vendredi 22 avril 2016

VIH : 20 ans après les premières trithérapies, où en est-on ?

Une trithérapie prise suffisamment tôt et bien respectée permet aujourd'hui aux personnes séropositives de mener une vie quasiment normale.

 
Pour toutes les personnes vivant avec le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), 2016 est une année importante, puisqu'elle marque les 20 ans de l'arrivée des premiers médicaments antiviraux. Utilisés en association, le plus souvent sous la forme de trithérapie (combinaison de trois médicaments à la fois), ces médicaments ne permettent pas d'éliminer complètement le virus, mais peuvent contrôler l'infection et rendre aux malades une espérance de vie quasiment normale. «Cela nous a changé la vie. Aujourd'hui, le sida est vécu comme une maladie chronique comme le diabète ou l'hypertension, et non plus comme une maladie mortelle», témoigne Bruno Spire, directeur de recherche à l'Inserm sur le sida et porteur du virus.

Femme prenant une trithérapie pour le traitement du sida.

1996: arrivée des premières trithérapies

 

«Il y a eu une période de 6 à 8 mois où l'accès aux molécules était difficile. Les laboratoires ont même envisagé de tirer au sort les patients, mais ça ne s'est pas produit, se souvient le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS). Le contexte était délicat car le taux de mortalité des patients était très important. Ces médicaments représentaient une bouffée d'espoir fabuleuse pour les malades et le corps médical».
Avant l'arrivée des premières trithérapies en 1996, les personnes séropositives au VIH, c'est-à-dire «porteuses» du virus, voyaient systématiquement leurs défenses immunitaires s'effondrer au bout de quelques années. Elles développaient alors le Syndrome d'Immuno Déficience Acquise (sida), où la multiplication d'infections opportunistes et le développement de certains cancers les entraînaient irrémédiablement vers la mort. Désormais, une trentaine de produits existent, parmi lesquels une dizaine concentrent 90 % des prescriptions.

De 20 à 2 comprimés par jour

 

La trithérapie permet de faire baisser la charge virale, c'est-à-dire la quantité de virus dans le sang, jusqu'à la rendre indétectable. Cependant, les premiers traitements entraînaient une foule d'effets indésirables: fatigue, maux de tête, troubles digestifs, parfois de la fièvre et des plaques rouges sur la peau. «On savait que les molécules étaient toxiques, notamment celles de la trithérapie D4T qui agissait sur la répartition des graisses et les maladies cardiovasculaires, et qui n'est désormais plus prescrite, explique le Pr Delfraissy. Mais elles avaient le mérite de garder en vie les personnes».
Au total, les patients devaient prendre quotidiennement pas moins d'une vingtaine de comprimés, dont certains devaient être conservés au réfrigérateur. «J'ai eu envie de jeter ma première trithérapie par la fenêtre», se souvient Hugues Fischer, porteur du virus depuis 1989, cofondateur de l'association Act Up. Depuis, de nombreux progrès ont été faits -les trithérapies comprennent 2 à 5 comprimés par jour- et les médicaments sont mieux tolérés, même si de tels effets secondaires peuvent tout de même apparaître dans les jours qui suivent la mise en place du traitement.

Un risque d'infection sexuellement transmissible nul

 

En plus de permettre aux personnes infectées de conserver une espérance de vie quasiment égale à celle de la population générale, les traitements antirétroviraux ont réduit de 96 % le risque de transmission du virus à un partenaire sexuel non infecté. «Chez les personnes qui prennent parfaitement bien leur traitement, avec une charge virale indétectable et ne présentant pas d'infection sexuellement transmissible, le risque est nul, ajoute le Pr Delfraissy. Mais on conseille aux couples sérodifférents d'utiliser des préservatifs lorsqu'ils ont un doute sur l'observance de leur traitement». Néanmoins, la trithérapie ne permet pas de retrouver un système immunitaire complètement restauré. Les personnes porteuses du virus ont ainsi un risque plus important de développer certains cancers.

«En France, les personnes séropositives sont encore très stigmatisées. Mais le danger, ce sont toutes les personnes qui ne savent pas, qui ne veulent pas savoir», rappelle Hugues Fischer de l'association Act Up. Parmi les nouvelles contaminations, 70 % proviennent de personnes qui ignorent qu'elles sont porteuses du virus. «Si l'offre de dépistage était plus efficace, cela permettrait des économies substantielles. En Île-de-France, tout me porte à croire que les centres sont saturés», ajoute le militant.
Pilule préventive à prendre avant le rapport sexuel pour les personnes exposées, autotests, traitements allégés : les perspectives en matière de prise en charge du VIH semblent assez bonnes. Par contre, pour les pays du sud -les plus touchés- la couverture thérapeutique demeure insuffisante. «Aujourd'hui, seuls 44 % des malades ont accès aux médicaments dans le monde. Cela fait 21 millions de personnes qui attendent un traitement. Or il ne manque que 7 milliards par an pour traiter tout le monde et mettre fin à l'épidémie», conclut Bruno Spire. 

