lundi 22 avril 2019

Contraception: les femmes doivent avoir le choix

Mieux informées mais aussi plus inquiètes, les patientes demandent une contraception efficace, mais peu risquée et confortable.


«Faire participer la femme à son choix contraceptif est aujourd’hui indispensable», insiste le Pr Blandine Courbière, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital de la Conception, à Marseille. «Nous pouvons désormais proposer beaucoup de solutions différentes adaptées à chaque femme.»
S’il y a finalement peu d’innovations dans le domaine de la contraception, la révélation en 2013 des risques cardio-vasculaires associés aux pilules de 3e et 4e générations a quand même largement changé la donne. «C’était un électrochoc nécessaire, qui a permis de rappeler à tout le monde que la pilule est un médicament, avec des effets indésirables et des contre-indications», rappelle le Pr Courbière. Les femmes, désormais mieux informées mais aussi plus inquiètes, demandent une contraception efficace mais peu risquée et confortable. Les médecins ont dû revoir leurs techniques de prescription pour prendre le temps d’expliquer à chaque patiente les risques et les avantages de chaque solution contraceptive.

La contraception reste en effet majoritairement une affaire de femmes puisque, même en couple, cette responsabilité leur incombe dans plus de 75 % des cas. En France, elles choisissent en premier lieu la pilule (pour 78 % d’entre elles avant 30 ans, 50 % tous âges confondus). Après 25 ans, les femmes choisissent plus facilement le stérilet (avec ou sans hormones) qui concerne ainsi 25 % des patientes. Aussi efficace en théorie que la pilule (moins d’une grossesse par an pour 100 femmes), il garde cette efficacité en pratique car il agit en permanence, sans risque d’oubli, tandis que la pilule conduit en réalité à 8 grossesses par an pour 100 femmes. Le préservatif, utilisé par 20 % des femmes, est difficile à utiliser et conduit à 15 grossesses par an pour 100 femmes ; il est donc doublé par une autre méthode contraceptive chez les plus jeunes. L’éventail de solutions disponibles permet désormais de choisir la contraception la plus fiable pour chacune: comme le stérilet, un anneau, un implant ou un patch hormonal permettent de ne pas avoir à y penser tous les jours.

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Article intégral en ligne : http://sante.lefigaro.fr

Source : Le Figaro, 08/04/2019.

samedi 20 avril 2019

Solidarité. Cantine à 1 euro, des miettes pour les enfants pauvres ?

Fin avril, le gouvernement va expérimenter la cantine à 1 euro et les petits déjeuners gratuits pour les enfants de familles pauvres, avant de les généraliser en septembre. Le diagnostic est juste, mais la mesure passera sans doute à côté. Un cas d’école avec ce gouvernement.


Après Jupiter, Emmanuel Macron se prend pour Pierre Mendès France. En 1954, le président du Conseil d’alors organise la distribution gratuite d’un bol de lait sucré à tous les écoliers de France. Cinq ans après la disparition des tickets de rationnement, les enfants sont encore dénutris et leurs parents ont tendance à croire que le pinard ou la bière, ça rend fort et vigoureux… Soixante-cinq ans plus tard, Emmanuel Macron lui aussi veut laisser une trace : un petit déjeuner gratuit et une cantine à 1 euro pour les familles les plus pauvres.

Le président avait promis un accès à la cantine « plus universel », en septembre, en présentant son plan de prévention et de lutte contre la pauvreté… Sa secrétaire d’État Christelle Dubos l’a – un peu – précisé dans « le Journal du dimanche ». L’expérimentation commencera « fin avril » pour la cantine à 1 euro. « Cela concernera jusqu’à 10 000 communes. » « L’objectif est de garantir aux familles en difficulté des repas équilibrés pour leurs enfants en milieu scolaire », explique le gouvernement. Pour les petits déjeuners gratuits, le top départ est donné le 17 avril dans huit académies, puis généralisé en septembre. « Une mesure de bon sens qui s’attaque aux racines des inégalités. Dans les zones défavorisées, un enfant sur dix arrive en classe le ventre vide, il n’a donc pas les mêmes chances d’apprentissage qu’un camarade qui a le ventre plein », a expliqué la secrétaire d’État.

jeudi 18 avril 2019

Inégalités. Les pauvres, otages du sous-emploi

Rendu public hier, le rapport de l’Insee sur « La France dans l’Union européenne » affine ses données sur la pauvreté, avec les notions de privation et de sous-emploi.


