mercredi 10 avril 2019

Les femmes ne sont toujours pas maîtresses de leur corps en 2019

Le Fonds des Nations unies pour la population détaille, dans son rapport annuel, les inégalités d’accès aux droits dont les femmes sont victimes en matière de procréation et de sexualité. 


Des millions de femmes, aujourd’hui encore, n’ont pas accès aux méthodes contraceptives modernes et leurs droits sexuels et reproductifs ne sont pas pleinement garantis. C’est ce que révèle le rapport annuel du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) présenté mercredi 10 avril.
« Aujourd’hui encore, 214 millions de femmes souhaitent éviter une grossesse mais ne disposent pas de méthode de contraception moderne. Chaque jour, plus de 800 femmes décèdent de causes évitables pendant la grossesse ou l’accouchement », précise le texte.
Depuis 1994, date de la Conférence internationale sur la population et le développement au Caire, les améliorations en termes de respect des droits et des choix individuels mais aussi d’accès à la santé sexuelle et reproductive sont incontestables. Au niveau mondial, le ratio de mortalité maternelle a ainsi diminué de près de 44 %, depuis les années 1990.
Ces avancées restent toutefois disparates. Le rapport annuel de l’UNFPA, intitulé « Une tâche inachevée », s’attarde sur les nombreux obstacles auxquels sont confrontées les femmes dans leur choix d’enfanter ou non, avec un partenaire choisi et à un moment défini de leur existence. « Nos analyses ont démontré que malgré les progrès, une catégorie reste toujours derrière, ce sont les femmes, rappelle Benoît Kalasa, directeur à l’UNFPA.

Stigmatisation des femmes rurales

Premier point noir selon le rapport, l’accessibilité géographique et économique aux soins et à l’information. Pour des centaines de milliers de femmes, la perspective de s’absenter de leur domicile ou de leur lieu de travail pour réaliser un voyage parfois long et coûteux est un véritable frein. Les habitantes des régions rurales sont les plus touchées, moins de la moitié d’entre elles accouchent en présence de personnel qualifié dans les pays en développement. En ville, elles sont plus de quatre femmes sur cinq à bénéficier de ce service.
Autre critère pénalisant, la pauvreté. Dans les pays en développement, l’UNFPA estime ainsi que seulement 34 % des besoins de planification familiale sont satisfaits au sein de la frange de la population la plus défavorisée.
Ces inégalités sont également visibles à l’échelle mondiale. Dans les pays les plus avancés, parmi la population la moins aisée, 98 % des accouchements se déroulent avec l’aide de personnel médical. Ce taux tombe à 36 % dans les pays en développement.
Une situation alarmante qui s’explique en partie par le manque de professionnels de santé, estimé à l’échelle mondiale à 7,2 millions d’agents par l’UNFPA. Les moyens de contraception, tels que la pilule, ne sont également pas toujours disponibles. Et quand ils le sont, les femmes se voient souvent offrir une possibilité unique. « En Inde, pendant longtemps, la seule contraception proposée était la stérilisation », note Benoît Kalasa. Une absence de financements, de personnel et d’informations, qui prive les femmes de véritables choix.

L’accès à l’avortement et à la pilule se voit également opposer des convictions morales ou des croyances religieuses. « Par exemple, des services peuvent être proposés dans un centre de planification familiale de proximité, mais un prestataire de services moralisateur peut refuser de fournir des contraceptifs à une adolescente ou à une femme non mariée », analyse le rapport de l’UNFPA. « Les inégalités de genre sont ancrées dans les normes sociales, déplore Benoît Kalasa. Nous faisons face à des cultures ou des religions qui disent qu’une fille ne peut pas aller à l’école, qu’elle doit se marier ou subir des mutilations génitales, qu’elle ne peut pas être actrice de ses droits. » Les restrictions auxquelles font face les femmes perpétuent et renforcent à leur tour les inégalités de sexe.

