samedi 6 janvier 2018

Les greffes d’organes en quelques chiffres

Selon l’Agence de la biomédecine, le nombre de greffes d’organes a progressé de 17 % entre 2011 et 2016. En 2016, près de 23 000 patients au total ont été en attente d’un organe en France, et près de 6 000 ont reçu une greffe d’organe.


En 2015, près de 55 000 personnes portaient une greffe, soit 35 % de plus qu’en 2006.

Côté refus, 157 375 personnes étaient inscrites sur le registre national des refus en ­janvier 2017.





En 2016, près de 23 000 patients au total ont été en attente d’un organe en France.
En 2016, près de 23 000 patients au
total ont été en attente d’un organe en France.
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Les dons de moelle osseuse

Le registre des donneurs volontaires de moelle osseuse compte 263 339 personnes, dont 20 455 nouveaux donneurs enregistrés en 2016.

Au cours de l’année 2016, près de 1 000 patients ont été greffés grâce à un donneur français ou étranger.

Les conditions de prélèvement

Dans certains cas bien précis (contraintes temporelles notamment), les organes (reins, foie, poumons) de personnes « en arrêt cardiaque et respiratoire définitif » peuvent être prélevés. On sait aujourd’hui que les résultats des greffes de ces organes sont aussi bons que ceux provenant de donneurs « en mort encéphaliqueou mort cérébrale ».

Des programmes de ce type ont démarré en France fin 2006. On estime qu’ils devraient conduire à augmenter d’environ 30 % le nombre de greffons disponibles.

Chaque année, depuis plus de dix ans, l’Agence de la biomédecine organise une journée nationale dédiée au don d’organes le 22 juin pour sensibiliser le public à cette cause. Car il y a pénurie de greffons : en 2011, alors que 16 000 patients étaient en attente d’une greffe, seuls 4 945 d’entre eux ont pu en bénéficier, dont 60 % pour le rein, 23 % pour le foie, 8 % pour le cœur et 6 % pour les poumons.

La Croix, 06/01/2018.

samedi 16 avril 2016

Les premières greffes entre patients séropositifs réalisées aux Etats-Unis

Fin mars, des médecins du centre médical John Hopkins de Baltimore ont réalisé avec succès les deux premières greffes, une de foie et une de rein, entre des patients infectés par le VIH. Une opération encore impossible en France.

D'un côté, il y a des dizaines de milliers de patients attendant un organe pour avoir l'occasion d'être transplanté et peut être sauvé d'une maladie grave. Certains d'entre eux, sérépositifs, ayant bien plus de chances de mourir avant qu'un organe soit disponible pour eux. De l'autre, il y a des centaines d'organes qui ne sont pas utilisés tous les ans car ils ont appartenu à des personnes séropositives. Pour les médecins du centre médical John Hopkins, de Baltimore, la solution était simple. 

Les progrès, notamment dans les traitements contre le VIH et dans les techniques de transplantations, permettent désormais le don d'organes entre séropositifs. Fin mars, ils ont procédé avec succès aux deux premières greffes d'organes entre séropositifs : une du foie et l'autre d'un rein. 

Fin mars, des médecins du centre médical John Hopkins de Baltimore
 ont réalisé avec succès les deux premières greffes, une de foie et 
une de rein, entre des patients infectés par le VIH. - Shutterstocl

Des protocoles exceptionnels mis en place

 

Si l'Afrique du Sud avait déjà pratiqué ce genre de transplantation, c'était bien la première fois outre-Atlantique. Les médecins ont donc mis en place des protocoles exceptionnels, notamment pour assurer le sécurité de l'opération, et ils ont reçu avant cela l'aval d'un conseil d'éthique ainsi que de l'administration américaine chargée du dons d'organes.
Jusqu'alors, les médecins étaient réticents à l'idée d'utiliser des organes infectés notamment parce que les greffes nécessitent la prise de médicaments qui affaiblissent le système immunitaire, comme le virus du SIDA. Mais l'évolution des traitements ont écartés ces risques
Finalement, les deux patients, en bonne santé, ont pu rapidement rentré chez eux. Selon plusieurs études, les receveurs séropositifs présentent des résultats à moyen terme aussi bons que les autres. Dans le cas des deux premières greffes américaines, il n'y a pas eu de rejet connu à ce jour. L'un des patients a même pu quitter l'hôpital dès le surlendemain. 

