mercredi 6 novembre 2019

Les conditions de vie et de santé des plus précaires se sont dégradées en France

Dans un rapport publié mercredi, l’association Médecins du monde dresse le bilan de ses opérations menées dans l’hexagone en 2018.


L’association Médecins du monde réclame un «changement de cap» et une «inflexion des politiques régressives à l’égard des populations les plus fragiles», notamment migrants et étrangers, qui voient leurs conditions de vie et de santé se dégrader, selon un rapport publié mercredi 16 octobre, à la veille de la journée mondiale du refus de la misère.
«Les politiques publiques ne sont pas à la hauteur des enjeux, voire ne sont pas une priorité du gouvernement», déplore en préambule du rapport Yannick Le Bihan, directeur des opérations France de l’ONG.
«Nous constatons que les conditions de vie de ces personnes (les plus précaires) se sont globalement dégradées depuis le début du quinquennat. Il est impératif d’opérer un changement de cap», souligne-t-il, en dénonçant notamment «la volonté de(s) dirigeants de remettre en cause l’universalité de l’accès à la santé» et des «dispositifs d’hébergement de réinsertion sociale, d’urgence, d’accueil des demandeurs d’asile (...) insuffisants».


24.000 personnes reçues

Ce rapport sur l’accès aux droits et aux soins synthétise l’activité des 62 programmes menés par Médecins du monde en 2018 sur 33 sites de France métropolitaine et Outre-mer. En 2018, 24.072 personnes ont notamment été reçues dans les centres d’accueil, de soins et d’orientation (Caso), majoritairement des jeunes (47% ont entre 18 et 34 ans) et des hommes (64,2%). Dans la quasi-totalité des cas (97,3%), ces personnes sont de nationalité étrangère, originaires essentiellement d’Afrique subsaharienne (49,8%) et du Maghreb (23,5%).
Près de 62% des personnes accueillies sont en situation irrégulière. Et plus d’un tiers des étrangers en situation régulière sont en situation administrative précaire, avec un titre de séjour de moins de six mois «et peuvent basculer rapidement dans l’irrégularité», souligne l’association.

Aggravation des conditions de vie et de santé

D’une manière générale, elle relève «une aggravation des conditions de vie et de santé des exilés avec une augmentation des espaces d’indignité dans toutes les métropoles françaises», conséquence notamment selon elle de la loi Asile immigration de 2018.
Cette loi, «loin de proposer une amélioration des conditions d’accueil (...) se concentre sur le schéma national de répartition des demandeurs d’asile et prévoit de nombreux cas de retrait des conditions matérielles d’accueil en cas de non-respect des orientations en région proposées aux demandeurs d’asile», déplore l’ONG.
«Les menaces récurrentes contre l’Aide médicale de l’État (AME) - qui garantit l’accès aux soins des personnes étrangères en situation irrégulière - sont le reflet d’une instrumentalisation des enjeux de santé au service d’autres politiques et notamment d’une politique migratoire répressive», ajoute Yannick Le Bihan.
L’ONG s’inquiète également de la part des mineurs reçus en Caso qui «a augmenté progressivement au cours des dix dernières années». Les 3564 mineurs accueillis l’an dernier, d’un âge moyen de 10,9 ans, représentent 14,8% de la file active totale de ces centres. Ils sont principalement originaires d’Afrique subsaharienne (54,5%), notamment de Guinée (17,7%) et de Côte d’Ivoire (13,7%).
La plupart d’entre eux sont «en situation d’errance et de grande précarité sans pouvoir accéder aux mesures de protection dont ils doivent bénéficier en France». Près de 40% d’entre eux vivent dans des conditions très précaires, sans domicile fixe (31%) ou vivant en squat ou bidonville (8%).

Source : Le Figaro, 16/10/2019.

mercredi 30 octobre 2019

Le taux de pauvreté a augmenté en France en 2018

14,7% de la population avait un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté en 2018, selon l’Insee. Soit une augmentation de 0,6 point par rapport à 2017.


C’est une mauvaise nouvelle, alors que ce jeudi est la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Selon les estimations de l’Insee, 14,7% de la population en France (+ 0,6 point sur un an) aurait un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté en 2018. Ils sont désormais 9,3 millions à déclarer un revenu disponible inférieur à 60% du niveau médian.