La peur de l’isolement

Une vérité particulièrement flagrante dans le cas des mariages des mineurs. L’UNFPA estime que 800 millions de femmes en vie aujourd’hui auraient été mariées pendant l’enfance. Elles ont alors moins de chances de poursuivre une scolarité et de sortir seule de chez elle. Elles sont aussi plus souvent exposées à la violence sexiste. Ces jeunes femmes tombent enceintes trop tôt, ce qui les expose davantage au risque de développer des maladies et d’être exclues de leur communauté.

lundi 8 avril 2019

Les choix politiques, facteurs majeurs d’inégalités en Europe

Qui sont les gagnants et les perdants de la croissance européenne au cours des quarante dernières années ? 

C’est à cette question posée par la mondialisation et la numérisation de l’économie que tente de répondre la dernière étude du Laboratoire sur les inégalités mondiales, collectif d’une vingtaine de chercheurs basés à l’École d’économie de Paris (PSE), en lien avec un réseau international qui couvre près de soixante pays.

Une hausse des inégalités marquée à l’Est

Première constatation : si l’Europe est l’un des continents qui a le mieux résisté à la montée des inégalités depuis les années 1980, la croissance a, là comme ailleurs, surtout profité aux 1 % les plus riches dont le revenu moyen a augmenté deux fois plus vite que celui des 50 % les moins dotés.
Cette équation se vérifie dans la quasi-totalité des pays membres de l’Union. Plus modérée en Europe du Sud, la hausse des inégalités a été surtout marquée en Europe de l’Est, en particulier pendant les années 1980 et 1990, lors de la transition du socialisme au capitalisme.
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Source : Lacroix.com, 03/04/2019.
Article intégral en ligne : https://www.la-croix.com

samedi 6 avril 2019

Formation continue : les nouvelles règles du jeu

La réforme en cours vise à rendre le demandeur plus autonome dans la construction de son parcours de reprise d’études, et l’obtention de financements plus facile.

Transformer le « mastodonte » de la formation professionnelle en un « système davantage tourné vers l’usager et plus simple d’accès » : telle est l’ambition de la loi pour la « liberté de choisir son avenir professionnel », adoptée le 5 septembre 2018. Si le système reste complexe, il devrait permettre à chacun de se saisir plus facilement des différents dispositifs et systèmes de financement.


Quelles sont les nouveautés concernant le compte personnel de formation (CPF) ?


Outre les formations imposées par l’entreprise dans le cadre du plan de développement des compétences, tout salarié bénéficie depuis 2015 d’un CPF (ex-DIF) qu’il peut utiliser librement. La réforme en cours renforce l’importance du dispositif : depuis le 1er janvier 2019, le solde inscrit jusqu’ici en heures sur le CPF a été converti en euros, à raison de 15 euros par heure. « Cela permet la portabilité des droits et une meilleure connaissance de la valeur des droits acquis », justifie le ministère. Une année travaillée – au minimum à mi-temps – donnera désormais lieu à un crédit de 500 euros (dans la limite de 5 000 euros). Pour les salariés non qualifiés, ce montant est majoré à 800 euros par an (plafonnés à 8 000 euros). Une entreprise ou une branche professionnelle pourra décider, dans le cadre d’un accord, d’être plus généreuse. Attention : les heures de droit individuel à la formation (DIF) cumulées avant 2015 devront être renseignées sur l’espace personnel du site CPF et utilisées avant fin 2020. Notez aussi que les non-salariés et les professions libérales ont désormais aussi accès à un CPF, selon des modalités de crédit du compte.

Quelles formations peuvent être financées par le CPF ?


Jusqu’à présent, l’éligibilité à une formation était conditionnée par le statut, la branche professionnelle et la région d’origine du demandeur. « Une situation délicate », se remémore Patrick Kalifa, consultant en développement professionnel auprès de l’Agence pour l’emploi des cadres (APEC). Désormais, il suffit qu’elle figure au référentiel national des certifications professionnelles (RNCP), ou dans le « répertoire spécifique » (une annexe au RNCP). Un moyen d’acquérir une qualification (un diplôme d’université ou de grande école, une certification, un certificat de qualification professionnelle…), mais aussi d’être accompagné pour une validation des acquis de l’expérience (VAE), de réaliser un bilan de compétences ou de préparer son permis de conduire… Le tout en présentiel, à distance ou en alternant les deux.

