vendredi 6 novembre 2015

Les enfants non religieux sont plus altruistes que ceux élevés dans une famille de croyants

Pancartes lors d'un rassemblement athéiste à Washington en 2012.


Certains observateurs attentifs de l’actualité des derniers millénaires l’avaient déjà noté : la religion n’est pas toujours un gage de concorde et de fraternité. Une étude publiée jeudi 5 novembre dans la revue Current Biology suggère que le mode de transmission des valeurs et des pratiques religieuses d’une génération à l’autre risque de faire perdurer cette situation. Menée dans six pays auprès de 1 170 enfants de cinq à douze ans, elle montre que l’altruisme n’est pas la chose la mieux partagée chez ceux issus de familles pratiquant une religion. Ils présenteraient aussi une prédilection pour l’application de châtiments plus sévères que les rejetons de familles se définissant comme « non religieuses ».


Conduite au Canada, en Chine, en Jordanie, en Turquie, aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, cette étude dirigée par Jean Decety (Département de psychologie de l’université de Chicago) avait pour objectif de mesurer si la religion, ainsi qu’on le croit fréquemment, renforce les comportements dits « prosociaux ».
L’enquête est financée par une bourse de la Fondation américaine John Templeton. D’inspiration chrétienne, celle-ci avait en 2007 remis son prix (mieux doté que le Nobel) au philosophe canadien Charles Taylor, qui défend l’idée selon laquelle les sociétés laïques occidentales ne sont pas aptes à satisfaire la quête humaine de sens.
« La sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine – en fait, elle fera tout le contraire »
Sont-elles pour autant moins « morales » ? La fondation risque d’être déçue par la réponse. Les chercheurs réunis par Jean Decety concluent en effet que leurs observations « remettent en question le fait que la religion serait vitale pour le développement moral, et appuient l’idée que la sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine – en fait, elle fera tout le contraire ». Un manifeste politique, inhabituel dans une revue de biologie. Jean Decety y tient, notamment du fait qu’aux Etats-Unis, où ce Français naturalisé américain est installé depuis 14 ans, il est impossible à quiconque se déclarant non croyant d’espérer accéder à de hautes fonctions, notamment électives, « car il serait suspecté d’être immoral, voire amoral ».

Capacité d’empathie

Qu’a montré son équipe ? Elle a d’abord mesuré le niveau de pratique religieuse des familles dont elle a étudié les enfants. Pour des raisons de robustesse statistique, ceux-ci ont été divisés en trois groupes – non religieux (dont athées), chrétiens, musulmans – les autres cultes étant sous-représentés dans l’échantillon. Les chercheurs ont demandé aux parents d’évaluer la capacité d’empathie et la sensibilité à l’injustice de leurs enfants. Les chrétiens et musulmans les estimaient plus élevées que ce que rapportaient les parents non croyants.
Les chercheurs ont ensuite fait visionner par chaque enfant des petites vidéos montrant d’autres enfants se poussant ou se faisant trébucher, de façon intentionnelle ou non, en leur demandant de noter le niveau de « méchanceté » et celui des punitions méritées par les fautifs, sur une échelle graduée, mais non spécifique – « on ne proposait pas 40 coups de fouets ! », précise Jean Decety. Les enfants religieux estimaient en moyenne ces actes plus répréhensibles, et – que les méfaits aient été ou non volontaires – proposaient des punitions plus sévères que les athées, les petits musulmans étant les plus intransigeants.

« Jeu du dictateur »

Enfin, pour évaluer la générosité des enfants, les chercheurs ont fait appel à une adaptation du « jeu du dictateur », imaginé par les économistes : parmi trente autocollants, ils leur ont proposé de choisir leurs dix préférés, en précisant qu’ils n’auraient pas le temps d’en distribuer à tous les écoliers. Ils leur demandaient ensuite s’ils seraient prêts à en donner pour leurs camarades moins chanceux. Le nombre d’autocollants cédés, hors de la vue de l’expérimentateur, augmentait avec l’âge (un effet déjà connu du développement de l’altruisme chez l’enfant). Mais les petits athées se montraient significativement plus généreux que leurs pairs croyants, chez qui les dons étaient inversement proportionnels à l’intensité de la pratique religieuse – « quelle que soit la culture, c’est-à-dire le pays d’origine », précise Jean Decety, en réponse à des objections sur la répartition statistique des données.


