mardi 2 septembre 2014

La fin du papier ? Pas celle de l'information !

 les résultats d’une enquête menée par la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) sont alarmants pour la presse écrite (-5,3 % de recettes en 2013, sixième année de baisse consécutive) et peu enthousiastes en ce qui concerne la presse internet (qui n’a représentée que 5,2 % du chiffre d’affaires des 300 plus grands acteurs de la presse en France cette même année), Arte diffuse ce soir le documentaire « Presse : vers un monde sans papier », qui passe en revue les mutations possibles de la presse dans un avenir proche. Surprise, elles sont nombreuses. 
  
Oui, la presse papier est mal en point. Mais l’information, elle, n’a jamais été autant au centre de nos existences. Il y a donc toujours de la place pour des « professionnels de l’information », un terme qui englobe à fois les journalistes, les présentateurs de journaux télévisés et les éditorialistes, mais aussi des professions plus récentes comme le community management, le data-journalisme et le développement d’applications dédiées à la transmission et à la « curation » (comprendre : la sélection) d’informations. 
  
Le reportage nous entraîne de Paris à New York en passant par l'Allemagne et l’Inde, un des rares pays où la vente de journaux papiers progresse encore. A travers ces visites de rédactions diverses, un modèle commun semble émerger, celui de la « marque ». C'est à dire que la marque, The New-York Times ou Le Monde importe plus que le support via lequel elle est consultée. En fait, la complémentarité des supports (print, internet, smartphone) permet d’aborder l’information avec des temporalités différentes. Ne pas s’accrocher à un support en particulier est une nécessité pour toute entreprise de presse qui souhaite survivre dans un monde où l'on développe des applications pour téléphones portables aujourd’hui et où il faudra aussi, demain, en créer pour diffuser son contenu sur lunettes, miroirs, etc. 
  
Les pistes les plus folles sont envisagées : et si un jeu vidéo était le meilleur moyen d’informer sur le conflit israélo-palestinien ? Et si le journaliste de demain était un cyborg, un homme augmenté qui aurait pris le meilleur des deux mondes, celui des humains et celui des machines, pour extraire du flux ininterrompu les informations qui méritent d’être partagées par le plus grand nombre ? Et si les robots étaient les futurs meilleurs amis des journalistes, les soulageant des tâches les plus mécaniques pour leur permettre de se concentrer à plein temps sur l’investigation, la narration et les traits d’esprit ? 
  
Le constat est certes parfois un peu technobéat, mais au moins est-il optimiste et offre-t-il des pistes de réflexion et d'action. Nous sommes tous embarqués dans une révolution dont il est encore bien difficile d’imaginer tous les impacts sur nos vies. La crise force à chercher des solutions créatives et les titres de presse qui osent sortir des sentiers battus, ou plutôt des chemins de fer, semblent s’en tirer honorablement, à défaut de renouer avec un âge d’or qui semble, lui, bel et bien révolu. Alors que le New York Times n’a pas peur de flirter avec la science-fiction, l’Inde voit des titres de presse naître grâce aux réseaux sociaux. Comme quoi la technologie n'est pas toujours un macabre fossoyeur… 

« Presse : vers un monde sans papier », mardi 26 août à 22h05 sur Arte
Mardi 26 Août 2014 à 18:40 Marianne

Sommet mondial des femmes : la parité contribue à la croissance économique

Le sommet mondial des femmes ( Global Summit of Women) se tient à Paris du 5 au 7 juin 2014, pour sa 24ème édition. Fondé par l’Américaine Irène Natividad, c’est l’occasion de « réfléchir aux moyens de donner davantage accès aux femmes à des fonctions dirigeantes », et réduire les inégalités hommes/femmes dans le milieu professionnel. L’occasion de revenir sur des écarts qui persistent.

Car si l’on fait le compte, même si la société évolue, la parité des sexes pourrait gagner à être plus respectée. Et la croissance économique en bénéficierait. C’est ce que rappelle la ministre des Droits des Femmes, Najat Vallaud-Belkacem : « la convergence des taux d’activité des hommes et des femmes contribuerait à accroître de 10% l’économie de la France d’ici à 2030 ».

En 2013, dans l’Union Européenne, elles sont 40,8% à avoir un niveau de scolarité supérieur, face à 32,4% des hommes. En France, ces chiffres sont à la hausse : « 48,6% des femmes et 38,2% des hommes ont un niveau de scolarité supérieur », selon ....