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Source : Le Monde, 
Article intégral en ligne : https://www.lemonde.fr

jeudi 4 avril 2019

Précarité. L’Europe compte plus de 700 000 sans-abri

Le nombre de personnes vivant à la rue a crû de 70 % depuis 2009. Les pays privilégient une gestion à courte vue et délaissent trop la prévention, dénoncent les associations.


La politique d’accueil des personnes à la rue par les pays de l’Union européenne (UE) est inhumaine, coûteuse et court-termiste. C’est le constat sans appel dressé hier par la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa) dans son 4 e rapport consacré à l’hébergement d’urgence. Jusqu’à présent, l’UE ne s’est pas dotée d’outils spécifiques pour chiffrer et analyser précisément ce phénomène de grande exclusion. Seule certitude : il est en extension partout, à l’exception notable de la Finlande et de la Norvège.

Le nombre de sans-abri en Europe a crû de 70 % depuis dix ans. Il dépasse désormais les 700 000 personnes, contre 410 000 en 2009. Avec certaines progressions spectaculaires, comme en Irlande (+160%), en Allemagne (+150%) ou en encore au Royaume-Uni (+71%). « Les chiffres européens se rapprochent de ceux aux États Unis », alerte Freek Spinnewijn, le directeur de la Feantsa. Malgré l’émergence timide de la thématique du logement dans le débat des élections européennes, cette situation reste largement ignorée des politiques. À Bruxelles, la Feantsa n’a reçu que deux réponses positives à son appel aux députés pour participer à des débats sur la question.
La mise à l’abri dite « inconditionnelle » n’est appliquée nulle part. 

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Source : L'Humanité.fr, 04/04/2019.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr

vendredi 29 mars 2019

Comprendre ce qu'est le droit voisin en cinq questions

La directive sur le droit d'auteur, qui vient d'être définitivement adoptée par le Parlement européen, permettra à la presse de négocier une meilleure répartition des revenus avec les grandes plateformes comme Google ou Facebook.


Après un long marathon législative, le Parlement européen vient de définitivement adopter la «directive droit d'auteur». Ce texte touffu contient un article qui concerne tout particulièrement les éditeurs de presse. La presse européenne dispose désormais des armes juridiques pour négocier avec les grandes plateformes internet (Google, Facebook, Twitter...) des compensations financières pour l'utilisation de leurs contenus. Les médias souhaitent en effet obtenir réparation alors que les GAFA captent la quasi-totalité du marché publicitaire en ligne. Lefigaro.fr fait le point.

● Que contient la directive droit d'auteur?
Ce texte européen, en gestation depuis deux ans, vise à dépoussiérer les règles européennes sur le droit d'auteur qui ont été pensées avant l'ère numérique. L'objectif global est de parvenir à une meilleure répartition de la valeur entre les différents acteurs d'Internet, et notamment entre les créateurs de contenus et les plateformes qui diffusent leurs chansons, vidéos, articles. Deux articles étaient particulièrement commentés. L'article 13 oblige les grandes plateformes à s'assurer qu'aucun contenu qu'elles diffusent ne viole le droit d'auteur des artistes. Elles devront aussi mieux les rémunérer. L'article 11, lui, vise à créer un droit voisin au droit d'auteur pour les éditeurs de presse.

● Qu'est-ce que le droit voisin pour la presse?
Le droit voisin vise à établir des accords de licence entre d'un côté les grandes plateformes et de l'autre, les médias. Aujourd'hui, Google ou Facebook peuvent référencer et diffuser des articles de presse mais aussi créer des produits autour, comme Google News, sans rien verser en retour aux éditeurs. Problématique, alors qu'ils sont devenus l'une des principales portes d'accès à l'information. C'est un peu comme si les radios pouvaient diffuser toute la musique qu'elles souhaitent, et engranger les revenus publicitaires afférents, sans jamais rémunérer les maisons de disques. Le droit voisin ayant été voté, les GAFA devront a priori régler des redevances aux médias, sur le modèle de la SACEM dans le monde de la musique. Les modalités exactes d'application de la directive seront laissées à l'appréciation de chaque État-membre de l'Union européenne.