Le Figaro, 19/04/2016.

jeudi 21 avril 2016

La France n'est pas le pays de l'égalité entre les enfants

Revenu, éducation, santé, bien-être : la France arrive à la 28e place sur 35 dans le classement de l'Unicef sur les écarts entre les enfants les plus pauvres et les enfants «moyens» dans les pays riches.




La France a des progrès à faire pour favoriser l'égalité entre les enfants, selon un rapport de l'Unicef. Elle n'occupe que la 28e place sur 35 dans le classement des pays de l'Union Européenne et de l'OCDE sur la question de l'égalité et du bien-être des plus jeunes, réalisée par le centre de recherche de l'Unicef, Innocenti. Classé juste derrière la Pologne, l'Hexagone se place devant la Belgique, la Slovaquie, l'Italie ou encore la Turquie et Israël. Très loin des pays nordiques - Danemark, Finlande et Norvège - qui occupent le haut du podium.
Cette hiérarchie se fonde sur le calcul des écarts de revenus, de santé, d'éducation et de satisfaction dans la vie entre les 10% des enfants les plus défavorisés et leurs pairs, situés dans une position médiane. «Ce bilan ne dit pas que les performances de la France sont mauvaises mais qu'il existe des inégalités très importantes dans notre pays entre les enfants pauvres et ceux des classes moyennes», résume Sébastien Lyon, directeur général de l'Unicef France. Autrement dit, la France génère plus d'inégalités que nombre de ses voisins dans le domaine de la prise en charge des enfants.

Le classement de l'Unicef se fonde sur le calcul des écarts de revenus, de santé, d'éducation et de satisfaction dans la vie entre les 10% des enfants les plus défavorisés et les 10% situés dans une position médiane.
Le classement de l'Unicef se fonde sur le calcul des écarts de revenus,
de santé, d'éducation et de satisfaction dans la vie entre les 10% des enfants
les plus défavorisés et les 10% situés dans une position médiane.
Crédits photo : PHILIPPE HUGUEN/AFP

Éducation: la France 35e sur 37


Comment s'explique cette mauvaise place? Tout d'abord par de faibles résultats obtenus dans le domaine de l'éducation. Le critère retenu est le retard des élèves en difficulté par rapport à l'élève moyen en lecture, en mathématiques et en sciences, à l'âge de 15 ans, dans les tests PISA de l'OCDE. Dans ce classement, la France est à la 35e place sur 37 dans le domaine des écarts de performance scolaire.
«C'est le point sur lequel la France est le plus mal noté. Pour ce qui est de l'efficacité de son système éducatif, la France est située au milieu du tableau mais les inégalités y sont très fortes», commente Sébastien Lyon. Ainsi, selon l'étude PISA, près de 13% des enfants de 15 ans en France n'avaient pas atteint le niveau 2 en mathématiques, lecture et sciences en 2012 et ce retard scolaire n'a pas diminué depuis 2006.
«Les politiques mises en œuvre pour l'aide scolaire aux enfants les plus vulnérables ne sont pas efficaces, critique le directeur général de l'Unicef France. La France fait partie des pays qui ont les plus gros budgets “éducation” mais les crédits ne sont pas toujours bien répartis. Le phénomène des enfants qui arrivent en classe de 6e sans savoir lire correctement ne devrait pas exister chez nous. Nous avons des progrès à faire sur l'identification des enfants en difficulté».

Satisfaction des enfants: la France classée 28e sur 35


Autre point noir de ce bilan, celui de la satisfaction des enfants 11-15 ans dans la vie. Une mesure qui se fonde sur leurs déclarations. Là encore, la France ne brille pas, à la 28e place sur 35. «Alors que les enfants des pays observés déclarent un niveau de satisfaction de 8 sur 10 en moyenne, un fort taux d'enfants en France (8,5%) déclarent être peu satisfait (avec une note 4/10 ou moins). Les enfants les plus défavorisés économiquement voient leur probabilité d'être peu satisfaits augmenter de 13%», explique l'Unicef.
Son directeur en France se montre notamment préoccupé par la question du harcèlement. Dans une précédente consultation de 15.000 jeunes Français lancée par l'organisme, 40% avaient déclaré avoir été victime de harcèlement sur les réseaux sociaux. «Il n'y a pas encore une véritable prise de conscience de ce problème ni de politique publique d'ampleur pour s'y attaquer», pointe Sébastien Lyon.