L’Insee l’explique par plusieurs facteurs: d’abord, par la hausse de ce revenu médian, «en lien avec des salaires relativement dynamiques et l’augmentation des revenus financiers». Les mesures sur les prélèvements, comme la baisse de la taxe d’habitation, la bascule CSG/cotisations et l’extension du crédit d’impôt pour l’emploi de salariés à domicile aux retraités «bénéficieraient davantage aux ménages au-dessus du seuil de pauvreté». Et «contribueraient donc à la hausse du seuil et du taux de pauvreté», poursuit l’Insee - alors que les mesures sur les minima sociaux (revalorisation de l’allocation de solidarité aux personnes âgées et de l’allocation aux adultes handicapés) jouent au contraire pour une baisse du taux de pauvreté.

«Mais c’est la baisse des allocations logement dans le parc HLM qui aurait le plus fort effet», note l’Institut. Elle contribue à la hausse du taux de pauvreté pour 0,4 point. «Sans prendre en compte la baisse des allocations logement, la hausse du taux de pauvreté au seuil de 60 % serait plus modérée (+ 0,2 point en 2018) et 9,1 millions de personnes seraient en situation de pauvreté monétaire», souligne l’Insee. À noter que la réduction des loyers dans le parc social visant à compenser la baisse des allocations n’a en effet pas été prise en compte car elle n’entre pas, par définition, dans la mesure des niveaux de vie.

 
Parallèlement, les inégalités ont augmenté l’an dernier. La masse des niveaux de vie détenue par les 20% de personnes les plus aisées est désormais 4,4 fois plus importante que celle détenue par les 20 % les plus modestes - alors que ce chiffre était de 4,3 depuis 2013. La hausse des inégalités est liée à deux phénomènes: la hausse des inégalités avant redistribution (expliquée notamment par la très forte hausse de certains revenus des capitaux mobiliers, notamment des dividendes perçus par les ménages, souvent les plus favorisés financièrement) et celle liée aux mesures socio-fiscales.

Source : Le Figaro, 16/10/2019.

samedi 20 avril 2019

Solidarité. Cantine à 1 euro, des miettes pour les enfants pauvres ?

Fin avril, le gouvernement va expérimenter la cantine à 1 euro et les petits déjeuners gratuits pour les enfants de familles pauvres, avant de les généraliser en septembre. Le diagnostic est juste, mais la mesure passera sans doute à côté. Un cas d’école avec ce gouvernement.


Après Jupiter, Emmanuel Macron se prend pour Pierre Mendès France. En 1954, le président du Conseil d’alors organise la distribution gratuite d’un bol de lait sucré à tous les écoliers de France. Cinq ans après la disparition des tickets de rationnement, les enfants sont encore dénutris et leurs parents ont tendance à croire que le pinard ou la bière, ça rend fort et vigoureux… Soixante-cinq ans plus tard, Emmanuel Macron lui aussi veut laisser une trace : un petit déjeuner gratuit et une cantine à 1 euro pour les familles les plus pauvres.

Le président avait promis un accès à la cantine « plus universel », en septembre, en présentant son plan de prévention et de lutte contre la pauvreté… Sa secrétaire d’État Christelle Dubos l’a – un peu – précisé dans « le Journal du dimanche ». L’expérimentation commencera « fin avril » pour la cantine à 1 euro. « Cela concernera jusqu’à 10 000 communes. » « L’objectif est de garantir aux familles en difficulté des repas équilibrés pour leurs enfants en milieu scolaire », explique le gouvernement. Pour les petits déjeuners gratuits, le top départ est donné le 17 avril dans huit académies, puis généralisé en septembre. « Une mesure de bon sens qui s’attaque aux racines des inégalités. Dans les zones défavorisées, un enfant sur dix arrive en classe le ventre vide, il n’a donc pas les mêmes chances d’apprentissage qu’un camarade qui a le ventre plein », a expliqué la secrétaire d’État.

jeudi 18 avril 2019

Inégalités. Les pauvres, otages du sous-emploi

Rendu public hier, le rapport de l’Insee sur « La France dans l’Union européenne » affine ses données sur la pauvreté, avec les notions de privation et de sous-emploi.