Ce graphe montre que les enfants athées sont plus altruistes que les enfants de familles religieuses. Il est à souligner que la différence entre chrétiens et musulmans est statistiquement non significative (ns.).
Comment expliquer ce dernier phénomène ? Les auteurs invoquent un mécanisme de « licence morale » : la religiosité étant perçue en elle-même comme un gage de bonté, les pratiquants pourraient s’autoriser – « inconsciemment », précise Jean Decety – un plus grand égoïsme au quotidien. « C’est une explication plausible, commente Luke Gallen (université du Nebraska). D’autres recherches ont montré que la religiosité traditionnelle est associée à des dons charitables plus élevés, mais pas avec une aide offerte dans des situations spontanées, ce qui concorde avec la présente étude. »

Le Monde.fr,| Par

Portrait social de la France et de l’Europe en crise : la santé

La santé a été une cible des politiques d'austérité. Les coupes budgétaires ont entrainé des déremboursements de soins et une détérioration du système de santé publique dans de nombreux pays. En conséquence, de nombreux citoyens européens, parmi les plus fragiles, ont du renoncer aux soins. L’espérance de vie en bonne santé baisse, de même que les taux de fécondité.


Retrouvez l'ensemble des graphiques qui dressent un portrait social de la France et de l’Europe en crise dans le domaine de la santé via ce lien : http://www.humanite.fr/infographie-portrait-social-de-la-france-et-de-leurope-en-crise-la-sante-588847?IdTis=XTC-FT08-A68XFR-DD-DU1EX-FM8Y

Où en est l’ouverture du don du sang aux homosexuels dans le monde ?

La ministre de la santé, Marisol Touraine, a annoncé, mercredi 4 novembre, la levée de l’interdiction pour les homosexuels de donner leur sang en France. S’il s’agit indéniablement d’une avancée, cette réforme ne met pas un terme à la discrimination, en fonction de l’orientation sexuelle, face au don du sang.


A partir du printemps 2016, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes pourront être donneurs, mais à condition de ne pas avoir eu de rapports avec un partenaire, protégé ou non, au cours des douze derniers mois précédant le don. La France s’aligne ainsi sur la régulation du Royaume-Uni, de l’Australie ou encore de la Finlande.
Marisol Touraine a toutefois ouvert la porte à une évolution de ces conditions :
« S’il n’y a pas de risques, les règles qui s’appliquent aux homosexuels seront rapprochées des règles générales l’année qui suit. »
Certains pays, comme les États-Unis, continuent d’interdire le don du sang aux homosexuels en se basant sur une plus forte présence statistique du VIH dans cette population, tandis que d’autres conditionnent la possibilité de donner à un comportement sexuel à risque, peu importe l’orientation sexuelle du donneur.

Accédez à l'animation sur le site du Monde : http://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/11/04/ou-en-est-l-ouverture-du-don-du-sang-aux-homosexuels-dans-le-monde_4803161_4355770.html

Ouverture progressive du don de sang aux homosexuels à partir de 2016

« C’est la fin d’un tabou et d’une discrimination » : à partir du printemps 2016, les homosexuels pourront donner leur sang sous conditions, a annoncé la ministre de la santé Marisol Touraine, mercredi 4 novembre, dans un entretien accordé au Monde.

Pour assurer la sécurité des transfusions, Mme Touraine veut « procéder par étapes » :

« Dans un premier temps, le don du sang sera ouvert aux homosexuels n’ayant pas eu de relations sexuelles avec un autre homme depuis douze mois. Les homosexuels pourront donner leur plasma s’ils sont dans une relation stable depuis quatre mois ou s’ils n’ont pas eu de relations sexuelles sur la même période.
Les premiers dons nous permettront de réaliser des études et, s’il n’y a pas de risques, les règles qui s’appliquent aux homosexuels seront rapprochées des règles générales l’année qui suit. Dans cette optique, nous allons réécrire les questionnaires à remplir lors d’un don de sang pour préciser les conditions pour les homosexuels, mais également pour les hétérosexuels ayant des pratiques à risques, par exemple avec des prostituées. »

Interdiction depuis 1983

La levée de cette interdiction était une promesse de campagne de François Hollande et une demande de longue date des associations de défense des droits des homosexuels.
L’interdiction de donner son sang pour les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes est en vigueur depuis 1983. Elle est fondée sur une plus forte présence du VIH dans cette population et sur l’existence d’une « fenêtre silencieuse » de dix jours, pendant laquelle le virus est indétectable dans le sang collecté.

