lundi 22 septembre 2014

Migrants à Calais : Londres cède aux pressions françaises

Au terme d'intenses négociations, le Royaume-Uni apportera 15 millions d'euros sur trois ans.

Un pas important dans la gestion des questions migratoires à Calais (Pas-de-Calais) a été franchi, samedi 20 septembre, avec la signature d'un accord inédit entre le Royaume-Uni et la France. Alors que depuis plus de quinze ans, les Britanniques faisaient la sourde oreille aux demandes d'aide des Français, un compromis a finalement été trouvé. " C'est une avancée très importante ", s'est félicité le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve.
Principal élément de l'accord : le versement par les Britanniques de cinq millions d'euros par an pendant trois ans dans un " fonds commun ". Cet argent doit essentiellement servir à financer un " plan de sécurisation " du port de Calais, soutenu par la chambre de commerce et d'industrie de la Côte d'Opale, gestionnaire du port.
Ce plan prévoit notamment la pose de clôtures de 4 mètres de haut sur la rocade d'accès à la zone d'embarquement. C'est de là que beaucoup de migrants tentent aujourd'hui de sauter sur les camions. Des assauts de plus en plus massifs. Le 17 septembre, 250 migrants ont tenté, en pleine journée, de se hisser au même moment sur des poids lourds. La troisième tentative du genre en quelques semaines.
Les 15 millions d'euros versés sur trois ans doivent aussi permettre de " fluidifier " le trafic. Les mesures de contrôle ralentissent aujourd'hui fortement le débit de véhicules, au point d'avoir un impact négatif sur la rentabilité du port. Le nombre d'aubettes – postes de contrôle – de l'immigration britannique devrait donc être augmenté. Un parking sécurisé pour les camions en attente est aussi prévu.
Une partie du fonds commun devrait également financer, en partie, la prise en charge des " personnes vulnérables " et le centre d'accueil de jour qui doit être ouvert dans les prochaines semaines, à Calais. Le 2 septembre, douze ans après la fermeture du centre de Sangatte, M. Cazeneuve a en effet donné son feu vert à la réouverture d'un lieu pour la mise à l'abri des migrants durant la journée.
Echanges de fonctionnaires
L'accord prévoit enfin une amélioration de la coopération policière entre les deux pays. Alors que l'entente n'a jamais vraiment été très cordiale entre agents britanniques et français, des échanges de fonctionnaires devraient être développés.
Au cabinet du ministre de l'intérieur, où on a travaillé d'arrache-pied ces dernières semaines pour signer l'accord, on souligne l'effort " d'information commune " qui sera fait auprès des migrants pour les dissuader de rejoindre le Royaume-Uni. " Quand nous, les Français, disons seuls que la traversée est dangereuse, les migrants nous croient moins ", explique-t-on.
La conclusion de cet accord franco-britannique tient beaucoup à l'aggravation du contexte international. Alors que les flux ont été multipliés par deux, en Méditerranée, entre 2013 et 2014, le nombre de migrants à Calais a immédiatement augmenté. Ils seraient aujourd'hui environ 1500, en permanence, à vouloir tenter leur chance, contre 300 à 500 ces dernières années.
Elise Vincent, Le Monde du 23 septembre 2014.

Un Chinois émet désormais plus de CO2 qu'un Européen

LA HAUSSE DES ÉMISSIONS de dioxyde de carbone (CO2) se poursuit à un rythme effréné et coïncide avec le plus pessimiste des quatre grands scénarios de développement imaginés par la communauté scientifique. Dimanche 21 septembre au soir, le Global Carbon Project (GCP), un consortium d'organismes de recherche internationaux de référence, a rendu public le bilan des émissions anthropiques de CO2 durant l'année 2013 et confirmé que celles-ci sont hors de contrôle.