Après plus d’un an de travail, l’Insee a dévoilé hier les principaux indicateurs économiques et sociaux de la France au sein de l’Union européenne. Avec un focus spécifique sur les profils de la pauvreté. En pleine crise des gilets jaunes, de nouveaux critères permettent d’affiner le regard sur les différentes formes et ressentis de pauvreté en France et dans les autres pays de l’Union européenne. « Nous avons analysé la pauvreté monétaire et la privation matérielle et sociale, qui sont deux approches différentes de la pauvreté, explique Julien Blasco, économiste et spécialiste des inégalités. La première se fonde sur le revenu des ménages, la seconde sur les conditions de vie. » Ce nouvel indicateur de privation matérielle et sociale, établi en 2017, dresse une série de treize éléments de la vie courante considérés comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable (ne pas avoir d’impayés, pouvoir se payer une semaine de vacances, une voiture, changer les meubles hors d’usage ou se payer des vêtements neufs…).

En France, 5,5 % de la population cumule pauvreté monétaire et privation matérielle et sociale. Hamilton/REA

En France, 5,5 % de la population cumule pauvreté monétaire et privation matérielle et sociale, contre 50 % des populations bulgare et roumaine, touchées par au moins une forme de pauvreté. Par conséquent, la France a le sixième taux le plus bas de pauvreté monétaire de l’Union européenne (13,6 %) et un taux de privation matérielle et sociale médian (12,7 %).
En revanche, avec 9,4 % de sa population sans emploi en 2017, elle se situe parmi les six pays les plus touchés par le chômage, après la Grèce, l’Espagne, la Croatie, l’Italie et Chypre. Côté ressenti, l’insatisfaction y atteint 19 %, soit un taux proche de celui du Royaume-Uni et de l’Allemagne, et supérieur à celui des autres pays de l’Europe du Nord et de l’Ouest. « Ce taux élevé peut être corrélé aux 12,7 % de Français touchés par la privation matérielle et sociale », analyse Julien Blasco. En Europe, la Bulgarie et la Roumanie atteignent le taux le plus élevé de privation matérielle et sociale avec 47 %.

Les ravages de l’emploi subi, à l’échelle européen

Qu’en est-il des personnes pauvres en France ? 90 % de celles vivant en situation de privation matérielle et sociale sont des familles monoparentales au chômage. Ces données se reflètent au niveau européen : ces familles sont trois fois plus touchées que les couples sans enfants par la pauvreté et les chômeurs sont quatre fois plus touchés que les personnes en emploi par la pauvreté. Enfin, le rapport met en lumière une catégorie dites « main-d’œuvre sous-utilisée ». Ce sont les personnes sans emploi qui souhaiteraient travailler davantage, c’est-à-dire soit trouver un emploi, soit sortir du temps partiel subi. Elles sont 17,7 % (3 millions) en France, qui fait ainsi partie des sept pays les plus affectés par le phénomène. A contrario, la République tchèque est le pays qui affiche le taux le plus faible (4,2 %). Sans surprise, les difficultés d’accès à un emploi pérenne sont plus fréquentes chez les femmes. Leur part en recherche d’emploi stable était, en 2017, de 4,6 points supérieure à celle des hommes pour l’ensemble des pays de l’UE. La France est l’un de ceux où cet écart est le plus élevé (5,5 points). Et le rapport constate que « quel que soit le niveau de diplôme, là encore, les femmes sont plus souvent affectées par la sous-utilisation de la main-d’œuvre ».

Source : L'Humanité.fr, 17/04/2019.

mercredi 19 décembre 2018

Accès aux soins pour tous, que faire en cas de refus ?

Encore une fois le Défenseur des Droits alerte sur le refus de soins aux titulaires de la CMU-C, l’ACS et l’AME et de façon générale aux pauvres. C’est illégal et discriminatoire. Voici ce qu’il faut faire quand ça arrive.


Le refus de soigner les bénéficiaires de la CMU-C, de l’ACS et de l’AME pour les personnes étrangères en situation irrégulière est une réalité que dénonce une nouvelle fois le Défenseur des Droits Pourquoi ? 

Parce que c’est illégal et discriminatoire.  