Le Monde, 04/11/2015.

lundi 2 novembre 2015

Cinéma : "La dernière leçon", un film qui pose la question du droit à mourir dans la dignité

"La dernière leçon" de Pascale Pouzadoux sort en salle mercredi 4 novembre au cinéma. Retour sur un film émouvant.

 

Il y a 10 ans un très beau roman racontait l'histoire d'une femme qui a l'âge de 92 ans allait choisir sa mort en préparant ses proches. Ce roman de Noëlle Châtelet a été adapté au cinéma. "La dernière leçon" de Pascale Pouzadoux sort mercredi prochain au cinéma.



L'histoire de Mireille Jospin

 

Ce jour-là, Madeleine a 92 ans, une belle vie derrière elle et une belle descendance. Seulement voilà, 92 ans c'est long et Madeleine se sent très fatiguée. Une déclaration et toute la famille est plongée dans le désarroi. Les uns acceptent la décision de Madeleine, les autres pas du tout. "Elle décide de tout et va jusqu'au bout. Elle veut partir proprement, sainement et comme elle dit à un moment donné, elle veut partir debout", explique Marthe Villalonga, actrice.

"La dernière leçon" est une histoire vraie, celle de Mireille Jospin, mère de l'ancien Premier ministre qui en 2002 décide de mettre un terme à sa vie. Ces quatre enfants l'acceptent et c'est sa fille Noëlle qui l'accompagne jusqu'au bout. Une expérience douloureuse qu'elle raconte dans un livre et qui aujourd'hui est portée à l'écran.



Source : www.francetvinfo.fr

dimanche 1 novembre 2015

Non, la bonne viande n'est pas cancérigène, c'est la barbaque industrielle qui l'est

Publié cette semaine, le rapport du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), basé sur dix études (sur 800), indique que la consommation quotidienne de 50g de viande fraîche transformée (bœuf, porc, agneau, volaille), cuisinée, accroît le risque de cancer colorectal de 18%. Or ces études se réfèrent à des données provenant à 90% des États Unis, où la consommation de viande, sur le fond et sur la forme, n’est en rien comparable à la nôtre.