En 2013, la combustion des ressources fossiles (pétrole, gaz, charbon) et les cimenteries ont émis quelque 36 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2), en hausse de 2,3 % par rapport à 2012. Quant à la déforestation, elle a conduit à l'émission de 3,3 GtCO2. Soit un total de près de 39,3 milliards de tonnes du principal gaz à effet de serre émis par l'homme.
L'examen des données de chaque pays offre un aperçu saisissant de la montée en puissance chinoise. La Chine était devenue, en 2008, le premier émetteur de CO2, devant les Etats-Unis. Mais, en rapportant ses émissions à sa démographie, elle demeurait loin des pays développés. Dans son dernier bilan, le GCP conclut que la Chine a franchi une nouvelle étape. Non seulement l'empire du Milieu demeure le principal émetteur en valeur absolue (28 % des émissions mondiales en 2013), mais ses émissions par habitant ont désormais surpassé celles de l'Union européenne. En 2013, un Chinois moyen a donc émis plus de CO2 qu'un Européen moyen ; les Américains, qui émettent entre deux et trois fois plus par habitant, sont encore assez loin devant.
" Rebond du charbon "
Paradoxalement, ce seuil est franchi alors que les émissions chinoises n'ont crû " que " de 4,2 % par rapport à 2012, soit " le plus faible taux d'augmentation depuis 2007-2008 ". Les auteurs attribuent cette situation à deux facteurs : " Une croissance économique plus faible et des améliorations de l'intensité-carbone de l'économie ", c'est-à-dire des efforts en termes d'efficacité énergétique.
Quant aux Vingt-Huit, leurs émissions décroissent de 1,8 %, " du fait d'une économie faible, le déclin des émissions de certains pays étant compensé par un retour au charbon conduit par la Pologne, l'Allemagne et la Finlande ", écrivent les auteurs.
L'Union européenne a connu son pic d'émissions dans les années 1980 et voit sa contribution baisser régulièrement depuis – du fait, aussi, d'un transfert d'émissions vers l'Asie, ou une part de l'activité industrielle a été délocalisée. En tenant compte de ces transferts, les émissions européennes " ne se sont que stabilisées ", notent les auteurs.
La poursuite de ces tendances conduirait la Chine à émettre vers 2019 plus de CO2 que les Etats-Unis, l'UE et l'Inde combinés.
Autre surprise : les Etats-Unis, dont les émissions de CO2 chutaient depuis 2008 sous l'effet du développement du gaz de schiste, voient celles-ci augmenter de nouveau et de manière significative. Elles ont gagné 2,9 % en 2013 par rapport à l'année précédente, sous l'effet d'un" rebond du charbon ", notent les auteurs.
Le temps presse désormais. " Nous connaissons à peu près la quantité totale de carbone que nous pouvons émettre dans l'atmosphère en gardant deux chances sur trois de rester sous les 2 °C de réchauffement par rapport à l'ère pré-industrielle, explique Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement et membre du GCP.Or, si on fait le compte, nous avons émis depuis la révolution industrielle les deux tiers de cette quantité. Il ne nous en reste plus qu'un tiers à émettre, ce qui représente environ trente ans d'émissions au niveau actuel. "
Pour l'heure, les premières estimations pour 2014 ne montrent pas le début d'une amélioration. Le GCP anticipe une augmentation de 2,5 % des émissions de CO2 toutes sources anthropiques confondues, ce qui placerait l'année en cours au-dessus du seuil symbolique des 40 milliards de tonnes de CO2 émises par les activités humaines.
Stéphane Foucart, Le Monde du 23 septembre 2014.

Climat : Ban Ki-moon presse les Etats d'agir

On l'appelle déjà " le sommet de Ban ", car c'est à titre personnel que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a invité les chefs d'Etat à se réunir, mardi 23 septembre à New York, à la veille de l'assemblée générale pour un sommet extraordinaire sur le climat. A quinze mois de la Conférence de Paris, où les 195 pays de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ont rendez-vous pour signer le premier accord global impliquant tous les grands émetteurs de gaz à effet de serre, M. Ban veut donner un élan politique à des négociations toujours aussi difficiles.


Dans les rues de New York, où s'est déroulée, dimanche, une marche du peuple pour le climat qui a rassemblé plus de 300 000 personnes, Ban Ki-moon s'est joint au cortège citoyen pour demander aux dirigeants politiques d'agir. Ne pas répéter l'échec de Copenhague : le souvenir de la Conférence sur le climat de 2009, où les chefs d'Etat avaient, en vain, été appelés en sauveurs de la dernière heure, reste douloureux dans l'esprit de tous les négociateurs. En les interpellant aujourd'hui, Ban Ki-moon espère écarter ce scénario.
Les chefs d'Etat, qui ne se sont jamais réunis depuis leur mésaventure danoise, se montreront-ils à la hauteur des attentes ? En cinq ans, les émissionsde gaz à effet de serre ont battu record sur record pour atteindre une concentration jamais égalée en 2013. Le dérèglement climatique, à travers la multiplication de catastrophes naturelles, est devenu une réalité dans nombre de pays, à commencer par les deux premiers pays pollueurs de la planète : la Chine et les Etats-Unis.
De passage à Paris à la fin du mois d'août, Mary Robinson, l'envoyée spéciale des Nations unies pour le climat, résumait ainsi les trois critères qui permettront d'évaluer la réussite du sommet. Premièrement : les engagements que prendront les chefs d'Etat. Deuxièmement : l'argent mobilisé, notamment pour le Fonds vert promis à Copenhague pour aider les pays en développement à s'adapter aux impacts du changement climatique et financer leur transition énergétique. Ses caisses sont quasiment vides, alors que l'objectif était de mobiliser 100 milliards de dollars (environ 78 milliards d'euros) par an d'ici à 2020.

