« Quand j’ai commencé à la lettre A, je me suis dit « la lettre Z est vachement loin, est-ce que j’y arriverai? » » : Gérard Louviot revient de loin. Illettré, comme certains ex-salariés des abattoirs Gad ainsi qualifiés par Emmanuel Macron, ce Breton de 46 ans a appris à lire et écrire il y a seulement dix ans. « Orphelin des mots », le titre du livre qu’il vient de publier avec l’aide d’une journaliste chez XO, M. Louviot lui aussi ouvrier, n’a guère connu qu’une suite d’humiliations et d’échecs, partagés par les 2,5 millions de personnes illettrées recensées en 2013 par l’Insee en métropole.
Comment un chiffre aussi élevé, 7% des 18-65 ans, est-il possible dans une France championne du prix Nobel de littérature avec quinze lauréats, et qui se flatte de son taux record de 87,9% d’admis au baccalauréat en juin dernier?
Gérard Louviot, marié et père de cinq enfants, ne se pose pas la question. Il n’a connu que la honte : « Je le cachais tout le temps. » « J’étais incapable de faire un chèque, de m’orienter, de comprendre une consigne [...] j’étais paralysé, tétanisé par la peur », dit-il à l’AFP dans le salon de sa maison de Plougonven, près de Morlaix.