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lundi 1 septembre 2014

Quatre régions testent la vente de médicaments à l’unité

Quatre régions ont lancé un appel aux pharmaciens pour expérimenter la vente à l'unité de certains antibiotiques avec pour objectif d'obtenir des économies pour la Sécurité sociale et lutter contre la mauvaise utilisation des médicaments.
Les agences régionales de santé (ARS) d’Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Lorraine et Limousin ont été désignées par le ministère des Affaires sociales pour recruter des volontaires. Les candidats ont jusqu’au 8 septembre pour se manifester, indiquent trois d’entre elles sur leur site internet, le délai étant fixé au 31 août pour la région Paca. L’idée avait été lancée en septembre 2013 par la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine, lors de la présentation du budget de la Sécurité sociale.
« Il y a un certain nombre de pays où l’on vous donne exactement le nombre de pilules ou de cachets dont vous avez besoin », avait-elle souligné, assurant que cette pratique permettait d’éviter « qu’on se retrouve avec des armoires à pharmacie pleines de médicaments qu’on ne consomme pas » ou « mal ». Selon elle, chaque Français conserve en moyenne 1,5 kilo de médicaments chez lui.
La mesure est plutôt bien accueillie par l’opinion : 83 % des Français estiment qu’elle peut réduire le gâchis. Toutefois, certains syndicats de pharmaciens se montrent plus réservés, à l’heure où la grogne monte contre le gouvernement qui prévoit de libéraliser leur profession.
Pour ce premier test, un objectif national de 100 pharmacies a été fixé : 25 sont appelées à être « témoins », c’est-à-dire qu’elles continueront à délivrer des boîtes, et 75 dites « expérimentatrices » vendront seulement le nombre de pilules nécessaires à la durée exacte du traitement.
Jusqu’à 1.500 euros par an
Les patients devront également donner leur accord en remplissant un formulaire. Une rémunération spécifique sera versée aux officines participantes : jusqu’à 1.500 euros par an pour les « expérimentatrices » et jusqu’à 300 euros pour les « témoins ». L’ARS Ile-de-France a indiqué avoir déjà reçu « quelques réponses » de pharmaciens, sans être en mesure d’avancer un chiffre. L’expérimentation sera ensuite évaluée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), avant une possible généralisation.
« A terme, il s’agit de lutter contre la surconsommation ou la mauvaise consommation des médicaments. Si ça marche, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas élargi, mais l’expérimentation vise à vérifier la faisabilité et les impacts », souligne la Direction générale de la santé (DGS).
Philippe Besset, vice-président de la fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF, majoritaire), favorable à la mesure, fait valoir que la vente à l’unité existe déjà en France pour la morphine ou pour les traitements destinés aux enfants hyperactifs. « C’est un enjeu de santé publique car il s’agit de voir si cette pratique permet de lutter contre la résistance (de certains patients) aux antibiotiques », souvent liée à un mauvais usage du médicament, relève-t-il.
Entre réserve et opposition
Toutefois, son syndicat est « défavorable à une extension à tous les médicaments parce que ça va coûter plus cher » et que les erreurs seront plus difficiles à tracer. En revanche, « pourquoi ne pas l’étendre à certains patients comme les personnes âgées parfois désorientées ? », interroge-t-il.
Gilles Bonnefond, secrétaire général de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), est lui hostile à cette expérimentation qui « ne servira à rien ». La quantité des médicaments dans une boîte est « parfaitement adaptée à la durée des traitements » préconisée par les autorités sanitaires mais selon lui, certains médecins prescrivent parfois des jours en plus ou en moins.
De plus, « on sait très bien que quand il reste des médicaments dans une armoire, c’est parce que le patient a arrêté son traitement trop tôt ». « Si nous voulons lutter efficacement contre les résistances aux antibiotiques, il faut renforcer la coopération pharmaciens-médecins et communiquer auprès des patients ».

Quant à la rémunération prévue, elle est « symbolique au regard du travail que cela va représenter : découper des boîtes, retranscrire les notices, les indications sur les boîtes, en plus de la posologie, ce n’est pas notre boulot. Et c’est une façon assez décevante de concevoir notre métier de pharmacien », déplore-t-il.

Vacances sans mails ?