De temps en temps, des organismes autorisés s’autorisent à nous faire peur. Respect pour l’OMS, aux statistiques incontestables mais objectivement relatives. Donc le bifteck tue. Si l’on creuse un peu, la salade aussi, voire le fromage et pourquoi pas l’eau ? Tout dépend de ce que l’on mange, de comment on le mange, de combien on en mange et d’où ça vient. Mais il faudrait peut-être cesser de proclamer des contre vérités et des approximations comme s’il s’agissait d’évidences scientifiquement établies. Pour ce qui est de l’information publiée par Le Monde, le contenu du dossier sur la viande rouge mérite d’être rectifié à l’aune de nos réalités.
Publié cette semaine, le rapport du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), basé sur dix études (sur 800), indique que la consommation quotidienne de 50g de viande fraîche transformée (bœuf, porc, agneau, volaille), cuisinée, accroît le risque de cancer colorectal de 18%. Or ces études se réfèrent à des données provenant à 90% des Etats Unis, où la consommation de viande, sur le fond et sur la forme, n’est en rien comparable à la nôtre. La ration moyenne du steack américain est de 400 à 500g, en France elle est de 100g. Leur viande rouge est riche en calories (500 ca pour 100g contre 200 ca de moyenne en France), avec un taux de lipides de 24% là-bas contre 4% chez nous. Nous ne mangeons pas la même chose.                 
L’Américain cuit sa viande à la flamme vive (grill, barbecue) provoquant la formation d’hydrocarbures polycycliques issus de la carbonisation des graisses et des protéines. Le Français, lui, déguste sa viande saignante, ou bleue, et parfois crue (tartare). Enfin, le cheptel américain est nourri au tourteau de soja OGM à haute dose (car cela engraisse rapidement l’animal) assorti d’hormones et de compléments alimentaires chargés de chimie.
Au delà de ces chiffres, tout dépend de la quantité de viande ingurgitée. Oui, nous consommons trop de viande, et, surtout, trop de mauvaise viande, mais cela n’est pas inéluctable. Avec un budget constant de 18€, au lieu d’acheter 6 fois un mauvais morceau de viande importé de loin à 3€, mieux vaut acheter un bon bifteck français à 6€ et manger autre chose les trois jours sans viande. Ainsi le consommateur doit-il s’enquérir de l’effet positif, ou négatif, de son achat, en vérifiant ce qui est marqué sur l’étiquette pour s’assurer que le produit en question préserve un système agricole équitable, l’environnement et la santé de l’individu. Idem pour la charcuterie. Le jambon et le saucisson de campagne sont innocents, la rillette aussi. Lisons. Manger c’est voter.
Quant aux viandes entrant dans les plats cuisinés industriels, il est urgent que le gouvernement obtienne de Bruxelles l’obligation de leur traçabilité afin que l’on sache enfin d’où provient le contenu du paquet. Une traçabilité, certes obligatoire sur la viande fraîche, mais toujours refusée par la Commission européenne sur les produits transformés, pour ne pas contrarier le marché néolibéral qui aime bien s’enrichir avec du cheval roumain dans les lasagnes au boeuf. Nous avons les meilleurs élevages et les meilleurs bouchers du monde, pourquoi succomber à la tentation de la malbouffe carnée que nous impose la grande distribution à tous ses échelons ?
Tant que Michel Edouard Leclerc et le géant agro-industriel Xavier Beulin, accessoirement patron de la Fnsea, maintiendrons leur alliance objective, la malbouffe aura de beaux jours devant elle. Rêvons que le programme agroecologique lancé par le ministre Stéphane le Foll et voté par le parlement en 2014 dans le cadre de la Loi d’avenir pour l’agriculture poursuive sa route jusqu’au rétablissement complet d’une rentabilité juste et propre dans nos campagnes. Notre paysannerie en a besoin pour que la France conserve une civilisation agricole florissante. Pour le reste, tout est affaire de bon sens et d’équilibre. L’entrecôte de vache française élevée à l’herbe ne tuera jamais personne et nos bouchers de proximité demeureront les plus précieux de nos artisans.

Périco Légasse, Marianne, 27/10/2015.

Charcuterie et viande rouge cancérigènes : 5 questions pour carnivore stressé

La charcuterie est désormais classée parmi les aliments "cancérogènes pour l'homme", et les viandes rouges sont "probablement cancérogènes". Doit-on devenir végétarien ? "L'Obs" répond à vos inquiétudes.

"Bon… eh bien pour moi, le jambon, c'est fini !" Le désarroi s'est emparé ce lundi 26 octobre des mangeurs de jambon, bacon et autres côtes de bœuf. En se basant sur plus de 800 études, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l'agence cancer de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient en effet de classer la viande transformée, essentiellement la charcuterie, dans la catégorie des agents "cancérogènes pour l'homme", tandis que les viandes rouges (y compris le porc et le veau) ont été classées comme "probablement cancérogènes".
Parmi les cancers les plus fréquemment associés à la viande, figure le cancer colorectal et dans une moindre mesure les cancers de la prostate et du pancréas, préviennent les auteurs de l'étude.
Mais que faire alors ? Doit-on devenir végétarien ? Comment réduire les risques ? "L'Obs" tente de répondre à vos inquiétudes.

Rayon charcuterie (JOHN MACDOUGALL / AFP)
Rayon charcuterie (JOHN MACDOUGALL / AFP)

Manger de la viande est-il aussi dangereux que fumer ou boire ?