Entre 500 et 600 reins et foies par an en plus aux États-Unis

 

Malgré le succès de ces deux opérations, et d’une autre réalisée ce mercredi 6 avril à Montréal, la transplantation d’organes entres des patients séropositifs reste interdite encore en France. Il faut dire que, si les premières expérimentations datent d’il y a 5 ans, en Afrique du Sud, ce n’est qu’en 2015 que les premiers vrais résultats ont pu être publiés dans des revues scientifiques.
Pourtant, d’après le « Dr Dorry Segev, responsable du département de chirurgie à l’université Johns Hopkins, entre 500 et 600 reins et foies pourraient être prélevés chaque année sur des donneurs séropositifs si la loi l’autorisait ». En France, depuis 2015, le don d’organes est autorisé pour les personnes infectées par le virus de l’hépatite C, sous certaines conditions.
Des apports qui restent modérés mais qui pourraient raccourcir les délais d’attente d’une greffe, particulièrement pour les séropositifs et améliorer le traitement des cas les plus urgents. 

EnriqueMoreira, Les Echos.fr, 10/04/2016.

mercredi 11 novembre 2015

Feu vert pour les greffes d’utérus en France

La transplantation d’utérus sera dorénavant possible en France. L’Agence nationale de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé (ANSM) vient d’accorder une autorisation pour un essai clinique à une équipe du CHU de Limoges. Le protocole prévoit d’inclure huit femmes, qui recevront l’utérus de donneuses en état de mort cérébrale.

Après des décennies de recherches, la greffe d’utérus s’est concrétisée pour la première fois par la naissance d’un enfant en octobre 2014, en Suède. Depuis, l’équipe de l’université de Göteborg, qui a recours à des donneuses vivantes, a obtenu d’autres succès. Au total, quatre bébés sont ainsi nés – le dernier en juin – selon une communication des chercheurs suédois au récent congrès de la Société européenne d’oncologie gynécologique (ESGO), à Nice.


En septembre, un groupe de chercheurs britanniques a, de son côté, indiqué avoir reçu le feu vert pour lancer un essai sur une dizaine de femmes au Royaume-Uni. Elles recevront un utérus prélevé chez des donneuses en état de mort cérébrale. L’étude devrait commencer dès 2016 si l’équipe réussit à réunir les fonds nécessaires.

Prélèvement multi-organes 

 

Les transplantations d’utérus sont le seul traitement envisageable pour les infertilités d’origine utérine. Celles-ci résultent soit d’une absence congénitale de cet organe (comme dans le syndrome de Rokitansky-Küster-Hauser, qui touche une femme sur 4 500), soit de son ablation chirurgicale (après hémorragie de la délivrance ou tumeur, par exemple), soit d’un problème fonctionnel. Au total, ces pathologies sont loin d’être rares, elles concerneraient environ une femme sur 500.
L’équipe de Limoges qui vient d’obtenir l’autorisation des autorités est investie dans ce champ de recherche depuis 1999. Les médecins ont d’abord travaillé sur des animaux, puis ont prélevé l’utérus de femmes en état de mort cérébrale, montrant que cette procédure peut s’intégrer dans un prélèvement multi-organes sans problème particulier.
L’essai clinique qui commence a été approuvé par le comité de protection des personnes (CPP) de la région. Il est financé par des fonds publics, dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique. Une présélection des participantes est en cours.
« L’objectif principal de cette étude de faisabilité est de démontrer que les bénéfices sont supérieurs aux risques, c’est-à-dire que ces transplantations peuvent permettre d’aboutir à des naissances, sans complications majeures », résume Tristan Gauthier, gynéco-obstétricien au CHU de Limoges et investigateur principal de l’essai. L’équipe, dit-il, a reçu « énormément de demandes » à l’échelle nationale. Certaines ont été rapidement écartées du fait du contexte clinique.

Au mieux fin 2016

 

Les critères d’inclusion dans le protocole sont très stricts. Ainsi, les patientes qui ont eu une ablation de l’utérus en raison d’une hémorragie de la délivrance ne peuvent participer, car l’ANSM a souhaité limiter l’étude à des femmes qui n’ont pas encore d’enfant. La sélection est aussi drastique pour minimiser les risques de complications médicales, chirurgicales et obstétricales.
Le premier faire-part de naissance après transplantation d’utérus en France n’est cependant pas pour demain, prévient Tristan Gauthier.
« Nous nous réjouissons de cette autorisation, parmi les premières accordées dans le monde, mais il y a des étapes incompressibles. La première greffe se fera au mieux fin 2016, avec l’inconnue de la durée d’attente d’un greffon compatible. Ensuite, il faudra attendre un an que la greffe soit stabilisée, avant de mettre en route une grossesse par fécondation in vitro. La première naissance n’aura donc pas lieu avant fin 2018 », insiste le médecin. En attendant, l’équipe continue des expérimentations chez l’animal. Si le premier essai tient ses promesses, la technique pourrait ensuite se diffuser dans d’autres centres français, et les indications s’élargir. D’autres sources de donneuses sont possibles. Il y a tout juste un an, une équipe de l’hôpital Foch (Suresnes) évoquait de son côté un projet de transplantations utérines à partir de donneuses en état de mort cérébrale, mais aussi de donneuses vivantes et de transsexuelles femmes devenant hommes.