En effet, la loi dit bien que :

- aucune personne ne peut faire l’objet de discrimination dans l’accès aux soins. Un professionnel de santé ne peut pas refuser de soigner une personne au motif qu’elle est bénéficiaire de la CMU-C ou de l’AME (aide médicale de l’Etat) - article L1110-3 du code de la santé publique 
- c’est d’ailleurs sanctionné par les articles 225-1 à 225-4 du code pénal
- toute personne doit bénéficier des soins les plus adaptés à son état de santé – article L1110-5 du code de la santé publique
- Le médecin doit écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient leur origine, leurs moeurs et leur situation de famille, leur appartenance ou leur non-appartenance à une ethnie, une nation ou une religion déterminée, leur handicap ou leur état de santé, leur réputation ou les sentiments qu'il peut éprouver à leur égard. Il doit leur apporter son concours en toutes circonstances. Il ne doit jamais se départir d'une attitude correcte et attentive envers la personne examinée - article R4127-7 du code de la santé publique qui figure article 7 du code de déontologie médicale.
Ces obligations légales et déontologiques, ce n’est pas la première fois que le Défenseur des Droits les rappelle. Deux exemples :
-  etude-des-pratiques-medicales-et-dentaires-entre-differenciation-et-discrimination - avril 2017
- rapport au Premier ministre - 2014

Pourquoi la loi n’est pas respectée ?

Parce que les praticiens (médecins, dentistes, ophtalmos etc.) qui refusent les soins aux « pauvres » ne sont pas sanctionnés ni par la sécu ni par la loi et n’ont que faire de la déontologie. Quelques exemples :
- refus verbal de recevoir un patient CMU-C, ACS ou AME
- renvoi du patient vers un ou une autre médecin, un hôpital ou un centre de santé,
- refus d’établir un devis quand c’est obligatoire
- comportement discriminatoire (proposer un rendez-vous en fin de journée après les autres patients ou prise en charge différente…)
- dépassements d'honoraires alors que c’est interdit  pour ce type de patients.

Comment réagir ?

Le dépliant du Défenseur des Droits explique comment Agir contre les refus de soins
Certes ce type de patients ni ne savent ni n’osent porter plainte. Ils peuvent toutefois en parler autour d’eux et doivent savoir qu’ils ont la possibilité (en toute discrétion) de :
- appeler le service de leur assurance maladie Santé Info vos droits au 0 810 004 333 ou 01 53 62 40 30 OU contacter leur caisse d’assurance maladie ou de MSA,
- écrire au directeur de l’assurance maladie à l’adresse de leur caisse de sécurité sociale ou de MSA. L’article L1110-3 du code de la santé publique confirme que « toute personne qui est victime d’un refus de soins illégitime peut saisir le directeur de l’organisme local d’assurance maladie ».

Possibilité de se faire aider par une assistante sociale, un service social communal, une association comme :
- France Assos Santé
- Médecins du Monde 62 rue Marcadet - 75018 Paris Tél : 01 44 92 15 15 
- Fédération des acteurs de la solidarité
- recourir au conseil territorialement compétent de l’ordre professionnel concerné (www.conseil-national.medecin.fr  www.ordre-chirurgiens-dentistes.fr  www.ordre.pharmacien.fr…)
- contacter le Défenseur des Droits ou ses délégués sur https://www.defenseurdesdroits.fr/nous-contacter

Source : L'Humanité, 19/12/2018.

jeudi 4 octobre 2018

Alimentation : 1 Français sur 5 est en situation de précarité

Selon un baromètre Ipsos-Secours populaire, 21 % des sondés déclarent ne pas pouvoir s’offrir une alimentation saine et 41 % ont du mal à partir en vacances une fois par an.


Le dernier baromètre Ipsos-Secours populaire, publié mardi, souligne l’ampleur de la précarité alimentaire en France, qui touche une personne sur cinq.
Un peu plus d’un cinquième des Français sondés (21 %) ont, en effet, déclaré ne pas être en mesure de s’offrir une alimentation saine leur permettant de faire trois repas par jour et 27 % ont admis ne pas avoir les moyens financiers de s’acheter quotidiennement des fruits et légumes.
C’est dans les foyers les plus modestes que cette tendance est la plus marquée. Ainsi, plus d’un français sur deux dont les revenus mensuels sont inférieurs à 1 200 euros a déclaré avoir des difficultés à payer la cantine de ses enfants et près d’un sur deux (48 %) estime avoir des difficultés à se procurer une alimentation variée.
Par ailleurs, ils sont une écrasante majorité (86 %) à estimer que la précarité alimentaire est le signe d’une situation de pauvreté.