C'est incomparable. Le fait de ranger les charcuteries et autres viandes transformées dans le groupe des agents qui sont causes de cancer, comme le tabac ou l'amiante, ne veut pas pour autant dire qu'ils sont aussi dangereux.
En effet, selon les estimations les plus récentes d'un organisme de recherche indépendant, 34.000 décès par cancer par an environ dans le monde seraient imputables à une alimentation riche en charcuteries, contre 1 million de décès par cancer et par an imputables au tabac (30 fois plus !), 600.000 à l'alcool ou encore… plus de 200.000 à la pollution atmosphérique.
Les auteurs de l'étude de l'OMS précisent ainsi qu'une personne qui mange beaucoup de viande a deux fois plus de "chance" de développer un cancer colorectal que les personnes qui ne mangent pas de viande. Mais, selon le Cancer Prevention and Control (CDC) américain, fumer est bien plus dangereux, puisque cela multiplie par 20 le risque de cancer.

Pourquoi la charcuterie et les viandes rouges sont-elles cancérigènes ?

"On ne sait pas encore bien comment la viande rouge et la viande transformée accroissent le risque de cancer", reconnaissent les auteurs du rapport, mais des présomptions pèsent sur le rôle du fer héminique, présent dans le sang, ainsi que sur les modes de cuisson à haute température.
Le nutritionniste Laurent Chevallier, joint par "l'Obs", enfonce le clou :
Plus la viande est grasse, plus le risque est grand."
Et ce, "notamment en raison des polluants lipophiles", des polluants qui se stockent dans la graisse.
Quant à la charcuterie, "c'est une viande transformée", explique le nutritionniste. "Elle contient des nitrates et nitrites, ajoutés en guise de conservateurs." Des additifs qui sont fortement suspectés d'accroître les risques de cancers, en particulier digestifs.

Doit-on devenir végétarien ?

L'étude ne préconise pas du tout d'en arriver à une telle extrémité. Les auteurs de l'évaluation relèvent ainsi que les régimes végétariens et les régimes carnés ont "des avantages et des inconvénients différents pour la santé". La viande, rappellent-ils, fournit des protéines, du fer, du zinc et des vitamines B.
"Cela ne signifie pas que vous devez arrêter de manger de la viande rouge ou transformée. Mais si vous en mangez beaucoup, vous devriez peut-être penser à réduire", résume ainsi le Pr Tim Key, un épidémiologiste au centre britannique de recherche sur le cancer.

(...)
 
Le Nouvel Observateur,  27/10/2015.
Lire l'article dans sa globalité : http://tempsreel.nouvelobs.com/sante/20151026.OBS8354/charcuterie-et-viande-rouge-cancerigenes-5-questions-pour-carnivore-stresse.html

Formation : les étudiants pointent du doigt de nombreuses inégalités

Cinq associations d'étudiants des formations sanitaires et sociales (FSS) dénoncent "un véritable 'secret d’État' sur les fléchages financiers des dotations de l’État, des fonds régionaux et mêmes des frais d'inscriptions", dans un document diffusé le 29 octobre 2015.

étudiants salle cours
Cinq fédérations étudiantes dénoncent un "secret d’État"
sur les financements des formations sanitaires et sociale.