Jusqu'à présent le dilemme était simple. A la question de savoir s'il était préférable ou non de lire ses mails professionnels pendant les vacances, il n'y avait que deux réponses possibles. Soit oui, accepter de les lire, et ne pas décrocher vraiment du boulot. Les tracas ne vous quittent pas. La famille et les amis s'en irritent.
Soit refuser obstinément d'y jeter le moindre coup d'œil et risquer alors d'être confronté à des ennuis bien plus conséquents. Comme de devoir traiter des centaines de mails à son retour, tâche des plus fastidieuses qui alourdit significativement le travail des premiers jours. Ou, pis, ne pas être averti à temps d'un problème imminent, découvrir le pot aux roses le jour de la rentrée et avoir alors à affronter une situation encore plus dégradée.
Automatiquement détruit
Le groupe allemand Daimler, fabricant des fameuses Mercedes, et dont le sérieux et la productivité ne peuvent être mis en cause, propose une troisième voie. Merci à ma consœur Sylvie K. de me l'avoir signalé. Bien qu'à l'affût du moindre spot Wi-Fi durant l'été pour me connecter à l'étranger, la nouvelle m'avait échappé.
Le constructeur automobile a mis à disposition de ses 100 000 salariés allemands un logiciel qui non seulement informe l'expéditeur que le destinataire est absent du bureau – et qu'à défaut il peut contacter telle autre personne –, mais aussi que le mail ne parviendra jamais à destination, car il est automatiquement détruit.
Pas de boîte aux lettres encombrée donc. A l'expéditeur de prendre les mesures pour alerter à nouveau son correspondant à son retour de vacances, si cela s'avère vraiment nécessaire et si aucune autre solution n'a pu être trouvée. Daimler avait testé le système en 2013 auprès d'une fraction de ses salariés, et a décidé de le généraliser en 2014, vu le succès rencontré. Ce service, baptisé " Mail en vacances " est optionnel, mais 99 % des salariés l'ont adopté, a déclaré Oliver Wihofszki, un porte-parole de la société à la BBC.
Un programme de recherche sur la santé des salariés mené par Daimler en collaboration avec le département de psychologie industrielle et organisationnelle de l'université d'Heidelberg (Bade-Wurtemberg) serait à l'origine de cette décision.
Alors que certains employés de la Silicon Valley californienne s'offrent des stages de désintoxication digitale, Daimler a estimé qu'il vaut mieux prévenir que guérir. Prêt à suivre l'exemple ?
par Annie Kahn

kahn@lemonde.fr

© Le Monde

Retrouver les ressorts de la motivation

Des manageurs ont élaboré de nouvelles façons de diriger pour stimuler les salariés