Difficultés pour payer les actes médicaux

De façon générale, le Secours populaire souligne que la situation financière d’une partie des Français s’est améliorée par rapport à 2017, tout en pointant qu’ils sont 39 % (+ 2 % par rapport à 2017) à déclarer avoir déjà connu une situation de pauvreté.
Quant au seuil de pauvreté, il n’y a pas d’évolution notable par rapport à 2017 : les Français considèrent qu’une personne seule est pauvre quand elle a un revenu mensuel inférieur ou égal à 1 118 euros, soit cinq euros de plus que l’année précédente.
Cette année encore, le sondage révèle que les vacances et la culture restent des postes de dépenses « problématiques » pour de nombreux Français. Ils sont 41 % à admettre avoir du mal à partir en vacances une fois par an (45 % en 2017).
Et près d’un Français sur trois reconnaît avoir du mal à payer des actes médicaux mal remboursés (56 % chez les bourses les plus modestes).
A noter également qu’ils sont plus de 80 % à penser que leurs enfants seront plus vulnérables face à la pauvreté que leur génération.

Source : Le Monde : 11/09/2018.

mardi 2 octobre 2018

En 2016, la France comptait près de neuf millions de pauvres

Le taux est en légère baisse, de 0,2 point, par rapport à 2015, ce qui, selon l’Insee, « s’explique principalement » par la prime d’activité créée sous le quinquennat Hollande.


En 2016, la France comptait 8,8 millions de pauvres, soit 14 % de la population, selon des chiffres publiés par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) mardi 11 septembre. Ce taux monte à 19,8 % pour les moins de 18 ans.

Sont considérées comme pauvres par l’Insee les personnes seules qui perçoivent moins de 1 026 euros par mois, c’est-à-dire 60 % du revenu médian de la population, qui est de 1 710 euros par mois en 2016. Parmi celles qui sont en dessous de ce revenu médian, près de 5 millions ont moins de 855 euros mensuels pour vivre.

Le taux de pauvreté globale est toutefois en légère baisse, de 0,2 point, par rapport à celui constaté en 2015, ce qui selon l’Insee « s’explique principalement par la mise en place de la prime d’activité » – une aide aux travailleurs et travailleuses à revenus modestes créée au début de 2016. « Depuis 2008, on constate une reprise lente de la pauvreté, mais aussi un problème d’irréversibilité. C’est-à-dire qu’il n’y a pas plus de pauvres, mais qu’on a du mal à en sortir », explique Jérôme Vignon, président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes).

Plan pauvreté présenté jeudi

« La situation vis-à-vis de la pauvreté reste très liée au statut d’activité », souligne l’institut des statistiques. Ainsi, en 2016 la pauvreté touchait 38,3 % des chômeurs, 6,4 % des salariés et 7,7 % des actifs occupés. Mais la situation familiale joue également un grand rôle dans le risque d’être confronté à des difficultés matérielles.
Ainsi, 34,8 % des familles monoparentales sont pauvres — ce qui représente deux millions de personnes — soit un taux quatre fois plus élevé que les couples avec un ou deux enfants. A partir de trois enfants, en revanche, le taux de pauvreté des familles en couple augmente très nettement, à 23,9 %.

Ce rapport a été publié deux jours avant les annonces prévues jeudi par le président de la République, Emmanuel Macron, sur la stratégie de lutte contre la pauvreté du gouvernement. Lundi, le chef de l’Etat a passé cinq heures dans un centre ATD Quart monde pour rencontrer des personnes touchées par la grande pauvreté.

« Il y aura de la dépense pour accompagner mieux les personnes vers leur émancipation », a promis la ministre de la santé et des solidarités, Agnès Buzyn, évoquant « une stratégie ambitieuse » qui cherche à surmonter les « obstacles qui maintiennent les personnes dans la précarité » comme la santé, le logement, le transport ou l’accès à la garde d’enfant.

Source : Le Monde, 11/09/2018.

dimanche 30 septembre 2018

Mal-logement, chômage... La France face au défi de la pauvreté

[Le défi de la pauvreté] La pauvreté frappe 13,6 % des Français et 19,1 % des moins de 18 ans. Un plan d’action est attendu mi-septembre. Premier volet de notre enquête.