Santé: 30% des enfants déclarent des maux quotidiens


Dans le domaine de la santé, au-delà des écarts, l'Unicef souligne un pourcentage important - plus de 30% - d'enfants âgés de 11, 13 et 15 ans qui signalent qu'ils sont touchés quotidiennement par un ou plusieurs problèmes de santé: douleurs à la tête, au dos ou au ventre, vertiges, sentiment d'être nerveux ou déprimé, irritabilité, impossibilité à dormir. 

Peu d'écarts de revenus sont observés entre les enfants les plus pauvres et les enfants «moyens»


C'est la bonne nouvelle de ce bilan. La France est bien située dans ce classement, à la 13e place sur 41 pays de l'Union européenne ou de l'OCDE en matière d'écart relatif de revenus entre les plus jeunes. Relativement peu d'écarts de revenus sont observés entre les enfants les plus pauvres et les enfants «moyens», résume l'Unicef. Avec un taux global d'enfants vivant dans la pauvreté de 9 %, la France se situe au-dessous des pays scandinaves (sauf la Suède) de l'Autriche, de l'Allemagne et du Royaume-Uni, mais avant la Suède, les États-Unis et les pays d'Europe de l'Est et du Sud.
«Sans les transferts sociaux et les allocations, l'écart avec les enfants les plus pauvres serait deux fois plus important. Nous avons des amortisseurs sociaux qui fonctionnent, c'est rassurant. À l'inverse, dans des pays comme la Grèce ou l'Espagne, très touchés par la crise, les 10% enfants les plus pauvres sont très loin des classes moyennes», note Sébastien Lyon.

Le Figaro, 15/04/2016.

mercredi 20 avril 2016

Les femmes sont désormais plus diplômées que leur conjoint

Non seulement, les femmes sont plus diplômées que les hommes, mais au sein de leur couple, l’infériorité « académique », considérée au début du XXe siècle comme une norme, s’est inversée. C’est ce que montre une étude de l’INED, publiée le 12 avril 2016, qui s’intéresse au niveau de diplôme des conjoints lors de leur première union à partir de l’enquête rétrospective Etude de l’histoire familiale (Insee-INED, 1999).

Son auteur, Milan Bouchet-Valat, sociologue et enseignant à Paris 8, explique que « les normes de féminité qui prévalaient jusque dans les années 1960 ont changé. Avant cette date, les hommes nés avant la deuxième guerre mondiale avaient tendance à considérer qu’une femme dotée d’un diplôme élevé pouvait se désintéresser de la vie familiale ». Mécaniquement, ce modèle produisait l’exclusion des femmes diplômées du grand marché conjugal et, dans une moindre mesure, parce qu’ils étaient plus nombreux, les hommes non diplômés.

Chômage et massification de l’éducation

 

« Si le diplôme des femmes pouvait être perçu comme un signal négatif au sein des générations d’avant-guerre, un tel calcul a très clairement perdu en pertinence », poursuit l’auteur, qui explique : « Le développement du chômage, en augmentant l’incertitude attachée aux carrières masculines, rend particulièrement risquée la stratégie suivant laquelle l’homme aurait intérêt à se spécialiser dans l’activité professionnelle et la femme dans la sphère domestique. » Autres facteurs soulignés par l’INED : « L’élévation du niveau d’éducation des femmes, leur entrée massive sur le marché du travail, le développement de la contraception, et la fin de la tutelle du mari sur sa femme. » Les femmes étant de plus en plus nombreuses à faire des études, elles sont donc devenues impossibles à contourner sur ce que l’auteur appelle le « marché conjugal ».

Les écarts de salaire se maintiennent

 

Néanmoins, l’INED indique que l’arrivée des femmes diplômées sur le marché du travail n’abolit pas les inégalités salariales : « les femmes gagnent en moyenne toujours nettement moins que leur conjoint ». « Aux Etats-Unis cet écart peut atteindre 10 % quel que soit le secteur », confirme Anne Boring, économiste à Sciences Po. La grande école parisienne dont les diplômées sont en moyenne payées 30 % de moins que leurs homologues masculins un an après leur entrée sur le marché de l’emploi. Un écart persistant, à diplôme équivalent, dans de nombreux secteurs.