Sandrine Cabut, Le Monde, 6/11/2015.

dimanche 16 novembre 2014

Imprimer de la peau humaine ? C'est bientôt possible

Des chercheurs français sont en train de développer une technique pour fabriquer des tissus humains grâce à l'impression biologique en 3D par laser.


Produire des tissus humains sera bientôt possible grâce à une technique d'impression biologique en 3D par laser développée par des chercheurs français, avec des applications en cosmétique et en chirurgie, notamment dans le domaine des greffes.
Fabien Guillemot, de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), vient de créer avec un associé une société spécialisée dans la fabrication de tissus par bio-impression, Poietis, à Pessac, près de Bordeaux.
Les premières bases ont été jetées il y a 25 ans par un scientifique américain, Joseph Klebe, qui utilisait une simple imprimante à jet d'encre et une protéine présente dans le liquide extracellulaire, la fibronectine.

La bio-impression


Plusieurs projets de recherche ont suivi en Europe, aux Etats-Unis et au Japon pour limiter le rejet des implants par le corps humain, dont celui dirigé par Fabien Guillemot. Ce dernier travaillait sur le traitement laser des bio-matériaux pour faciliter leur intégration dans le corps quand il a découvert un nouveau champ d'expérimentation en abandonnant la méthode soustractive, qui consiste à enlever de la matière, au profit d'une technique additive, qui consiste à l'empiler.
"Progressivement, on s'est aperçu qu'il serait pertinent d'aller plus loin que le dépôt de principes actifs pour favoriser l'attachement des cellules, en travaillant sur le dépôt des cellules elles-mêmes", précise le chercheur bordelais.
Le projet s'est développé avec l'apport d'autres laboratoires. Objectif : trouver la bonne méthode permettant de d'empiler de façon ordonnée, à l'aide d'un laser, des cellules vivantes contenues dans du liquide.
Depuis 2010, il est entré dans une phase de développement des applications de la bio-impression.

Fabriquer des tissus vivants de grand volume


"On s'est intéressé aux tissus osseux et, plus récemment, à la peau et à la cornée, les deux tissus où il y a le plus de besoins" explique Fabien Guillemot.
Il reste beaucoup de chemin à faire. Un des obstacles à franchir est de comprendre comment fabriquer des tissus plus complexes et de les vasculariser.
Les chercheurs bordelais travaillent sur l'assemblage de cellules formant de petits vaisseaux sanguins, les capillaires. Lorsque cette technique sera maîtrisée, il sera alors possible de fabriquer des tissus vivants de grand volume.
Ce sont des tissus relativement fins qui se prêtent assez bien à la bio-impression, contrairement aux tissus osseux demandeurs de plus grandes quantités de matière bio-imprimée, ce qu'on n'est pas capable de faire aujourd'hui."

Révolutionner les greffes


Reste aussi à maîtriser l'évolution des cellules imprimées. "Avec le même patrimoine génétique, les cellules vont évoluer en fonction de leur environnement. Et plus on va anticiper l'évolution de cet environnement, plus on sera en mesure de fabriquer des structures complexes et de passer à des applications concrètes", explique Fabien Guillemot.
Les industries pharmaceutiques et cosmétiques sont très intéressées : l'"impression" de tissus vivants leur permettra de tester de nouvelles molécules et de nouveaux médicaments sans passer par des essais sur des animaux et des cultures de cellules et donc de gagner beaucoup de temps. 
"A plus long terme, disons dix ans, nous visons le marché clinique avec la greffe chirurgicale", dit Fabien Guillemot.
Le traitement des grands brûlés pourrait en être à terme considérablement amélioré.
Mais si des chercheurs imaginent déjà pouvoir fabriquer des organes humains, Fabien Guillemot reste très prudent. "A ce jour, même si on peut toujours imaginer que ça se fera un jour, on ne sait absolument pas comment. La bio-impression d'organes c'est un peu de la science-fiction", concède-t-il.

Article publié sur le site internet du Nouvel Observateur, le 15 novembre 2014.