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Source : Le Figaro, 26/03/2019.
Article intégral en ligne : http://www.lefigaro.fr

mercredi 27 mars 2019

Santé : l'espérance de vie stagne en France

Entre 2017 et 2018, le gain d’espérance de vie des Français est de 0,1 an. Cette tendance pourrait s’inscrire sur le long terme, selon une étude récemment publiée par l’Institut national d’études démographiques (Ined).

Les raisons du ralentissement de l’espérance de vie

L’espérance de vie à la naissance n’a augmenté que de 0,1 an entre 2017 et 2018, pour les femmes (85,4 ans) comme pour les hommes (79,5 ans). Sur les cinq dernières années, les hommes ont gagné 0,7 an et les femmes 0,4 an, un gain "modeste" selon les auteurs de l’étude.
Sur les cinq dernières années, trois épidémies de grippe, chacune ayant provoqué un surcroît de 20 000 décès, ont entraîné un recul de l’espérance de vie de 0,1 à 0,3. Cet effet est conjoncturel mais d’autres causes expliquent le ralentissement des progrès de l’espérance de vie.
Les gains d’espérance de vie liés aux progrès de la prévention et des traitements des maladies cardio-vasculaires atteignent leurs limites. Les cancers constituent aujourd’hui la principale cause de mortalité. Or l’étude pointe la relative stagnation de la mortalité par cancer, notamment en raison de la hausse des cancers liés au tabagisme chez les femmes. Selon l’Ined, la lutte contre le cancer est un facteur essentiel de la reprise d’une hausse significative de l’espérance de vie.

Un ralentissement généralisé dans les pays de l’Europe du Nord

Le ralentissement de l’espérance de vie touche d’autres pays, tels que la Suède ou le Danemark. L’exemple le plus marquant est celui des États-Unis, dont l’espérance de vie décroît depuis 2015. L’espérance de vie des hommes est proche de 76 ans, loin derrière la plupart des pays développés.
Les femmes françaises restent bien placées en Europe avec les Espagnoles et les Italiennes qui ont rattrapé puis distancé les Suédoises. Seules les Japonaises font sensiblement mieux avec une espérance de vie qui dépasse les 87 ans.

Source : Vie-publique.fr
En savoir + : https://www.ined.fr

lundi 18 mars 2019

Ma santé 2022. Une réforme qui fait la part belle au privé

Les députés entament ce lundi l’examen du projet de loi réformant l’organisation du système de santé. Un texte bien loin de répondre aux besoins et aux urgences.


Le projet de loi santé est débattu ce matin à l’Assemblée nationale. Enfin, partiellement, puisque le texte qui promet la transformation en profondeur des études de médecine et de l’organisation du système de santé est truffé d’ordonnances. Ainsi, le gouvernement a décidé de se passer de l’avis des parlementaires pour six articles d’une loi qui n’en comporte que vingt-trois. Elles portent sur des sujets « sensibles », tels la carte des futurs hôpitaux de proximité, la réforme de l’attribution des autorisations d’activités pour des hôpitaux ou le renforcement des missions des agences régionales de santé (ARS). Du coup, les députés comme la plupart des acteurs de santé ont l’impression d’avancer dans le brouillard.
« Il faut que le projet de loi soit clair pour que les décrets qui vont en découler et les ordonnances soient aussi limpides », s’inquiétait lors d’un grand débat, fin janvier, Patrick Bouet, le président de l’ordre des médecins, pourtant franc partisan de la réforme mais irrité comme bien d’autres de l’inflation d’ordonnances. Le nombre d’amendements augmente également : 1 600 propositions de modification du projet de loi ont été demandées par les députés. Le gouvernement lui-même en a ajouté une dizaine à son propre texte lundi dernier, juste avant son examen par la commission des Affaires sociales.
Sur bien des points, dont l’accès aux soins et le maintien des services publics de proximité, et face à la grande souffrance des soignants, le gouvernement sait qu’il est attendu au tournant.