A Nancy, l'agression d'une jeune fille se transforme en lynchage en ligne

Quatre jeunes filles ont été placées en garde à vue, ce week-end à Nancy, dans une affaire d’agression filmée et diffusée sur Internet.

Le 10 septembre, une adolescente, accompagnée de trois autres, invective puis frappe une jeune fille atteinte, selon L’Est républicain, d’un léger handicap mental. L’agression est filmée, puis mise en ligne vendredi 19 septembre.
L’auteure présumée de l’agression, mineure, a été mise en examen dimanche,pour violences aggravées en réunion et sur personne vulnérable. Elle a été remise en liberté sous contrôle éducatif et a été présentée à un juge des enfants. Ses complices présumées ont également été libérées, dès samedi.
La vidéo originale, vue plusieurs milliers de fois, a été rapidement retirée. Mais d’autres exemplaires du film sont encore en ligne, circulant sur les forums et les réseaux sociaux, et certains comptent jusqu’à 180 000 visionnages.
Lire la suite sur Le Monde.fr

Guillaume Rolland, Google par le bout du nez

Guillaume Rolland, 18 ans, chevelure châtain courte mais abondante et yeux bleus espiègles, n'en est toujours pas revenu d'être parmi les quinze finalistes du concours Google Science Fair, dont le gagnant sera connu mardi 23 septembre. Le jeune homme s'est envolé pour Mountain View, le siège du moteur de recherche américain, en Californie, samedi matin.


Guillaume Rolland était sur les chemins du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostel (Espagne), en août, avec deux de ses trois soeurs lorsqu'il a appris la nouvelle. Toute la journée, il a marché, sans savoir. Ce n'est que dans la soirée – quand le fameux logo 3G apparut enfin en haut à droite de l'iPhone de l'une de ses soeurs – qu'il fut informé de l'heureuse nouvelle.
« Ils avaient envoyé des mails, tenté des hangouts , mais j'étais injoignable ! », se rappelle-t-il avec un éclat particulier dans les yeux. « On ne cessait de s'imaginer en plaisantant ce que ça ferait s'il était finaliste », se souvient Antoine Rolland, son père. Car ce résultat, le jeune homme l'attendait avec fébrilité. « Je ne pensais pas non plus qu'à ça, j'effectuais un pèlerinage, tout de même », tempère-t-il.
Il est le premier Français à parvenir à ce stade de la compétition, un concours difficile qui sélectionne les meilleurs. Lancé en 2011, le Google Science Fair récompense l'inventivité scientifique et technologique des jeunes âgés de 13 à 18 ans. Sur 2 000 candidats, seuls 15 sont retenus chaque année après un processus de sélection drastique. Les jurés, eux, viennent du monde de la recherche mais aussi de grandes entreprises.
Pour l'heureux élu, c'est le jackpot : dix jours de vacances aux Galapagos, et surtout une bourse d'étude de 50 000 dollars (39 000 euros). En 2013, le gagnant, un jeune lycéen chinois, avait remporté la mise avec un nouveau traitement antigrippal.
DES ODEURS FORTES ET AGRÉABLES POUR RÉVEILLER Le projet qui a mené Guillaume Rolland jusqu'aux portes de Google est un peu différent : il s'agit d'un réveil qui, au lieu de sonner à l'heure programmée, émet des odeurs suffisamment fortes et agréables pour réveiller le dormeur.

Ebola : quels traitements pour l'infirmière française contaminée ?

La ministre de la Santé a autorisé l'importation et l'utilisation de trois médicaments expérimentaux étrangers susceptibles de guérir Ebola.