Après plus d’un an de travail, l’Insee a dévoilé hier les principaux indicateurs économiques et sociaux de la France au sein de l’Union européenne. Avec un focus spécifique sur les profils de la pauvreté. En pleine crise des gilets jaunes, de nouveaux critères permettent d’affiner le regard sur les différentes formes et ressentis de pauvreté en France et dans les autres pays de l’Union européenne. « Nous avons analysé la pauvreté monétaire et la privation matérielle et sociale, qui sont deux approches différentes de la pauvreté, explique Julien Blasco, économiste et spécialiste des inégalités. La première se fonde sur le revenu des ménages, la seconde sur les conditions de vie. » Ce nouvel indicateur de privation matérielle et sociale, établi en 2017, dresse une série de treize éléments de la vie courante considérés comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable (ne pas avoir d’impayés, pouvoir se payer une semaine de vacances, une voiture, changer les meubles hors d’usage ou se payer des vêtements neufs…).

En France, 5,5 % de la population cumule pauvreté monétaire et privation matérielle et sociale. Hamilton/REA

En France, 5,5 % de la population cumule pauvreté monétaire et privation matérielle et sociale, contre 50 % des populations bulgare et roumaine, touchées par au moins une forme de pauvreté. Par conséquent, la France a le sixième taux le plus bas de pauvreté monétaire de l’Union européenne (13,6 %) et un taux de privation matérielle et sociale médian (12,7 %).
En revanche, avec 9,4 % de sa population sans emploi en 2017, elle se situe parmi les six pays les plus touchés par le chômage, après la Grèce, l’Espagne, la Croatie, l’Italie et Chypre. Côté ressenti, l’insatisfaction y atteint 19 %, soit un taux proche de celui du Royaume-Uni et de l’Allemagne, et supérieur à celui des autres pays de l’Europe du Nord et de l’Ouest. « Ce taux élevé peut être corrélé aux 12,7 % de Français touchés par la privation matérielle et sociale », analyse Julien Blasco. En Europe, la Bulgarie et la Roumanie atteignent le taux le plus élevé de privation matérielle et sociale avec 47 %.

Les ravages de l’emploi subi, à l’échelle européen

Qu’en est-il des personnes pauvres en France ? 90 % de celles vivant en situation de privation matérielle et sociale sont des familles monoparentales au chômage. Ces données se reflètent au niveau européen : ces familles sont trois fois plus touchées que les couples sans enfants par la pauvreté et les chômeurs sont quatre fois plus touchés que les personnes en emploi par la pauvreté. Enfin, le rapport met en lumière une catégorie dites « main-d’œuvre sous-utilisée ». Ce sont les personnes sans emploi qui souhaiteraient travailler davantage, c’est-à-dire soit trouver un emploi, soit sortir du temps partiel subi. Elles sont 17,7 % (3 millions) en France, qui fait ainsi partie des sept pays les plus affectés par le phénomène. A contrario, la République tchèque est le pays qui affiche le taux le plus faible (4,2 %). Sans surprise, les difficultés d’accès à un emploi pérenne sont plus fréquentes chez les femmes. Leur part en recherche d’emploi stable était, en 2017, de 4,6 points supérieure à celle des hommes pour l’ensemble des pays de l’UE. La France est l’un de ceux où cet écart est le plus élevé (5,5 points). Et le rapport constate que « quel que soit le niveau de diplôme, là encore, les femmes sont plus souvent affectées par la sous-utilisation de la main-d’œuvre ».