Il appelle cela la « scoumoune ». « La dèche, quoi », précise Damien Moreau, la petite
vingtaine, le ton goguenard. « La panade, la mierda, la super-glu des galères. » Rasé de
près, il enfourche son vélo pour rejoindre l’ami avec qui il partage un studio, près de Paris.
Depuis qu’il a décroché de son BTS vente, il alterne inactivité et petits boulots. « Des jobs de livreur en autoentrepreneur, des contrats courts. »


Les bons mois, il tourne autour de 1 100 euros. Les autres, il « bidouille ». « Je fais gaffe à
tout. Je repère les plans gratuits pour sortir quand même avec les copains : on me prend
pour un écolo radin, un militant de la décroissance, sourit-il. J’aime autant, ça sonne plus
chic que pauvre. Même si j’ai l’habitude : la scoumoune, je suis né dedans, et mes parents,
tous deux au chômage, aussi. »


Emmanuel Macron, lui, appelle cela les « inégalités de destin ». « Selon l’endroit où vous
êtes né, la famille où vous avez grandi, votre destin est le plus souvent scellé », déclarait-il
le 9 juillet, pour défendre son ambitieux plan antipauvreté. Celui-ci était attendu cet été,
dans la foulée des concertations entamées fin 2017 par le délégué interministériel dédié au
sujet, Olivier Noblecourt. Il sera finalement présenté mi-septembre.


Distribution de petits-déjeuners gratuits dans les écoles, allongement de la période
obligatoire de formation de 16 à 18 ans ou, encore, versement unique des allocations... Si les pistes évoquées sont jugées prometteuses par les associations, certaines redoutent
néanmoins que les moyens dégagés ne soient pas à la hauteur.
Car les signaux envoyés par l’exécutif sont ambigus. En juin, le président a qualifié de
« pognon de dingue » les sommes consacrées aux minima sociaux. Si le minimum vieillesse (833 euros) sera revalorisé de 35 euros en 2019 et 2020, les allocations familiales, APL et pensions progresseront de 0,3 % seulement sur ces deux années, soit moins que l’inflation.


Sera-t-il possible de renforcer la lutte contre la pauvreté tout en serrant la vis sur certaines
prestations ?


(...)

Article intégral en ligne : https://www.lemonde.fr
Source : LE MONDE | 04.09.2018

dimanche 23 septembre 2018

Un Français sur cinq n'est pas en mesure de s'offrir une alimentation saine

Cette précarité alimentaire est particulièrement marquée chez les foyers les plus modestes, selon un sondage Ipsos pour le Secours populaire.

Ne pas pouvoir faire trois repas par jour ni s'alimenter sainement est une réalité pour près d'un Français sur cinq, selon le dernier baromètre Ipsos-Secours populaire publié ce mardi 11 septembre.
Un peu plus d'un cinquième des Français sondés (21%) ont déclaré ne pas être en mesure de s'offrir une alimentation saine leur permettant de faire trois repas par jours et 27% ont admis ne pas avoir les moyens financiers de s'acheter quotidiennement des fruits et légumes.
Mais c'est chez les foyers les plus modestes que cette tendance est la plus marquée. Ainsi, plus d'un Français sur deux dont les revenus mensuels sont inférieurs à 1.200 euros a indiqué avoir des difficultés à payer la cantine de ses enfants et près d'un sur deux (48%) estime avoir des difficultés à se procurer une alimentation variée.
Par ailleurs, ils sont une écrasante majorité (86%) à estimer que la précarité alimentaire est le signe d'une situation de pauvreté.

Les vacances, un poste de dépenses "problématique"

De façon générale, le Secours populaire souligne que la situation financière d'une partie des Français s'est améliorée par rapport à 2017, tout en pointant qu'il sont 39% (+2% par rapport à 2017) à déclarer avoir déjà connu une situation de pauvreté.
Quant au seuil de pauvreté, il n'y a pas d'évolution notable par rapport à 2017 : les Français considèrent qu'une personne seule est pauvre quand elle a un revenu mensuel inférieur ou égal à 1.118 euros, soit cinq euros de plus que l'année précédente.
Cette année encore, le sondage révèle que les vacances et la culture restent des postes de dépenses "problématiques" pour de nombreux Français. Ils sont 41% à admettre avoir du mal à partir en vacances une fois par an (45% en 2017).
Et près d'un Français sur trois reconnaît avoir du mal à payer des actes médicaux mal remboursés (56% chez les bourses les plus modestes).
A noter également qu'ils sont plus de 80% à penser que leurs enfants seront plus vulnérables face à la pauvreté que leur génération.
Enfin, à quelques mois des élections européennes et alors que le renouvellement du Fond européen d'assistance aux démunis (FEAD), arrivant à échéance en 2020, n'est pas assuré, 75% des sondés considèrent que l'UE "ne s'investit pas beaucoup" dans la lutte contre la précarité alimentaire.
 