La volontaire française de Médecins sans frontière, infectée par le virus Ebola au Libéria, a été rapatriée et prise en charge vendredi 19 septembre à l'hôpital militaire Bégin de Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne. Elle y a été placée en isolement et reçoit des "traitements expérimentaux", a annoncé Marisol Touraine au micro de "RTL". L'hôpital a été tout particulièrement choisi parce qu'il est équipé de "deux chambres à pression négative". Un dispositif destiné à éviter l'échappée du virus à l'extérieur.

La ministre de la Santé a réfuté les critiques dénonçant la lenteur de son rapatriement et a précisé que la volontaire de 29 ans avait commencé à être traitée "dès son transfert". La nature du traitement demeure toutefois floue pour l'instant.

Une dérogation pour importer des médicaments expérimentaux

Sans donner force détails, Marisol Touraine a précisé qu'il s'agissait de "plusieurs types de traitements. Il appartiendra aux équipes de déterminer la nature des traitements à administrer".

Pour soigner la volontaire, le ministère de la Santé a pris la décision d'autoriser "à titre dérogatoire" l'importation et l'utilisation de trois médicaments expérimentaux étrangers. Les médicaments en questions : le ZMapp, l'Avigan et le TKM-100802 - une des versions de TKM-Ebola - qui viennent respectivement du Japon, des Etats-Unis et du Canada.

Un médicament qui guérit une fois sur deux

Le ZMapp est un cocktail de trois anticorps "monoclonaux", développé par Mapp Bio (Biopharmaceutical). Le médicament est en partie dérivé du tabac, grâce au laboratoire Kentucky BioProcessing (filiale du cigarettier Reynolds) et à l'ingénierie génétique. Il a été administré notamment à deux Américains, dont le Dr Kent Brantly, 33 ans, et la missionnaire Nancy Writebol, 60 ans, qui ont tous deux guéri. Un prêtre espagnol de 75 ans et un médecin libérien, qui avaient également reçu ce médicament, sont en revanche décédés.

Son développement est le fruit d'une collaboration entre Mapp Bio et sa filiale LeafBio, toutes deux basées à San Diego (Californie), de Defyrus Inc., un laboratoire canadien de Toronto, ainsi que des gouvernements américain et canadien. "Il ne reste que quelques doses disponibles", explique le professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l'Institut de microbiologie et des maladies infectieuses (IMMI), à l'AFP.

Ebola : quels sont les moyens déployés pour éviter l'épidémie en France ?

Une volontaire française de MSF est contaminée par le virus Ebola. Pour la rapatrier en France et la soigner, un important dispositif de sécurité a été mis en place.

La jeune infirmière française de Médecins sans frontières (MSF), qui a contracté le virus Ebola au Liberia, a été placée en isolement dans un hôpital militaire de la région parisienne, ce vendredi. Elle reçoit depuis des traitements expérimentaux.

Face à l'angoisse de voir la maladie arriver en France, le ministère de la Santé a pris des mesures de sécurité drastiques, depuis le rapatriement de la jeune volontaire jusqu'à son lit d'hôpital où elle est soignée aujourd'hui.

Une mise en quarantaine immédiate

Pour la volontaire française de MSF, le diagnostic est tombé le mardi 16 septembre dans la journée, dans la ville de Monrovia où elle soignait des malades atteints d'Ebola. La maladie étant extrêmement contagieuse, elle a tout de suite été mise en quarantaine dans un centre construit par MSF en attendant son rapatriement en France.

Marisol Touraine a réfuté les critiques dénonçant la lenteur de son rapatriement :
Entre le moment où nous avons été prévenus et son arrivée, il s'est écoulé 50 heures. C'est exactement le temps qu'il a fallu pour rapatrier les personnels américains"

Si le transfert n'a pas pu se faire immédiatement, c'est en raison du dispositif qu'il nécessite. Pour pouvoir transporter le malade d'un pays à un autre, avec le moins de risques possible, l'avion doit être spécialement équipé pour ce genre d'opération, explique "Le Monde". Pendant tout le déplacement la personne contaminé doit être confiné, précise le journal. Le nombre de personnes à rentrer en contact avec le malade doit être réduit au maximum. Toutes doivent porter une combinaison de protection hermétique.

Photo Josef Vostarek/AP/SIPA diffusée sur nouvelobs.com

dimanche 21 septembre 2014

Manip sur le Net

Les chasseurs de clics vont devoir ranger filets et tromblons. Après la diffusion de l'" Envoyé spécial " de  ce jeudi soir, les vieux outils de mesure d'audience sur Internet risquent fort de devoir rejoindre les rateliers. Au placard le nombre  de pages vues, de  visiteurs uniques au kilo et  d'amis et/ou followers. 

C'était pratique peut-être, mais le problème c'est que cela ne veut rien dire. Ces données peuvent en effet être manipulées très facilement  et à moindre coût, comme le prouve l'enquête signée Céline Chassé.
On le savait, on le disait parfois, mais maintenant  la démonstration est faite. Pour les besoins de la cause, un faux groupe de musique est ainsi constitué. Le clip vidéo est posté sur YouTube. Une page Facebook et un compte Twitter sont également créés pour l'occasion, à la gloire des "  Like Us  ". Dans un premier temps, rien ne se passe. Au bout d'une semaine, le clip a été vu à 18 reprises, le groupe compte 3 amis sur Facebook et 10 abonnés à ses tweets... Logique.
Le marché du clicLa réalisatrice s'adresse alors à un site Web, qui promet de "  booster  " sa popularité en ligne. Ces sites sont nombreux et ont pignon sur le Net. En période de promotion, on peut y acheter par exemple 2  000 "  twittos  "  pour moins de 16  euros. Le faux groupe de musique commande 500  000 "  vues  " sur YouTube pour la somme de 500  euros, commentaires inclus. Au bout de 72  heures, le compteur affiche déjà 220  000. Et, après une semaine, l'objectif est atteint.
Le marché du clic s'appuie sur des sous-traitants souvent localisés en Asie. La  concurrence y est rude, mais, en dépit d'une surveillance accrue des grandes plates-formes, il se porte bien. Pour mesurer sa popularité, il va falloir trouver autre chose.
Olivier Zilbertin
Article publié dans le journal Le Monde du 21 septembre 2014.

A voir sur France 2 Magazine 20.50 le Mardi 23/09/2014

Une centaine de dossiers traités et plusieurs plaintes

NICE, MARSEILLE, Toulouse, Grenoble, Saint-Etienne, Argenteuil… Les mères voilées interdites de sorties scolaires sont nombreuses – " de plus en plus nombreuses " même, selon le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), qui a traité, en 2013, une " centaine de dossiers ". Si certains se règlent à l'amiable, d'autres finissent devant la justice. Treize mères de Méru, dans l'Oise, ont ainsi saisi, en mai, le tribunal administratif d'Amiens. Le jugement est attendu dans les prochains mois.

Dans cette petite commune, la question n'avait jamais fait de bruit jusqu'à ce que deux écoles interdisent, en novembre 2013, aux mères voilées de participer à leurs activités. Dans l'une, c'est le conseil d'école qui a statué. Il venait de prendre connaissance de la " charte de la laïcité ", distribuée par le ministère de l'éducation nationale dans tous les établissements à la rentrée 2013.
" Le conseil l'a interprétée comme une interdiction, pour les mères voilées, de participer aux sorties scolaires ", raconte Amina (le prénom a été modifié), l'une des treize plaignantes. " Dans l'autre école, une mère avait été sollicitée par les parents délégués pour les aider à préparer le goûter de Noël ; la directrice lui a demandé d'enlever son voile. "
Très vite, la nouvelle s'ébruite. " Les parents se sont inquiétés, poursuit Amina. Nous avons sollicité le maire, le député, le directeur académique… " Lequel finit par donner des consignes strictes : les parents accompagnateurs étant des " collaborateurs occasionnels " du service public, ils " ne peuvent arborer le port de signes ostentatoires ", tranche-t-il dans un courrier adressé à tous les directeurs d'école de Méru le 4 décembre 2013. Par la suite, " il y a eu des exclusions dans toutes les écoles, déplore Amina. Lorsque nous avons vu que le dialogue n'était plus possible, nous avons porté plainte. "
En juin, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté leur requête. Les mères de Méru avaient opté pour une procédure d'urgence. Or, comme la fin de l'année approchait et qu'aucune sortie n'était prévue, le juge a estimé que la " condition d'urgence " n'était pas fondée.
De plus, " sous l'effet de la procédure enclenchée, l'administration a cherché à apaiser la situation : certaines écoles ont levé l'interdiction, d'autres l'ont maintenue ", précise Lila Charef, responsable juridique du CCIF.
L'acte II doit se jouer dans les prochains mois, quand le juge sera conduit à trancher sur le fond, c'est-à-dire sur la légalité d'interdire le voile lors des sorties scolaires à Méru. En attendant, le rectorat d'Amiens use de prudence : " Le principe de laïcité s'applique. Mais il est aussi demandé aux écoles d'associer les parents et d'établir un dialogue avec eux. "
Au début de l'année, à Nice, deux mères voilées interdites de sorties scolaires ont saisi la justice. Trois plaintes ont été déposées au tribunal administratif. A trois reprises, le juge a rejeté leurs requêtes en référé – sans audience et sans statuer sur le fond. Les plaignantes ont souhaité saisir le Conseil d'Etat. " Mais, comme par hasard, les écoles ont annulé la sortie juste après notre recours devant le tribunal. Nous n'avions donc plus de possibilité de faire appel ", explique leur avocat, Me Sefen Guez Guez.
Le premier cas porté devant la justice remonte à 2011. Une mère voilée de Montreuil (Seine-Saint-Denis) protestait contre l'interdiction, inscrite dans le règlement intérieur de son école, de participer aux sorties scolaires. Le juge l'avait déboutée.
Au. C.
Article publié dans le journal Le Monde du 21 septembre 2014.