La rentrée va être difficile. Le climat social au sein des entreprises est dégradé : plus de deux salariés sur trois rêvent de changer d'employeur, selon le baromètre trimestriel édité par Viadeo en juillet. Sur fond de crise, la note de conjoncture annuelle de l'association Entreprise & Personnel relève une multiplication des formes de protestation passive telles que l'augmentation de l'absentéisme et la baisse de zèle, consécutives à la montée de la pression sur les salariés. Comment manager dans ces conditions ?
La crise, Nicolas Doucerain, président de l'association Entreprendre pour la France, l'a vécue aux premières loges dès 2009. A l'époque, l'homme dirigeait Solic, un cabinet de conseil en ressources humaines employant une centaine de salariés. Alors que sa société est au plus mal, le dirigeant doit se séparer de la majorité de ses collaborateurs :" Un véritable tsunami, se remémore-t-il. Les équipes étaient complètement chamboulées. "
Le chef d'entreprise a raconté son expérience dans l'ouvrage Ma petite entreprise a connu la crise (François Bourin Editeur, 2011). Malgré ce contexte difficile, les salariés se mobilisent et la société finit par redresser la barre : " Tous avaient pris conscience de la situation, souligne Nicolas Doucerain. Pour remporter un gros appel d'offres, les salariés n'ont pas hésité à travailler le week-end et on a fini par décrocher le contrat. "
Pas évident de maintenir ses collaborateurs motivés pour passer un cap difficile. Afin de tenir cette gageure, Nicolas Doucerain a décidé de montrer la voie. " J'ai baissé ma rémunération et demandé à mes associés de faire de même, dit-il. Le manageur doit être exemplaire, sinon il n'a aucune chance de mobiliser ses collaborateurs. "
Autre arme de guerre, la communication. Pour éviter les rumeurs, le dirigeant décide de faire des points hebdomadaires avec son équipe. " J'insistais sur les points forts et je fixais des objectifs relativement atteignables pour permettre aux salariés de se projeter ", indique-t-il. Le chef d'entreprise veille également à occuper les esprits : " Comme mes collaborateurs manquaient d'activité, je leur ai demandé d'imaginer de nouvelles façons de faire leur métier, se souvient-il. On a retenu trois ou quatre projets qui ont connu quelques succès. "
D'autres dirigeants n'hésitent pas à sortir des sentiers battus pour désamorcer les situations de crise. En 2003, bis repetita, une TPE spécialisée dans la vente de matériel informatique connaît une montée des tensions entre ses collaborateurs. " Pour résoudre les incompréhensions, chaque salarié est allé travailler une demi-journée dans les autres services, raconte Anne Hontang, l'assistante de direction de la société.Cela leur a permis de prendre conscience de l'importance des étapes à suivre. "
De l'administration à la logistique, tous les services sont concernés par cet échange de postes. " Un préparateur de commandes venu au service commercial a ainsi réalisé qu'un appareil mal emballé, c'était un client non satisfait et une source de tension pour le commercial ", relève Mme Hontang. A la suite du succès de l'opération, la société a décidé de l'étendre à l'ensemble des nouveaux embauchés. " Après quelques jours passés dans l'entreprise, les arrivants tournent sur tous les postes, explique-t-elle. Cela leur permet de savoir ce que font leurs collègues et, à terme, favorise une meilleure communication entre les services. "
Lorsque le navire tangue, c'est aussi l'occasion d'inventer de nouvelles façons de diriger. C'est ainsi que Bretagne Ateliers, une entreprise de sous-traitance industrielle, a profité d'une période difficile pour remettre à plat son système de management. " En 1995, on a été touché par la crise du secteur automobile, se souvient Daniel Lafranche, son directeur général. On s'est alors intéressé aux méthodes de travail utilisées au Japon, qui misent sur le long terme et l'implication des salariés. "
" Pas de tabou "
Partant de cette idée, l'entreprise a mis en place un système de management participatif fondé sur le principe de la pyramide inversée : " Ce sont les opérateurs qui détectent les problèmes et les résolvent sans intervention de la hiérarchie, indique M. Lafranche. Il y a quelque temps, par exemple, des salariés qui ressentaient des brûlures sur leur poste de travail l'ont eux-mêmes fait évoluer pour éviter les endroits de chauffe. "
Toute l'entreprise est concernée, y compris le sommet de la hiérarchie : " Des salariés sont invités à présenter leurs projets au comité exécutif, indique M. Lafranche. Il n'y a pas de tabou, tout peut être mis sur la table. " De l'avis du dirigeant, cette initiative a sauvé l'entreprise. " Cette démarche a responsabilisé les gens et favorisé la capacité d'initiative. Ce qui fait qu'un client est satisfait, ce sont d'abord les salariés. " Une vérité parfois oubliée.
Catherine Quignon
© Le Monde 2/09/2014