Sondage réalisé par téléphone du 22 au 26 juin 2018 sur un échantillon de 1.016 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.

Source : L'Observateur, 11/09/2018. 

lundi 17 septembre 2018

Pauvreté en France: les chiffres à connaître

La France compte 8,8 millions de pauvres, selon l'Insee. Les familles monoparentales, les chômeurs, les jeunes, mais aussi les agriculteurs et les artisans commerçants sont particulièrement touchés. 65% des pauvres vivent dans les grandes villes.

Alors qu'Emmanuel Macron a dévoilé son plan pauvreté ce jeudi, Le Figaro fait le point sur les grands chiffres et les principaux enseignements relatifs à la pauvreté en France. La récente étude de l'Insee sur les niveaux de vie en 2016, l'édition 2018 de l'étude de l'Insee sur «Les revenus et le patrimoine des ménages», ainsi que les travaux de l'Observatoire des inégalités donnent un aperçu détaillé de la situation. Voici ce qu'il faut savoir :

• Un seuil de pauvreté à 1026 euros par mois
Selon l'Insee, le seuil de pauvreté monétaire en France s'élevait à 1026 euros par mois en 2016. Ce chiffre correspond à 60% du niveau de vie médian de la population. Le niveau de vie médian - qui sépare la population française en deux parts égales - était de 1710 euros par mois en 2016.

• 8,8 millions de pauvres
La France comptait 8,8 millions de pauvres en 2016, selon l'Insee. En d'autres termes, 8,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire - qui s'élève donc à 1026 euros par mois - en 2016. 

• Un taux de pauvreté à 14%
En 2016, le taux de pauvreté était de 14%, en baisse de 0,2 point par rapport à 2015. Cette légère baisse s'explique par la mise en place de la prime d'activité, estiment les experts de l'Insee. Au plus bas, en 2004, le taux de pauvreté français atteignait 12,8 %, contre 17,9 % en 1970. Malgré cette relative stabilité du taux de pauvreté, le nombre de pauvres a tout de même augmenté d'un million entre 2005 et 2015. 


(...)

Source : Le Figaro, 13/09/2018.
Article intégral en ligne : http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2018/09/13/29006-20180913ARTFIG00001-pauvrete-en-france-les-chiffres-a-connaitre.php

jeudi 13 septembre 2018

L’alimentation, variable d’ajustement des plus pauvres

Le baromètre Ipsos/Secours populaire, publié hier, s’est intéressé à la précarité alimentaire. De plus en plus fréquente, elle est un marqueur de pauvreté.


C’est un appel à « la résistance » qu’a lancé Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français (SPF), lors de la présentation de la 12e édition du baromètre de la pauvreté Ipsos/Secours populaire français, hier dans les locaux parisiens de l’association, dans le 18e arrondissement, aux côtés de Thierry Marx, chef étoilé et parrain de la campagne Pauvreté-Précarité. Ce baromètre retranscrit la manière dont la pauvreté est définie et vécue par les Français. Cette année, le Secours populaire s’est focalisé sur la précarité alimentaire.
Neuf Français sur dix considèrent qu’avoir des difficultés régulières à se procurer une alimentation saine est le signe d’une situation de pauvreté, selon l’étude. Des parcours de vie brisés ont incité près de trois millions de personnes à pousser les portes du SPF en 2017. C’est ce qu’a fait Suzanne, 40 ans, il y a huit mois. Une étape difficile pour celle qui n’aurait « jamais pensé avoir besoin de (se) faire aider », confie-t-elle. Suzanne est en fin de chômage et bénéficie de l’allocation de solidarité spécifique. Insuffisant pour subvenir aux besoins de ses quatre enfants. Séparée de son compagnon, elle a espéré une aide de sa part jusqu’au dernier moment et vécu sur ses économies : « J’ai épuisé tout ce que j’avais de côté, alors j’ai arrêté par exemple de leur acheter des jouets. » Jamais elle n’évoque cette situation avec ses enfants.

Photo Egalimentation.gouv