Sorties scolaires : des décisions au cas par cas pour les mères voilées

En Seine-Saint-Denis, chaque école se donne sa règle, alors que le Conseil d'Etat a précisé que les parents ne sont pas tenus à la neutralité religieuse

En cette rentrée scolaire, Khadija Souiri a bon espoir de pouvoir prendre part aux activités dans l'école de son petit dernier. Cette maman trentenaire du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) a entendu dire qu'à la maternelle Jean-Macé les mères étaient autorisées à participer aux sorties scolaires avec le voile. L'une d'elles a accompagné les enfants au zoo de Vincennes au printemps et s'est inscrite à la cueillette des pommes d'octobre. En revanche, Mme Souiri sait qu'il lui sera impossible de suivre son aîné de 7 ans : l'école Jules-Guesde, de son côté, soumet les parents accompagnateurs au principe de neutralité religieuse.
En Seine-Saint-Denis, comme ailleurs, la situation est kafkaïenne : chaque école fait comme elle l'entend. Ici, on invoque tel règlement, là, telle loi ou telle circulaire. Si bien qu'au Blanc-Mesnil 28 écoles – sur 33 – interdisent aux mères voilées d'accompagner les sorties scolaires. A Aulnay-sous-Bois, toutes les écoles les acceptent ; à Montreuil, 3 les refusent…
Ce flou a conduit le SNPDEN, principal syndicat des chefs d'établissement, à exiger des directives précises : " Nous n'apprécions pas la façon dont les responsables politiques fuient la question pour ne pas faire de vagues. Les établissements n'ont pas à prendre des décisions qui ne leur appartiennent pas ", s'agace Philippe Tournier, son secrétaire général.
Interrogée par Le Monde début septembre, la ministre de l'éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a déclaré être sur la même ligne que le Conseil d'Etat. Dans son avis du 19 décembre 2013, celui-ci tranche sur le fond : les parents ne sont ni des " agents ", ni des " collaborateurs " du service public, mais des " usagers ".
Ils ne sont donc pas concernés par l'" exigence de neutralité religieuse ". La seule restriction pourrait être le trouble à l'ordre public et au bon fonctionnement du service. C'est sur ce point que Najat Vallaud-Belkacem comme son prédécesseur, Benoît Hamon, s'appuient pour appeler les enseignants au " discernement " et prôner le " cas par cas ". C'est aussi ce point qui sème la confusion et conduit à l'arbitraire.
En Seine-Saint-Denis, courant juin, des parents ont eu vent d'un " règlement type des écoles " en préparation à la direction académique du département, interdisant aux mères voilées de participer aux sorties – comme le prévoit la circulaire Chatel de 2012. Ce règlement a été validé le 23 juin.
Qu'y lit-on ? Il rappelle d'abord l'avis du Conseil d'Etat, puis, au paragraphe suivant, dit l'inverse : " S'agissant des parents d'élèves qui participent à des déplacements ou des activités scolaires, ils doivent faire preuve de neutralité dans l'expression de leurs convictions, notamment religieuses. " Donc la circulaire Chatel " reste valable ".