Source : L'Humanité.fr, 17/04/2019.

dimanche 14 avril 2019

Vaccination. Dur d’en finir avec la rougeole

Jusqu’au début des années 1980, le nombre des cas de rougeole, en France, se comptait par centaine de milliers… Trois ans après l’introduction du vaccin, en 1983, c’est encore 330 000 cas annuels qui sont enregistrés. Le point sur les grandes étapes de l’histoire de la rougeole en France.


En 2005, la France est entrée dans le « plan d’élimination de la rougeole et de la rubéole congénitale 2005-2010 », de l’OMS Europe. Elle inscrit dès lors la rougeole sur la liste des maladies à déclaration obligatoire et vise l’éradication de cette maladie infantile grâce à la vaccination.

La logique de ce signalement par la déclaration obligatoire aux autorités de santé (agence régionale de santé) doit permettre de déceler rapidement les cas groupés ou d’identifier une chaîne de transmission et de mettre ainsi en œuvre des mesures préventives – recherche d’autres cas, vaccination des sujets réceptifs dans l’entourage.

Photo Alix Guigon / AFP.

Avant ce dispositif, la rougeole faisait l’objet d’une surveillance permanente par le réseau Sentinelles (Inserm), qui permettait de suivre l’évolution des épidémies. Quand le vaccin antirougeoleux est introduit, en 1983, dans le calendrier vaccinal recommandé, les épidémies de rougeole n’usurpaient pas leur titre d’épidémie : les 500 000 cas annuels étaient souvent atteints et trois ans après l’introduction du vaccin antirougeoleux, en 1986, on compte encore 331 000 cas. De plus, la maladie n’étant « que » surveillée et pas encore « à déclaration obligatoire », le nombre de cas réels pouvait être bien plus important ! Mais l’obligation de déclarer ne résoud pas tout : la sous-déclaration ne peut être exclue, comme l’explique Santé publique France, notamment en période estivale, la France étant coutumière du fait.

vendredi 12 avril 2019

Cannabis : quand le deal est légal



Plusieurs pays optent pour la légalisation du cannabis. Cette forme de régulation tient-elle ses promesses ? Une enquête ambitieuse sur les expérimentations menées à travers le monde et les enjeux d'un marché en plein essor.

Après plus de cinquante ans de politique répressive dictée par les traités internationaux, sans guère d’effets sur la production et la consommation, nombre de pays sont de plus en plus nombreux à dépénaliser la marijuana. Si une quarantaine d’États autorisent l’usage du cannabidiol (CBD), la molécule à usage thérapeutique de la plante, d’autres vont plus loin en légalisant la consommation récréative du cannabis. En intervenant directement sur le marché de la drogue, ils espèrent priver les cartels de l'une de leurs sources de revenus. Pour endiguer une criminalité galopante liée au trafic, l’Uruguay a été le premier pays en 2013 à autoriser la production et la consommation du cannabis. Après une longue bataille entre partisans et pourfendeurs de la légalisation, dix États américains, puis le Canada, ont suivi cet exemple. En Amérique du Nord, le cannabis est devenu un business comme les autres, avec ses cultivateurs, ses gestionnaires, ses cabinets d’avocats et ses lobbyistes. Mais face à la reprise en main du secteur, les mafias ne restent pas inactives. Si la marijuana légale rapporte chaque année près de 250 millions de dollars de taxes au Colorado, la filière illicite n’a pas disparu pour autant. Dans le Michigan, des dealers se réorganisent pour vendre de l’héroïne ou de la cocaïne. En Uruguay, le marché noir reste attractif en raison d’une offre légale insuffisante.





Juteux business

 
Au terme d’une investigation mondiale, les réalisateurs dressent un vaste panorama des différents modèles d’expérimentation de la légalisation du cannabis. Chiffres, témoignages des acteurs du secteur ou avis d'experts à l’appui, ce film révèle aussi comment la légalisation de la marijuana a fait émerger un juteux business aux mains de quelques grands groupes. De la ferme clandestine d’un cartel au Mexique, aux serres ultramodernes d’une exploitation géante au Canada, en passant par l'une des rares plantations légales de cannabis médical en Suisse, un éclairage rigoureux sur les enjeux politiques et économiques colossaux des deux filières de la drogue qui coexistent aujourd’hui.