POLITIQUES PUBLIQUES | CHRONIQUE Les 35 heures, une passion française

Et voici donc rouvert le débat sur les 35 heures… Que pourrait-on attendre d'un énième assouplissement ? Pas grand-chose. Peu de dirigeants d'entreprise ont envie de se lancer dans la galère d'ouvrir un tel front, surtout avec des carnets de commandes vides. Les exonérations Sarkozy sur les heures supplémentaires avaient bien rencontré un certain succès, mais au même moment la tendance était plutôt à la baisse du temps de travail en Europe, jouant un rôle – certes mineur – de modération du chômage.
Une fois évacuées les comparaisons fallacieuses, les Français travaillent banalement autant, en moyenne, que les Britanniques ou les Allemands. En revanche, l'organisation sociale du temps – temps partiel des femmes, temps scolaire et professionnel des jeunes, synchronisation des moments sociaux comme… le déjeuner – diffère d'un pays à l'autre ; son impact économique est difficile à cerner. De toute manière, il n'y a aucune corrélation entre la compétitivité ou le dynamisme d'une économie et la durée individuelle du travail. Il en est de même pour le travail le dimanche : il est rare outre-Rhin, répandu outre-Manche.
Alors, pourquoi de tels débats en France ?
Remontons le temps. L'approche du premier conflit mondial avait créé une coalition favorable au dimanche chômé : jour du Seigneur pour l'Eglise, de repos pour les syndicats… et les militaires, inquiets de voir se dégrader la santé de la jeunesse laborieuse destinée à nourrir les bataillons de la revanche. Puis, à la sortie de la guerre, la journée de 8 heures s'est imposée sans vraie difficulté. Les 40 heures du Front populaire sont un tournant. L'ensemble des arguments avancés aujourd'hui – pour et contre la réduction du temps de travail (RTT) – sont déjà en place. Les discussions à gauche fleurissent : la RTT, pour les ingénieurs des mines et des manufactures, limiterait la production. C'est Paul Reynaud, à droite, qui en fait un marqueur idéologique, à l'approche du second conflit mondial : la France ne peut se permettre les 40 heures " dans l'Europe d'aujourd'hui ". Argument repris par l'accusation vichyste au procès de Riom contre Léon Blum. Pendant les " trente glorieuses ", les 40 heures n'empêchent pourtant pas un recours massif aux heures supplémentaires.
La droite aussi…
La crise change la donne. C'est paradoxalement la droite – Chirac puis Barre – qui presse les partenaires sociaux de négocier une baisse des durées maximales de travail, avec succès. Le temps partiel pour les femmes est un des points du programme de Giscard en 1981. François Mitterrand, lui, promet les 35 heures : 1 heure de baisse par année de législature. Mais les socialistes se déchirent sur l'opportunité d'une RTT dont les effets sur l'emploi sont incertains. La promesse est enterrée au bout d'un an.
C'est encore la droite qui relance la RTT avec la loi Robien, et se piège elle-même : impossible dès lors de contrer la proposition Jospin des 35 heures en 1997. Mais à peine la loi Aubry 1 est-elle votée en 1998 que des voix à gauche s'élèvent : on va vers le plein-emploi (sic), il faut éviter des tensions sur le marché du travail ! Résultat, la loi Aubry 2 assouplit le calcul de la durée du travail, ce qui permet à nombre de branches de réduire de l'ordre de 2 heures et non de 4 heures la durée réelle du travail, et crée les cadres " au forfait jour ". La droite, de son côté, renoue alors avec un argumentaire à la Paul Reynaud. La suite est connue.
Peut-être est-il temps de revenir à une idée simple : la durée du travail et son organisation sont une dimension essentielle des conditions de travail, de la santé et, in fine, de la performance des Français. Et non un marqueur idéologique.
par Philippe Askenazy
© Le Monde 2/09/2014

Des pharmaciens de quatre régions vont tester la vente d'antibiotiques à l'unité

L'objectif vise à réduire les dépenses de santé et à lutter contre le gaspillage des médicament

L'appel est lancé. Dans quatre régions (PACA, Ile-de-France, Lorraine et Limousin), les pharmaciens peuvent désormais déposer leur candidature auprès de leur agence régionale de santé (ARS) pour expérimenter la vente de médicaments à l'unité.
Le projet, annoncé par la ministre de la santé, Marisol Touraine, en septembre 2013, dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale, devrait permettre de réduire les dépenses de santé et de lutter contre le gaspillage des médicaments. L'expérimentation porte sur les antibiotiques. Quatre régions ont été sélectionnées. En PACA, les officines avaient jusqu'au dimanche 31 août pour se porter candidates. Les trois autres ont jusqu'au 8 septembre.
A Paris, la pharmacie Maison-Blanche (13e arrondissement) a d'ores et déjà déposé sa candidature. Pour Anne Aubijoux, pharmacienne associée de l'officine, " c'est une mission de santé publique. L'occasion d'agir face à des problèmes nouveaux qui se posent, tels la résistance aux antibiotiques, la pollution environnementale ou l'intoxication d'enfants à cause d'antibiotiques oubliés dans les placards ".
Les officines participantes seront chargées de veiller à l'acceptabilité par les patients de la délivrance des antibiotiques à l'unité, insiste l'ARS, et à la quantification d'une éventuelle diminution de la quantité d'antibiotiques stockée par les patients. Une mission d'écoute qui viendra compléter un aspect purement économique en évaluant le temps de travail supplémentaire et la modification des volumes d'antibiotiques délivrés.
Quelles économies d'échelle peut-on espérer avec ce dispositif ? " Il ne faut pas faire d'amalgame entre le problème économique et celui de santé publique ", souligne Anne Aubijoux. Pour elle, la priorité reste l'efficacité du système : " La délivrance à l'unité existe déjà pour les stupéfiants comme les dérivés de la morphine ", explique-t-elle. Sur chaque blister – l'opercule qui protège et ferme le médicament –, toutes les informations obligatoires sont mentionnées : date limite de consommation, numéro de lot, nom de la molécule et dosage. Une praticité actuellement absente des boîtes d'antibiotiques.
" L'ARS est restée floue sur les méthodes à employer pour distribuer les notices et le mode de conditionnement qui sera utilisé pour la vente à l'unité des antibiotiques ",regrette ainsi la pharmacienne. Mais cette difficulté ne semble pas la freiner : " Je ne suis ni pour ni contre ce projet ; je vois une action, un cadre, alors je fonce. " Une attitude qui n'est pas légion dans la profession.
Au total, le ministère de la santé espère rassembler une centaine d'officines. Lundi 1er septembre, au lendemain de la fin de l'appel à candidature en PACA, l'ARS se disait satisfaite, sans révéler de chiffres. Vendredi 29 août, celle d'Ile-de-France constatait de son côté que les candidats étaient " très peu nombreux ". Un succès mitigé, qui s'explique, selon Philippe Besset, vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), par " un ras-le-bol de la profession ". " Depuis huit ans, le contexte général est morose, confie-t-il. La profession fait face à des réformes permanentes, dans un contexte de baisse de prix. Alors les pharmaciens sont plutôt défavorables à l'expérimentation ".
Pour beaucoup, les manipulations supplémentaires nécessaires posent problème. Mélanie Goudard, 27 ans, pharmacienne salariée dans une officine du 6e arrondissement de Paris, en est certaine : " Cela va nous prendre un temps fou, car les conditionnements sont inadaptés. " Une contrainte de temps pourtant envisagée par la FSPF, consultée par le ministère de la santé : " Nous avons estimé un surcoût d'un euro par jour et par patient ", relativise Philippe Besset.
L'expérimentation, d'une durée de douze mois, prévoit " une rémunération spécifique ", explique l'ARS. Les pharmacies expérimentatrices bénéficieront de 1 500 euros par an en un seul versement ; 300 euros pour les pharmacies dites " témoins ", chargées de recenser le volume d'antibiotiques nécessaires en comparaison avec le nombre distribué avec des boîtes de médicaments.
Car l'objectif premier du dispositif est bel est bien de réduire le nombre de délivrances d'antibiotiques. L'Inserm sera chargé de dresser le bilan de l'expérimentation, pour en déterminer, ou non, la généralisation. En moyenne, chaque Français disposerait dans ses placards d'environ 1,5 kg de médicaments. Une situation jugée dangereuse par les professionnels de la santé, car propice à l'automédication, dans un contexte de résistance aux antibiotiques.
Céline Revel-Dumas
© Le Monde 2/09/2014

Rythmes scolaires et égalité filles-garçons, deux sujets à hauts risques pour la ministre

LA PREMIÈRE ÉPREUVE du feu pour la nouvelle ministre de l'éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, est le retour en classe, mardi 2 septembre, des 12 296 400 élèves des écoles, collèges et lycées. Elle n'aura eu qu'une semaine pour s'assurer que les 839 700 enseignants ont tous un poste. Mais sa crainte porte moins sur la réussite technique de la rentrée que sur deux sujets épineux : les rythmes scolaires et le programme de lutte contre les inégalités filles-garçons. Le premier dossier a coûté son poste à Vincent Peillon et le nom de la nouvelle ministre est déjà assimilé au second…

Sur les rythmes, des appels à la mobilisation, voire au boycottage de l'école, émanant de syndicats (non majoritaires), d'élus, de parents, circulent sur les réseaux sociaux sans qu'on puisse en mesurer l'ampleur. Les professeurs, eux, semblent sur la réserve. Du côté du SNUipp-FSU (majoritaire), on fait état de 74 % d'enseignants craignant que ce changement ait un impact négatif sur leur travail. Au SE-UNSA, on assure en revanche que " les collègues sont assez convaincus de l'intérêt de la réforme, en tout cas plus qu'il y a un an, et reconnaissent mieux avancer avec cinq matinées d'école plutôt que quatre ".
Face à ces signaux contradictoires, difficile d'imaginer que cette première semaine, qui va voir 5,7 millions d'écoliers goûter aux nouveaux rythmes, échappera aux critiques, voire aux couacs. En 2013 déjà, la communauté éducative s'était plainte d'ateliers annulés, de personnels absents, de locaux manquants… alors même que les 4 000 villes revenues à la semaine de quatre jours et demi étaient volontaires. En cette rentrée, qui voit 20 000 autres communes sauter le pas, beaucoup ont encore le sentiment d'appliquer la réforme à marche forcée.

Marge de manœuvre étroite

A cette contestation pourrait s'ajouter une autre, si l'on en croit la virulence des réactions à la nomination de Mme Vallaud-Belkacem, perçue par certains comme l'" égérie " d'une prétendue " théorie du genre ". Avant même son arrivée dans les classes, le " plan d'action " pour l'égalité filles-garçons, annoncé le 30 juin, est déjà dans la ligne de mire des lobbies traditionalistes. La non-généralisation des " ABCD de l'égalité " n'a pas calmé la contestation. La Manif pour tous, notamment, a appelé à la mobilisation le 5 octobre. Quant au mouvement de Farida Belghoul, à l'initiative de Journées de retrait de l'école, il reste pour l'heure discret, même s'il aurait l'intention de briguer des voix lors des élections de parents d'élèves, en octobre, sous l'appellation de Fédération autonome de parents engagés et courageux.
D'ici là, la Rue de Grenelle devrait avoir levé le flou qui entoure son plan d'action. Pour tenter d'éviter la polémique, le gouvernement prévoit de mettre l'accent sur la formation des enseignants et la relation aux familles. Mais la " malette pédagogique " promise aux enseignants pour la rentrée garde encore ses secrets…
La marge de manœuvre est étroite. Face aux " tradis ", les militants de l'égalité – associations féministes, de lutte contre l'homophobie, etc. – ne pardonneraient pas à la gauche de ne pas avancer. Déjà, leur désillusion s'était fait entendre après l'annonce de la non-généralisation des " ABCD de l'égalité ", expérimentés le temps d'un semestre.
Si la nouvelle ministre arrive à sortir de l'identification à ce dossier, elle pourra alors ouvrir plus sereinement les multiples autres chantiers qui l'attendent.
M. B. et M. Ba.
Le Monde 1/09/2014

Les chiffres de la rentrée scolaire 2014

Lundi 1er septembre, près de 840 000 enseignants ont retrouvé leur salle de classe, un jour avant la rentrée scolaire des élèves. Les 12,3 millions d’élèves feront leur rentrée scolaire, mardi 2 septembre, dans les écoles (6,8 millions), les collèges (3,3 millions) et les lycées (2,16 millions) de France. Ils suivront les cours dispensés par près de 840 000 enseignants, dans les établissements publics et privés. 



►Dans le public, il y aura en moyenne 25,8 élèves par classe en maternelle, 22,9 élèves par classe à l’école élémentaire, 24,8 élèves par classe au collège, 19,3 élèves par classe au lycée professionnel et 29,8 élèves par classe au lycée général et technologique.
►La dépense moyenne par élève et par an (hors Mayotte) s’élève à 6 010 € dans le premier degré (maternelle et élémentaire), 8 410 € par collégien, 11 310 € par lycéen général et technologique et 11 960 € par lycéen professionnel.


►Le coût de la rentrée augmente de 2,17 % pour un enfant entrant en 6e, à 189,09 €, selon Familles de France (FDF). La Confédération syndicale des familles (CSF) estime que le coût va augmenter de 1,35 % en moyenne, notamment en raison du prix des équipements sportifs pour les lycéens qui font un bond de 17 %. Selon le ministère de l’éducation, le coût de la rentrée est stable (-0,1 %) par rapport à 2013, évoluant moins que l’inflation.
►L’allocation de rentrée scolaire (ARS), qui bénéficie à plus de 5 millions d’enfants et adolescents, a été valorisée de 0,7 %, contre à une hausse de 1,2 % en 2013 et à une revalorisation exceptionnelle de 25 % en 2012.
►François Hollande a promis 60.000 créations de postes dans l’enseignement sur le quinquennat, dont 54.000 destinés à l’éducation nationale (les autres au supérieur et à l’enseignement agricole).
Cinq mille postes sont créés cette année dont 2.355 postes d’enseignants dans le primaire et 1.986 dans le secondaire.
Les autres concernent les personnels de l’éducation nationale : 159 conseillers principaux d’éducation (CPE), 350 accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), 100 emplois de personnels médico-sociaux, 50 emplois administratifs au sein des services du ministère.

La Croix avec AFP

Les chiffres de la rentrée scolaire 2014


Sur le travail du dimanche, le recours aux ordonnances passe mal

Le gouvernement a annoncé qu’il pourrait agir par ordonnances pour légiférer sur le repos dominical qui suscite de nombreuses oppositions, à gauche mais aussi à droite.
Le terrain est miné et Manuel Valls le sait. Chaque fois que le débat sur le travail du dimanche est revenu sur le devant de la scène, il s’est soldé par des discussions houleuses à l’Assemblée nationale et par des compromis boiteux. Déterminé à « accélérer » les réformes, le premier ministre cherche à contourner ce piège. Matignon a ainsi confirmé en fin de semaine dernière que la future loi sur la croissance « comporterait des habilitations à agir par ordonnances, par exemple sur le repos dominical ».
Cette procédure, prévue par l’article 38 de la Constitution, permet au gouvernement de prendre des mesures qui relèvent normalement du domaine de la loi, après avoir au préalable sollicité l’accord du Parlement par la voie d’une loi d’habilitation. 

UN SUJET QUI DIVISE À GAUCHE COMME À DROITE

Le recours à une telle procédure n’est pas exceptionnel. Selon un rapport du Sénat, les gouvernements y ont eu recours 126 fois depuis le milieu des années 1980. La gauche, qui a beaucoup critiqué ce recours aux ordonnances lorsqu’elle était dans l’opposition, l’a déjà utilisé 16 fois entre l’élection de François Hollande et fin 2013, notamment pour prendre des mesures de simplification administrative ou pour revoir des règles d’urbanisme.
Des mesures en général d’ordre très technique. Or, avec le travail du dimanche, on touche à un sujet de société particulièrement sensible et qui divise à gauche comme à droite. 
En 2009, Nicolas Sarkozy avait dû affronter la fronde d’une partie de ses troupes et faire marche arrière sur ce sujet. Manuel Valls, qui n’est pas assuré d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale, cherche à éviter la même mésaventure.
Mais la méthode passe mal dans sa majorité, traditionnellement attachée au principe du repos dominical. Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis a déclaré qu’il n’y était pas favorable et le ministre délégué aux relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen est resté hier encore très évasif sur le recours à cette procédure. « Nous verrons »,s’est-il contenté de répondre sur RTL.

« PAS QUESTION D’ACCORDER UN CHÈQUE EN BLANC »

Les députés socialistes qui ne sont pas très « chauds » à l’égard du procédé, assurent qu’ils seront en tous cas extrêmement vigilants. « Le périmètre de la loi d’habilitation devra être très précis sur ce que le gouvernement veut faire. Il n’est pas question d’accorder un chèque en blanc » assure le député socialiste de Seine-et-Marne, Olivier Faure pour qui le travail du dimanche doit rester exceptionnel et être « volontaire et compensé ». 
Si des aménagements sont selon lui envisageables dans les zones touristiques, notamment à Paris, et dans les zones commerciales des grandes villes, comme le suggère le rapport Bailly remis au gouvernement l’année dernière, « le groupe serait extrêmement réticent s’il s’agissait d’augmenter le nombre d’ouvertures dominicales décidées par les maires », actuellement au nombre de 5.
Les syndicats, qui ont commencé à être reçus par le nouveau ministre de l’économie, Emmanuel Macron, n’entendent pas non plus rester « hors-jeu ». « Ordonnance ou pas, il faut une discussion avec les organisations syndicales sur le contenu du texte » a expliqué, le 1er septembre le patron de la CFDT, Laurent Berger.« Si on va comme je le suppose vers un élargissement du travail du dimanche, cela mérite un débat devant l’Assemblée nationale, estime de son côté Joseph Thouvenel, vice-président de la CFTC. C’est un vrai choix de société. »
1/9/14 - 17 H 42CÉLINE ROUDEN journal La Croix