Une réforme de la formation des médecins

La fin des déserts médicaux passera-t-elle par la réforme des études de médecine et la suppression du numerus clausus ? La refonte de la formation des futurs médecins ouvre en tout cas le projet de loi. 

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Source : L'Humanité.fr, 18/03/2019.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr/ma-sante-2022-une-reforme-qui-fait-la-part-belle-au-prive-669450

samedi 16 mars 2019

Conditions de travail à l'hôpital : un problème de santé publique

Les conditions de travail des personnels du secteur hospitalier sont l’objet d’une attention croissante des pouvoirs publics et des chercheurs. L’étude de leur évolution fait apparaître un léger recul de l’exposition à certaines formes de pénibilité inhérentes aux missions de soin : les horaires décalés et les efforts physiques importants. En revanche, les personnels font face à une pression temporelle accrue, qui alimente un sentiment de « qualité empêchée » chez une part croissante de ces personnels. Rythme et qualité du travail sont ainsi en tension à l’hôpital.


par Samia Benallah, maître de conférences en économie, université de Reims Champagne-Ardenne, laboratoire REGARDS EA 6292
L’hôpital a connu, ces dernières décennies, de nombreuses réformes qui ont profondément bouleversé sa place dans le système de santé, son mode de financement ou encore son organisation interne. Les défis à relever pour le secteur hospitalier demeurent significatifs, et les contraintes économiques et financières qui pèsent sur l’hôpital sont loin de se desserrer. Vieillissement de la population, important développement des maladies chroniques, coût croissant des traitements et techniques de soins : les sources de croissance des dépenses de santé sont nombreuses. Cependant, outre la logique financière, qui a conduit à d’amples réorganisations du travail hospitalier, les pouvoirs publics ont également investi le champ de la qualité des soins et celui de la qualité de vie au travail.

Des conditions de travail sous surveillance publique

Parmi les défis à relever par l’hôpital, l’amélioration des conditions dans lesquelles les professionnels du secteur, en particulier les soignants, exercent leur travail est un enjeu majeur. Comme le considèrent certains chercheurs (Lamy S., Gaudemaris (de) R., Sobaszek A., Caroly S., Descatha A., Lang T., « Améliorer les conditions de travail à l’hôpital : ORSOSA, de la démarche de recherche à l’action de prévention », Santé publique, vol. 25, no 4, 2013, p. 389-397), la nécessité de cette amélioration relèverait même d’un enjeu de santé publique, pour au moins trois raisons. La première a trait à la préservation de la santé des travailleurs de l’hôpital dans un environnement de travail particulièrement pathogène, caractérisé par des contraintes fortes qui pèsent sur les organismes : travail de nuit, forte demande psychologique, travail intense et physiquement exigeant…
La deuxième concerne le risque de pénurie de main-d’oeuvre dans le secteur hospitalier qui résulte directement des conditions dégradées d’exercice du travail se traduisant par une forte insatisfaction. Celle-ci débouche sur un manque d’attractivité des emplois, des démissions et des départs prématurés en retraite, un niveau important de turn-over et d’absences pour raisons de santé, qui font peser la menace d’un manque durable de personnels et provoquent des désorganisations importantes au sein des hôpitaux (Estryn-Béhar M., Santé et satisfaction des soignants au travail en France et en Europe, Rennes, Presses de l’EHESP, 2008). La troisième considération découle directement des deux précédentes : le maintien de la qualité des soins dans un environnement de travail de plus en plus difficile et dans un contexte de manque d’effectifs devient problématique.
Dès le début des années 2000, la puissance publique s’est emparée du problème des conditions de travail à l’hôpital, notamment à travers la mise en place de dispositifs d’enquêtes nationales et européennes permettant de mieux connaître les contraintes qui pèsent sur les personnels du secteur. Ils ont permis de disposer d’informations fines concernant les conditions de travail et leur évolution mais aussi, plus généralement, l’organisation du travail au sein de ce secteur. Les initiatives de la puissance publique visant à l’amélioration des conditions de travail se sont également multipliées depuis le début des années 2010, en particulier autour des thèmes du dialogue social ou encore de la qualité de vie au travail. Le rapport commandé en 2013 par le ministère des Affaires sociales et de la Santé en est l’illustration (Couty E. et Scotton C., Le pacte de confiance pour l’hôpital : synthèse des travaux, Paris, La Documentation française, 2013).