Ce document est signé par les fédérations des étudiants en kinésithérapie (Fnek), en soins infirmiers (Fnesi), en maïeutique (Anesf), en psychomotricité (Anep) et en ergothérapie (Unaee), note-t-on. Elles revendiquent notamment une meilleure transparence du fléchage financier du budget alloué aux FSS. Alors qu'à l'université les étudiants peuvent influer sur les budgets de leurs formations, ceux des formations sanitaires et sociales n'ont aucun accès à ces données, regrettent-elles, ajoutant que cette situation les prive d'agir directement sur les priorités budgétaires et pédagogiques de leurs instituts. Elles font valoir de nombreuses difficultés liées au versement des indemnités de stage et de transport, telles que des retards de versement de plus de six mois, des inégalités de traitement ou même des indemnités non versées.
Pointant des politiques disparates entre les régions dans la gestion des instituts de formation paramédicaux et des écoles de sages-femmes, les associations d'étudiants déplorent que des FSS soient financées par certains conseils régionaux, mais pas par d'autres. Les inégalités selon la géographie et le type de formation entraînent un endettement fort de certains cursus. Ainsi, un étudiant sur quatre en kinésithérapie s'endette d'un montant de 20.000 euros pour payer ses frais de scolarité, font valoir les fédérations. Selon elles, le secteur public n'est pas épargné par cette problématique, d'autant que la réforme de la formation initiale [a instauré] une année d'étude supplémentaire. La multiplicité des statuts est également source d'inégalités et d'incohérence sur les droits des étudiants, notamment en matière de formation continue, défendent les cinq fédérations, qui prônent la création d'un statut unique d'étudiant. Elles réclament en conséquence un engagement de l'Etat dans le financement des formations dispensées par les instituts ou écoles à but non lucratif, de sorte que les frais d'inscription soient équivalents à une année universitaire, et une uniformisation des critères de prise en charge financière de la formation continue.
Les associations épinglent par ailleurs des conditions d'études qui se dégradent d'année en année: nombre insuffisant de formateurs et d'enseignants, salles de travaux pratiques inadaptées voire inexistantes... Or, à ce jour, aucun inventaire précis ne permet de définir les capacités pédagogiques des instituts de formation, ni leur capacité à répondre à l'augmentation des quotas ces dernières années. Un investissement dans le bâti et la formation (enseignants, matériel) est nécessaire pour améliorer les conditions d'études, estiment les cinq signataires.


Jocelyne Streiff-Fenart : «La distinction entre réfugiés et migrants fait obstacle au débat démocratique»

Pour la sociologue Jocelyne Streiff-Fenart, cette bipartition arbitraire permet surtout de délimiter une frontière morale entre les « bons » et les « mauvais » migrants. 

Actuellement, une distinction juridique sépare le migrant économique du réfugié politique en Europe. En quoi, selon vous, cette distinction est-elle problématique dans la gestion des migrants ?

Cette distinction apparaît comme évidente, mais en réalité elle ne va pas de soi. Elle résulte d'une opération de catégorisation des migrants, parmi d'autres possibles, selon une logique administrative : en effet, elle permet de distinguer des ayants droit (accédant au statut de réfugié) d'autres personnes qui ne peuvent pas prétendre à de tels droits. Cette bipartition, pourtant, est difficile à appliquer dans de nombreux cas concrets. C'est pour cela que la Commission européenne a récemment décidé d'installer des « hot spots» aux frontières de l'Europe (Sicile, Lampedusa, Pirée...), afin de procéder à un tri entre ces deux types de migrants. Si des cas ambigus apparaissent, c'est parce que cette distinction ne peut être établie qu'en forçant la réalité. Sous l'étiquette de « réfugiés », on range des types de personnes très différentes.

Mais qui met-on précisément dans la catégorie « réfugiés » ?

À l'origine, la figure du réfugié est celle du militant persécuté en raison de son combat pour la liberté. C'est ainsi qu'il apparaît dans la Constitution de 1793, puis dans celle de 1946. C'est au titre d'un tel engagement qu'il obtient le droit d'asile. Mais on a mis par la suite, sous l'étiquette de « réfugié », des victimes « passives », ne manifestant aucun engagement : victimes de génocides ou apatrides chassés de leur État, comme les titulaires du « passeport Nansen » mis en place en 1922 par la Société des nations (Russes fuyant la révolution d'octobre, Arméniens fuyant le génocide, Juifs fuyant l'Allemagne nazie...), et, plus tard, les Tutsis et autres groupes humains voulant échapper aux persécutions. Enfin, on a placé dans la catégorie de réfugiés des personnes qui ne sont pas spécifiquement persécutées, mais déplacées à cause de catastrophes naturelles (réfugiés climatiques), ou de situations de guerre ou encore de chaos politique. On voit bien que le réfugié résulte de l'agrégation de différentes logiques.

Comment caractériseriez-vous cette opposition entre le réfugié et le migrant économique ?

Il me semble important de souligner que cette distinction n'est pas neutre : elle engage un ensemble de jugements politiques et moraux. L'ethnométhodologue américain Paul Jalbert avait montré comment, aux États-Unis pendant la guerre froide, une telle distinction était politiquement orientée : quelles que puissent être leurs motivations personnelles, les migrants provenant d'un pays sous régime communiste (comme Cuba) étaient automatiquement classés comme « réfugiés ». À l'inverse, des migrants venant d'Haïti étaient considérés comme des migrants économiques. Bien que dirigé par le cruel Duvallier, le pays était perçu comme autoritaire et non dictatorial, puisque non communiste, et dans la mesure où les États-Unis entretenaient de bonnes relations diplomatiques avec lui. Pour P. Jalbert, les migrants sont donc pris dans ce qu'il nomme des « paires catégorielles disjonctives » (expression qu'il emprunte à Harvey Sacks), où chaque partie de la paire implique un choix moral opposé à l'autre – ici le « bon » réfugié communiste et le « mauvais » migrant venant d'un pays libre. Un autre exemple de ce type de paires est, sous l'Occupation, la paire résistant/terroriste : le résistant s'autodésigne ainsi, mais le régime de Vichy le déclare terroriste.

Mais en quoi parler aujourd'hui de réfugiés et de migrants économiques nous amène-t-il, selon vous, sur le terrain moral ?

Pour moi, cette bipartition est encore une façon de faire le tri entre les « bons » et les « mauvais » migrants. Dans la période précédente, avant la récente crise des réfugiés syriens, les bons migrants étaient les migrants réguliers et les mauvais étaient les sans-papiers. Désormais, avec la distinction entre réfugiés et migrants économiques, on prend en compte la motivation des individus : la migration motivée par l'oppression se trouve du bon côté ; celle motivée par la pauvreté et par le choix de vouloir améliorer sa situation économique, du mauvais. En conséquence de quoi, le réfugié est jaugé à l'échelle de l'humanisme (et il a dès lors un droit inconditionnel à l'accueil), alors que le réfugié économique est jaugé à celle de l'utilitarisme. Une frontière morale est ainsi délimité, alors que toute une palette de raisons, toutes justifiables du point de vue des migrants, les poussent à quitter leur pays dans des circonstances toujours éprouvantes et dangereuses. En outre, l'arbitraire de cette distinction me semble évident. Par exemple, dans le débat public récent, les commentateurs en sont venus à évoquer l'intérêt économique d’accueillir des Syriens, présentés comme très diplômés...

Votre critique est-elle une façon de dénoncer l'absence de débat démocratique sur la question des migrants en France ?

Il me semble important de noter l'unanimité avec laquelle la distinction problématique entre réfugiés et migrants économiques a été reçue, à la fin de l'été, par la classe politique. La gauche et la droite l'ont toutes deux acceptée, et ont simplement débattu sur le fait de savoir s'il y avait, dans l'afflux massif de migrants cet été, plus de réfugiés ou plus de migrants économiques. Il serait préférable de faire émerger, sur ces questions, un débat démocratique érigé sur des bases rationnelles. Mais cela s'avère très difficile, parce que nous sommes dans un déni public permanent vis-à-vis des questions travaillées par les chercheurs. Leurs interrogations pourtant sont dépourvues de l'aspect émotionnel et passionnel mis en avant par les grands médias : quels sont les dangers de l'immigration ? La liberté de circulation est-elle possible ? À quelles conditions ? À l'inverse, l'opposition fictive entre réfugiés et migrants économiques ne nous aide pas à y voir plus clair, puisqu'elle ne fait que « moraliser » le débat. Pourtant, les migrants subsahariens venant chercher du travail en Europe ne sont ni plus ni moins moraux que ceux qui fuient la Syrie.

Sociologue, directrice de recherches émérite au CNRS, membre de l'Unité de recherche Migrations et société (Urmis).

14/10/2015, Propos recueillis par Régis Meyran, Sciences Humaines.

DOC HEBDO N°55 - du 29 octobre au 4 novembre 2015

Retrouvez et téléchargez le bulletin numérique de revue de presse DOC HEBDO N°55 du DPFI de Lormont qui présente l'actualité du 29 octobre au 4 novembre 2015 via ce lien : https://drive.google.com/file/d/0B8K6AGV2iEkDYmtmS0RrVGwtV00/view?usp=sharing

Retrouvez les anciens numéros du Doc Hebdo sur cette page : http://actu33.blogspot.fr/p/doc-hebdo-du-dpfi.html