Il est aggravé par le fait que les femmes sont plus souvent diplômées de filières moins rémunératrices : elles sont sous-représentées, dès le lycée, dans les filières scientifiques. Or même « un doctorat en lettres classiques n’a pas la même valeur sur le marché du travail qu’un master d’une grande école ou qu’un diplôme de bac + 2 professionnalisant », rappelle Hélène Périvier.
Les perdants de cette grande évolution du marché conjugal sont pourtant les hommes non diplômés. Milan Bouchet-Valat relève qu’ils ont même de plus en plus de difficultés à être en couple, preuve de la persistance d’un modèle genré où le statut social de l’homme demeure prédominant.

Le Monde, 14/04/2016.

mardi 19 avril 2016

En France, l’alcool et le tabac sont les drogues les plus meurtrières

L’ONU tient sa session extraordinaire consacrée au problème mondial de la drogue à partir du mardi 19 avril. Ce rendez-vous pourrait marquer un tournant dans l’approche de la politique sur les stupéfiants, alors que le bilan du plan d’action 2009-2019, qui fait la part belle au tout-répressif, est l’objet de critiques.

L’assemblée pourrait suivre l’orientation prise par l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), qui plaide pour « réexaminer les politiques et les pratiques » en matière de lutte contre la consommation de drogue.

Par la voix de son président, Werner Sipp, l’OICS invite à mettre « la santé physique et morale au cœur d’une politique équilibrée en matière de drogues », mais sans pour autant « choisir entre une action antidrogue militarisée et la légalisation de l’usage ».
L’OICS va un peu moins loin que la Commission globale sur la politique des drogues, regroupant d’anciens chefs d’Etats, qui a carrément parlé d’« échec » de quarante ans de répression.

Le tabac et l’alcool, de loin les plus mortelles

 

Au centre des débats, il y a – en dehors de l’inefficacité de la répression puisque la production d’héroïne, de cocaïne et de cannabis a cru depuis le début du XIXe siècle – la dangerosité des drogues.
Selon les chiffres de l’Insee sur les morts liées à l’alcool et au tabac, et ceux de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ex-Afssaps), ce sont les drogues légales qui tuent le plus en France. Le tabac est responsable de 78 000 décès chaque année, l’alcool 49 000. Les opioïdes légaux – hors traitements de substitution – ont tué 43 personnes.

Les morts liées à la drogue en France, selon les chiffres de 2010. 
 
Des chiffres toutefois à mettre en relief par le fait que les drogues illicites sont consommées dans des proportions bien plus faibles. Selon les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), le tabac a été « expérimenté dans l’année » plus de trois fois plus que le cannabis en 2014 (l’OFDT ne dispose pas de chiffres pour l’héroïne).

Lecture : 16 millions de Français ont consommé du tabac au moins une fois pendant l'année 2014.
Ces drogues interdites tuent logiquement moins, ainsi en 2010, 53 morts ont été provoquées par des surdoses d’héroïne selon l’enquête « Drames » de l’ANSM. La cocaïne, elle, a tué 30 personnes, et le cannabis… personne.

Le Monde, Pierre Breteau, 19/04/2016.

lundi 18 avril 2016

Éducation : un adolescent sur trois serait proche du burn out

À l'école, à la maison, les enfants subissent de grosses pressions et peuvent être, comme les adultes, sujets au burn out.


Un collégien sur cinq aujourd'hui prend des cours de soutien. Les parents tentent d'armer leurs enfants pour survivre dans un monde concurrentiel, un monde où il faut être performant. En France, les écoliers ont des journées chargées. Au collège, c'est 991 heures de cours, contre 916 heures en moyenne dans les autres pays de l'OCDE, auxquelles s'ajoutent plusieurs heures d'activités extrascolaires.

Des préoccupations d'adultes

 

Des enfants aux emplois du temps surchargés qui parfois craquent. Selon Béatrice Millêtre, psychologue, un adolescent sur trois est aujourd'hui en burn out ou est en passe de l'être. À ce jour, 40% des enfants de 6 à 18 ans ressentent une souffrance psychologique. Une pression venue de l'école, parfois des parents. Les enfants ont même des préoccupations qui ne sont pas de leur âge. Cette année, trois adolescents sur quatre ont déclaré avoir peur du chômage.
Francetv info, FRANCE 2,

dimanche 17 avril 2016

Hépatite C : bientôt des tests de dépistage rapide en France

Déjà utilisés pour détecter le VIH, les nouveaux TROD vont permettre de détecter le virus de l'hépatite C en 15 minutes à partir d'une goutte de sang. 

Six ans après avoir été autorisés pour le sida, des tests rapides de dépistage vont prochainement être mis à la disposition des associations et des centres de soins pour détecter le virus de l'hépatite C chez les dizaines de milliers de personnes qui ignorent qu'elles sont infectées.
«Les tests devraient être disponibles dès le mois de mai», a indiqué mardi Jérôme André, le directeur de HF Prévention, une association qui organise depuis plusieurs années des opérations de dépistage rapide du sida dans les populations les plus à risques, lors d'une conférence de presse organisée à Paris.
Connus sous le nom de TROD (test rapide d'orientation et de diagnostic), les tests, qui seront proposés gratuitement, doivent permettre de déceler le virus de l'hépatite C (VHC) en une quinzaine de minutes à partir d'une goutte de sang prélevée au niveau du doigt.

Transmission sanguine

 

Si elle n'est pas traitée à temps, l'infection par le VHC va aboutir progressivement à des cirrhoses ou à des cancers du foie. Mais elle augmente également le risque de diabète et de maladies cardiovasculaires, selon le Pr Jean-Pierre Bronowicki, hépatologue. Selon l'Institut de veille sanitaire (InVS), quelque 400.000 personnes ont au total été infectées par le VHC en France dont 230.000 touchées par des formes chroniques. Parmi celles-ci, quelque 75.000 ignoraient en 2014 qu'elles avaient été infectées, contre plus de 100.000 en 2004.
Le VHC reste encore largement méconnu des Français, comme le montre un sondage Ifop dont les résultats ont été rendus publics mardi: une personne sur cinq seulement s'est fait dépister dans sa vie, tandis que près de 80% ignorent que la transmission du virus se fait exclusivement par voie sanguine. La principale voie de contamination reste aujourd'hui le partage de matériels (seringues, cuillère, coton imbibé...) entre toxicomanes. Le virus peut également être transmis lors de rapports sexuels «traumatiques» sans préservatif, précise Jérôme André. 

La question du traitement

 

Il ajoute que comme dans le cas du sida, son association ira «au plus près des populations à risque» en dépêchant des unités mobiles dans les forêts, les parkings, les aires d'autoroute. Les tests VHC seront également proposés dans les centres commerciaux «selon des critères très précis» pour tenter de repérer les personnes qui ignorent qu'elles sont infectées (en grande majorité des hommes âgés de 18 à 60 ans).
Une fois le diagnostic posé, il restera la question de savoir quels patients pourront bénéficier des traitements coûteux, mais très efficaces, arrivés sur le marché ces dernières années. «Je crains que 80% des personnes nouvellement dépistées ne soient pas traitées, car souffrant de formes mineures», déplore le Dr Pascal Mélin, président de l'association de patients SOS hépatites Fédération. Les traitements innovants sont pour l'instant réservés en France aux formes les plus sévères, en dépit des protestations des associations et des médecins, qui réclament son extension à tous les patients «afin d'éradiquer la maladie».

Par figaro iconAFP agence - le 12/04/2016 

samedi 16 avril 2016

Les premières greffes entre patients séropositifs réalisées aux Etats-Unis

Fin mars, des médecins du centre médical John Hopkins de Baltimore ont réalisé avec succès les deux premières greffes, une de foie et une de rein, entre des patients infectés par le VIH. Une opération encore impossible en France.

D'un côté, il y a des dizaines de milliers de patients attendant un organe pour avoir l'occasion d'être transplanté et peut être sauvé d'une maladie grave. Certains d'entre eux, sérépositifs, ayant bien plus de chances de mourir avant qu'un organe soit disponible pour eux. De l'autre, il y a des centaines d'organes qui ne sont pas utilisés tous les ans car ils ont appartenu à des personnes séropositives. Pour les médecins du centre médical John Hopkins, de Baltimore, la solution était simple. 

Les progrès, notamment dans les traitements contre le VIH et dans les techniques de transplantations, permettent désormais le don d'organes entre séropositifs. Fin mars, ils ont procédé avec succès aux deux premières greffes d'organes entre séropositifs : une du foie et l'autre d'un rein. 

Fin mars, des médecins du centre médical John Hopkins de Baltimore
 ont réalisé avec succès les deux premières greffes, une de foie et 
une de rein, entre des patients infectés par le VIH. - Shutterstocl

Des protocoles exceptionnels mis en place

 

Si l'Afrique du Sud avait déjà pratiqué ce genre de transplantation, c'était bien la première fois outre-Atlantique. Les médecins ont donc mis en place des protocoles exceptionnels, notamment pour assurer le sécurité de l'opération, et ils ont reçu avant cela l'aval d'un conseil d'éthique ainsi que de l'administration américaine chargée du dons d'organes.
Jusqu'alors, les médecins étaient réticents à l'idée d'utiliser des organes infectés notamment parce que les greffes nécessitent la prise de médicaments qui affaiblissent le système immunitaire, comme le virus du SIDA. Mais l'évolution des traitements ont écartés ces risques
Finalement, les deux patients, en bonne santé, ont pu rapidement rentré chez eux. Selon plusieurs études, les receveurs séropositifs présentent des résultats à moyen terme aussi bons que les autres. Dans le cas des deux premières greffes américaines, il n'y a pas eu de rejet connu à ce jour. L'un des patients a même pu quitter l'hôpital dès le surlendemain. 

Entre 500 et 600 reins et foies par an en plus aux États-Unis

 

Malgré le succès de ces deux opérations, et d’une autre réalisée ce mercredi 6 avril à Montréal, la transplantation d’organes entres des patients séropositifs reste interdite encore en France. Il faut dire que, si les premières expérimentations datent d’il y a 5 ans, en Afrique du Sud, ce n’est qu’en 2015 que les premiers vrais résultats ont pu être publiés dans des revues scientifiques.
Pourtant, d’après le « Dr Dorry Segev, responsable du département de chirurgie à l’université Johns Hopkins, entre 500 et 600 reins et foies pourraient être prélevés chaque année sur des donneurs séropositifs si la loi l’autorisait ». En France, depuis 2015, le don d’organes est autorisé pour les personnes infectées par le virus de l’hépatite C, sous certaines conditions.
Des apports qui restent modérés mais qui pourraient raccourcir les délais d’attente d’une greffe, particulièrement pour les séropositifs et améliorer le traitement des cas les plus urgents. 

EnriqueMoreira, Les Echos.fr, 10/04/2016.

vendredi 15 avril 2016

Grâce à un implant, un tétraplégique retrouve partiellement l'usage de son bras

  Ian Burkhart, un Américain de 24 ans paralysé depuis six ans, vient de retrouver partiellement l'usage de son bras grâce à un nouveau logiciel qui rétablit la communication entre le cerveau et les muscles.

C'est une première scientifique porteuse d'espoir pour des millions de paralysés dans le monde. Six ans après un accident qui l'a laissé totalement paralysé, Ian Burkhart peut aujourd'hui utiliser sa main, pour remuer son café ou saisir un objet, grâce à un logiciel, rapporte une étude publiée mercredi dans Nature.
«C'est la première fois qu'une personne complétement paralysée peut refaire un mouvement en utilisant simplement ses propres pensées», a déclaré Chad Bouton lors d'une conférence de presse du Feinstein Institute pour la recherche médicale aux États-Unis. Chad Bouton et une équipe de scientifiques américains sont à l'origine d'un système appelé NeuroLife qui est capable de rétablir la communication entre le cerveau et les muscles sans passer par la moelle épinière.

Une puce d'ordinateur greffée depuis deux ans

 

«Les médecins me disaient que le mieux que je pourrais faire serait de bouger mes épaules, mais rien de plus pour le restant de ma vie», a expliqué Ian Burkhart aux journalistes, lors de la même conférence de presse organisée mardi. En avril 2014, des médecins lui ont greffé une puce d'ordinateur (plus petite qu'un petit pois) dans le cortex moteur du cerveau. Cette puce transmet les pensées du patient à un ordinateur qui les décode et envoie les ordres du cerveau à une série de bracelets qui stimulent électriquement les muscles du bras.
Les scientifiques travaillent depuis plus de 25 ans sur la conversion de la pensée en action grâce à des logiciels: ils ont montré que l'on pouvait, sans même battre un cil, écrire sur un écran ou encore bouger un robot en forme de bras articulé pour boire son café comme l'a fait en 2012 une femme devenue tétraplégique après un accident vasculaire cérébral (AVC).
En 2014, ils avaient démontré qu'un singe pouvait réussir, par la pensée transmise par des électrodes, à bouger le bras d'un autre primate temporairement paralysé par des anesthésiants. «Nous avons cherché à déchiffrer les signaux dans le cerveau qui sont spécifiquement associés aux mouvements de la main», explique Chad Bouton. «Les zones du cerveau responsables du mouvement sont intacts mais les signaux arrivent à une moelle épinière blessée. Ils y sont complètement bloqués et ne peuvent pas se rendre jusqu'aux muscles».

Plus d'un an de rééducation

 

En juin 2014, deux mois après l'implantation de la puce, Ian Burkhart était déjà en mesure d'ouvrir et de fermer sa main simplement en pensant aux mouvements même si ses muscles étaient affaiblis faute d'avoir servi depuis longtemps. Après 15 mois de rééducation, au rythme de trois séances hebdomadaires, le patient peut maintenant saisir une bouteille et verser son contenu dans un bocal. Il peut tenir un téléphone à son oreille, remuer son café, ramasser une cuillère au sol. Il joue maintenant de la guitare via un jeu vidéo.
«Cela ouvre vraiment beaucoup de nouvelles portes vers des mouvements plus complexes», a précisé Chad Bouton. «Ce que nous cherchons à faire, c'est aider ces personnes à retrouver le contrôle sur leur corps.» Les chercheurs espèrent également pouvoir passer à un système sans fils pour que le patient ne soit plus encombré par les câbles qui, pour l'instant, relient les bracelets de son bras à l'ordinateur et la puce de son cerveau.
«Pour moi, être dans un fauteuil roulant et ne pas pouvoir marcher n'est pas le pire», a expliqué Ian Burkhart. «Le pire, c'est la perte d'indépendance qui fait que j'ai besoin d'autres personnes.» Une autonomie que les paralysés pourraient partiellement retrouver pour des gestes du quotidien. «Pour l'instant nous en sommes au stade clinique (...) mais c'est un système qui peut être utilisé en dehors de l'hôpital, à la maison, à l'extérieur même et qui peut réellement améliorer ma qualité de vie», s'est enthousiasmé le jeune homme.

Par figaro iconAFP, AP, Reuters Agences - le 13/04/2016 

jeudi 14 avril 2016

Inégalités entre les enfants, la France pointée du doigt par l’Unicef

À l’occasion du lancement du 13e rapport sur les inégalités entre les enfants des pays riches, le directeur général de l’Unicef France met l’accent sur les médiocres résultats français. Entretien avec Sébastien Lyon, directeur général d’Unicef France

Classe de CM1.
Classe de CM1. / Corinne SImon/CIRIC

L’Unicef lance jeudi 14 avril, un rapport sur les inégalités entre les enfants dans les pays riches. Comment l’avez-vous réalisé ?


Sébastien Lyon : C’est le 13e rapport réalisé par Innocenti, le « think tank » de l’Unicef, basé à Florence. Il examine les inégalités entre les enfants dans quatre domaines : l’éducation, la santé, les revenus et la satisfaction individuelle de ces enfants. Pour cela, les chercheurs se basent sur des données statistiques vérifiables, notamment celles fournies par Eurostat et l’OCDE. La nouveauté cette année, c’est que le rapport prend également en compte des données déclaratives auprès d’enfants qui ont porté un avis sur leur satisfaction individuelle et leur santé.
Le rapport mesure les inégalités entre les 10 % d’enfants les moins biens lotis et ceux qui se situent dans la moyenne. Cette méthode permet d’évaluer le décrochage des plus vulnérables. Ce rapport est lancé simultanément dans tous les pays où l’Unicef est implanté. En France, il est remis à quatre ministres et donnera lieu jeudi 14 avril à un débat à la Bibliothèque Nationale de France.

Quelles sont les constatations pour la France ?


S.L. : Les résultats sont surprenants. Concernant les inégalités de revenus, la France est au 13e rang sur les 37 pays riches pris en compte. C’est un résultat moyen. Mais, si on enlève les transferts sociaux, nous sommes beaucoup plus mal classés. Cela prouve que les amortisseurs sociaux ont, en France, une vraie efficacité pour les familles les plus vulnérables. Il faut donc les conserver. Ce n’est pas le cas dans tous les pays étudiés.
En revanche, en matière d’égalité dans l’éducation, la France se situe au 35e rang, c’est-à-dire à deux places du dernier. Notre système éducatif est l’un des mieux lotis dans le monde, mais il semble très moyennement performant. La politique de l’éducation en France doit être plus ciblée sur les enfants en échec scolaire.
D’une manière générale, le rapport montre que les politiques publiques françaises laissent de côté les plus vulnérables, en ne prenant pas en compte les spécificités de ces populations.
L’éducation est une clé. Un enfant qui réussit à l’école va déclarer beaucoup plus facilement être satisfait de sa vie. À l’inverse, les difficultés scolaires vont influer sur sa vision de son existence. Les inégalités s’accumulent.
Concernant le cas français, nous sortons également chaque année une « consultation des enfants » à partir d’une enquête en 150 questions auxquelles répondent de 15 000 à 20 000 enfants.

Quels sont les autres enseignements de ce rapport 2016 ?


S. L. : Le taux de satisfaction des enfants n’est pas uniquement lié au revenu des parents. Par exemple, la Grèce se classe au quatrième rang des pays riches en termes de bien-être des enfants. Un excellent rang, qui peut surprendre, au vu de la crise économique. D’autre part, les pays réputés les plus riches, comme les Pays-Bas, l’Allemagne ou la Suède, sont en queue de peloton, quand il s’agit d’évaluer l’égalité des revenus entre la moyenne et les 10 % d’enfants les plus pauvres.
Ce rapport met aussi en lumière l’inégalité entre les garçons et les filles. 15 % des garçons âgés de 15 ans estiment ne pas être satisfaits de leurs vies. Ce pourcentage monte à 30 % pour les filles du même âge. La différence est donc du simple au double. Dans notre enquête annuelle en France, nous constatons depuis cinq ans que le malaise des adolescents s’amplifie. Nous mettons en lumière, par exemple, la hausse du harcèlement à l’école et sur les réseaux sociaux. 40 % des enfants, et surtout des filles, déclarent avoir été harcelés sur les réseaux sociaux. C’est un phénomène dont on ne parle pas assez.

La Croix, Recueilli par Pierre Cochez, 14/04/2016.

mercredi 13 avril 2016

La loi "égalité et citoyenneté" a de grandes ambitions mais bien peu de moyens

Le gouvernement français a présenté mercredi son projet de loi "égalité et citoyenneté" qui vise notamment à favoriser l'engagement associatif, prévenir la formation de "ghettos" et lutter contre les discriminations. L’exécutif espère également que ce texte va apaiser la colère sociale.

"Ce sera un grand texte qui sera notamment enrichi par le débat parlementaire", a déclaré Patrick Kanner, le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, à la sortie du conseil des ministres. Pourtant, ces « grandes mesures » se révèlent souvent bien minces.
La principale est certainement le renforcement de la loi SRU pour renforcer le logement social. Voici le détail du texte.


Mixité sociale et politique du logement

 

- amélioration de la transparence dans l'attribution des logements sociaux, avec l'obligation de rendre publics les critères. Le texte vise aussi à encourager la "location choisie", permettant au demandeur de faire des demandes spécifiques pour les logements qui l'intéressent le plus.
- clarification des critères de priorité: personnes en situation de handicap, mal logées, victimes de violences conjugales... mais aussi chômeurs de longue durée reprenant une activité et femmes menacées de mariage forcé.
- possibilité pour les bailleurs sociaux de différencier les loyers des logements HLM "selon les secteurs ou au sein des immeubles" pour "faire primer les objectifs de mixité sociale".
- possibilité donnée au préfet de délivrer directement les autorisations d'urbanisme dans les communes déclarées "carencées" en logements sociaux.
- obligation pour les collectivités territoriales d'octroyer au moins 25% des logement sociaux aux ménages prioritaires, dont ceux bénéficiant du Dalo (droit au logement opposable). Le préfet pourra procéder lui-même aux attributions pour atteindre ces 25%.
- les bailleurs sociaux devront donner congé aux ménages dont les revenus dépassent les plafonds de ressources de 150% (contre 200% actuellement), et qui devront quitter leur logement dans les 18 moins (contre 3 ans aujourd'hui).


Citoyenneté et bénévolat pour les jeunes

 

- généralisation de la "réserve citoyenne", pour regrouper les dispositifs déjà existants dans la défense, la police, l'éducation nationale... à destination des citoyens souhaitant s'engager "ponctuellement" au service de l'intérêt général. Ils pourraient par exemple participer aux interventions "en cas de catastrophe naturelle" pour lutter contre la propagation d'une épidémie.
- création d'un "congé d'engagement", permettant à tout dirigeant associatif bénévole de demander un congé non rémunéré "de 6 jours maximum, fractionnable en demi-journées". Quelque 2 millions de personnes pourraient être concernées.
- reconnaissance de l'engagement des étudiants, avec un "principe de validation obligatoire", dans les cursus du supérieur, des compétences et connaissances acquises dans une activité bénévole.
- extension des possibilités de service civique, qui pourra par exemple être fait auprès des sapeurs-pompiers. Les sociétés HLM, sociétés publiques locales et entreprises détenues à 100% par l'Etat pourront y recourir. Et les réfugiés pourront y accéder, dans une "première marche vers l'insertion".
- mise en place d'un bilan de santé et entretien de prévention pour tous les jeunes entre 16 et 25 ans.

 

Pour l'égalité dite "réelle"

 

- élargissement de l'accès au 3e concours dans la fonction publique.
- accent sur la maîtrise de la langue française, notamment dans le cadre de la formation professionnelle.
- renforcement de la lutte contre les discriminations, avec le durcissement des sanctions face aux actes de racisme et de discriminations: les auteurs d'injures risqueront à ce titre un an d'emprisonnement et 45.00 euros d'amende (doublement des sanctions).


L'Humanité, 13/04/2016.