On espère que cet amendement sera le plus près possible de la législation belge, néerlandaise ou luxembourgeoise", les trois pays qui en Europe ont autorisé l'euthanasie, commente Jean-Luc Romero.
Les anti-euthanasie promettent au contraire de sonner la "mobilisation nationale" sur cet amendement, apparu lors de l'examen du texte en commission et qui a été retravaillé pour l'hémicycle.

Le Nouvel Observateur, 07/03/2015.

Droits des femmes : 20 semaines de congé maternité ? Ce serait une grande avancée

En cette journée internationale des droits des femmes, plusieurs eurodéputés Verts veulent alerter sur la menace des congés maternités. Une directive l'allongeant à 20 semaines (contre 16 en France actuellement), est bloquée depuis quatre ans après avoir été adoptée par le Parlement européen. Celle-ci est pourtant essentielle, défend notamment Karima Delli.

La directive sur les travailleuses enceintes plus connue sous le nom de "directive congé maternité", a été adoptée à une large majorité par le Parlement européen en octobre 2010. Après quatre ans, cette directive reste bloquée au Conseil de l'Union européenne à la suite de l'opposition de certains États membres. La Commission européenne a quant à elle fait savoir qu'elle retirerait la proposition de directive si aucun accord n'était obtenu d'ici juin.

Cette décision représenterait un véritable bond en arrière pour le droit des femmes et l'égalité des genres en Europe.

Illustration d'une femme enceinte (R.BEN-ARI/CHAMELEO/SIPA)

Un manque de respect pour le Parlement européen

Après deux ans de discussions sur ce texte, le Parlement européen avait finalement réussi à trouver un accord en adoptant une proposition plus ambitieuse que celle proposée initialement par la Commission. Il voulait, entre autres, étendre le congé maternité entièrement payé de 14 à 20 semaines, y compris pour les mères adoptives ; et incluait également un congé paternité payé d'une durée minimale de deux semaines.

Aujourd'hui, la menace du retrait de cette directive est un véritable manque de respect pour le travail du Parlement européen.

Elle montre que la Commission a cédé aux demandes pressantes des lobbies au détriment des législations européennes relatives à l'égalité femme/homme, à la santé, la sécurité et aux conditions de travail, qui visent justement à garantir des standards sociaux élevés en Europe.

Renforcer les droits des femmes pendant leur grossesse

En 2015, les femmes continuent de gagner en moyenne 16,4% de moins que les hommes dans l'UE. Beaucoup d'entre elles ne touchent simplement pas de retraite tandis que celles qui en bénéficient perçoivent en moyenne 39% de moins que leurs homologues masculins.

Or, si l'Europe est incapable de garantir un revenu décent pour les femmes durant leur congé maternité, elle aggrave de ce fait les inégalités de salaires existantes et entraîne également de sérieuses conséquences dans le calcul de leur retraite. En d'autres termes, avoir des enfants pénalise financièrement les femmes depuis leur grossesse et jusqu'à leur retraite.

Bien que les États membres aient tous des lois protégeant les femmes enceintes, celles-ci sont toujours discriminées sur leur lieu de travail le temps de leur grossesse, mais pas seulement.

Il arrive encore trop fréquemment que des femmes soient licenciées parce qu'elles sont enceintes, même si cela est interdit par la loi. C'est pourquoi l'Union européenne a besoin d'une législation commune qui protège et renforce les droits des femmes durant leur grossesse et après la naissance de leur enfant. Il est scandaleux qu'aujourd'hui toutes les européennes ne bénéficient pas d'un système de protection sociale avancé.

À nous de les aider à concilier travail et statut de mère

Un des arguments principalement utilisés par certains États membres pour bloquer la directive consiste à dire que plus de 14 semaines de congé maternité nuiraient considérablement à la position des femmes sur le marché du travail et imposeraient une charge financière que les entreprises ne peuvent assumer en période de crise économique.

On est pourtant loin de la réalité. Si l'on regarde les pays scandinaves, on s'aperçoit que plus le système est généreux avec les femmes, plus il est facile pour elles de concilier vie professionnelle et statut de mère.

La levée de boucliers de la part d'organisations patronales et de certains États membres concernant les coûts énormes qu'engendrerait la directive est également mise à mal par l'étude d'impact réalisée sur ce sujet. Ainsi, cette étude estime qu'une augmentation de la participation des femmes de 1,4% sur le marché du travail suffirait à couvrir la totalité de ces coûts.

Le congé paternité est vital pour l'égalité des genres

Un autre point complexe de la discussion concerne le congé paternité. Bien que 19 des 28 États membres aient déjà introduit un congé paternité dans leur législation nationale, le Conseil semble loin de l'accepter à l'échelon européen.

Un congé paternité digne de ce nom représente pourtant une mesure vitale pour l'égalité des genres. Si nous souhaitons voir plus de femmes sur le marché du travail, il est essentiel que les hommes consacrent plus de temps aux activités familiales et à leurs enfants.

Un congé maternité tel que voulu par les parlementaires européens représenterait un réel progrès dans la protection des mères travailleuses en termes d'égalité des genres et de soutenabilité du marché du travail.

Les intérêts économiques ne doivent en aucun cas primer sur la protection des Européennes et des Européens. Il est de notre responsabilité à toutes et tous de maintenir la pression et d'élever notre voix pour dire à la Commission européenne et surtout aux États récalcitrants qu'il n'y a pas d'autre option que de laisser la directive congé maternité sur la table.  

Tribune cosignée par :
- Karima Delli (EELV, France)
- Ernest Urtasun (Espagne)
- Jordi Sebastia (Espagne)
- Terry Reintke (Allemagne)
- Monika Varna (Autriche)

 Rozenn Le Carboulec, Le Nouvel Observateur, 08/03/2015.