Des contraintes de travail pathogènes, inhérentes aux missions de soin

L’étude des conditions de travail à partir de ces dispositifs d’enquête a permis de mettre en évidence leur caractère particulièrement pathogène. Les personnels sont en effet, dans leur grande majorité, confrontés à trois types de contraintes dont les effets délétères sur la santé sont démontrés par les études épidémiologiques : les horaires décalés et le travail posté, les efforts physiques importants et l’exposition à un environnement de travail malsain (pour une présentation détaillée des effets sur la santé et l’espérance de vie de ces trois types de condition de travail, on peut se référer à Lasfargues G., Départs en retraite et travaux pénibles, l’usage des connaissances scientifiques sur le travail et ses risques à long terme pour la santé, Centre d’études de l’emploi, 2005).

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Source : Vie-publique.fr
Article intégral en ligne : https://www.vie-publique.fr

jeudi 14 mars 2019

L’inégalité, ce fléau qui rend chacun de nous malheureux

Anxiété, obésité, toxicomanie, violence... Les signes de mal-être dans les sociétés « riches » sont légion. Dans « Pour vivre heureux, vivons égaux ! », les épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett montrent que les inégalités sociales ont un impact délétère sur chaque individu. Entretien.

« Je ne sais pas comment je n’ai pas réalisé avant que tous les problèmes que je voyais étaient aggravés dans une société inégalitaire. » Pendant des années, Richard Wilkinson a compilé des données, dans son laboratoire. Et un jour, au milieu des années 1980, il a identifié le mal : les inégalités de revenus. Parce qu’elles entraînent des rapports plus violents entre les individus. Dans son premier best-seller, écrit avec Kate Pickett, « Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous », il décortiquait la manière dont les sociétés inégalitaires aggravent une grande partie des maux sanitaires et sociaux : violence, addictions, consumérisme… Dans ce deuxième opus, les deux chercheurs s’intéressent à l’individu.

Dans ce livre, vous changez de focale : de la société vers l’individu. Comment l’inégalité change-t-elle les rapports entre les individus, et produit de l’anxiété sociale ?

L’inégalité renforce l’importance donnée à la position sociale et aux classes sociales. Plus une société est hiérarchisée, plus l’idée que nous sommes classés en fonction de notre mérite intrinsèque est profondément ancrée, et plus chacun en vient à douter de sa valeur. Cela exacerbe la menace d’évaluation sociale et l’angoisse du statut. La timidité, la phobie sociale ou le doute sont beaucoup plus fréquents dans les sociétés inégalitaires.
Par exemple, aux États-Unis ou en Angleterre, on assiste à « une épidémie d’anxiété sociale ». Elle a des répercussions sur la santé. Entretenir des relations agréables et participer à des activités collectives sont aussi déterminants sur la santé que le fait de ne pas fumer. Des études expérimentales le montrent : des volontaires ont accepté de se voir infliger une blessure sur le bras. La lésion guérit moins rapidement chez ceux qui ont moins d’amis. On a aussi inoculé le virus du rhume par des gouttes nasales à d’autres volontaires. Ceux qui déclaraient avoir moins d’amis avaient quatre fois plus de chances de développer un rhume…

Vous dites qu’il y a un lien entre inégalités et de moindres relations amicales… En quoi ?

Dans les sociétés où règnent de très grands écarts de revenus, la vie locale est indigente. À l’inverse, les sociétés avec de faibles écarts sont beaucoup plus soudées. Leurs habitants ont plus de chance d’être impliqués dans des groupes de quartier ou des associations.

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Source : L'Humanité, 07/03/2019.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr