mardi 17 décembre 2019

La COP25 s’achève sur un accord a minima, sans apporter de réponses sur les points essentiels

La COP25 s’est terminée dans un air de déception ce dimanche 15 décembre. La conférence climat de l’ONU n’a pas été à la hauteur de l’urgence climatique, adoptant un accord a minima sans s’entendre sur des points essentiels en raison des réticences de certains Etats. 


Au terme de deux semaines de négociations difficiles, la conférence organisée à Madrid a échoué à trouver un accord sur les règles des marchés carbone internationaux, dernier volet du manuel d’utilisation de l’Accord de Paris de 2015.

Après une année marquée par des catastrophes climatiques tout azimut, les appels vibrants de millions de jeunes descendus dans la rue derrière la jeune Suédoise Greta Thunberg, et des rapports scientifiques toujours plus glaçants, les quelque 200 signataires de l’Accord de Paris étaient sous une pression sans précédent pour cette COP25 présidée par le Chili mais délocalisée à Madrid en raison de la crise qui frappe le pays d’Amérique du sud.
Mais au terme de cette conférence qui a débordé de plus de 40 heures son programme initial, tout le monde n’a pas vu dans les textes adoptés dimanche le reflet de cette demande d’actions radicales et immédiates.

Le texte final appelle effectivement à des « actions urgentes » pour réduire l’écart entre les engagements et les objectifs de l’accord de Paris de limiter le réchauffement à +2 °C, voire +1,5 °C. Mais le langage est « tortueux » et le résultat « médiocre », a estimé Catherine Abreu, du Climate Action Network.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est dit « déçu », regrettant « une importante occasion ratée ». « La communauté internationale a perdu une occasion importante de faire preuve d’une ambition plus grande, en matière d’atténuation, d’adaptation et de financement face à la crise climatique », a-t-il déploré. « Nous ne devons pas abandonner », a-t-il ajouté.

« Les principaux acteurs dont on espérait des avancées n’ont pas répondu aux attentes », a déclaré Laurence Tubiana, architecte de l’Accord de Paris, notant toutefois que l’alliance des Etats insulaires, européens, africains et latino-américains, avait permis d’« arracher le moins mauvais résultat possible, contre la volonté des grands pollueurs. »

Les 3 °C semblent inévitables

Le premier texte sur les ambitions présenté samedi par la présidence chilienne avait provoqué une levée de bouclier de ces Etats, forçant à un nouveau round de consultations. « Aujourd’hui les citoyens du monde nous demandent d’aller plus vite et mieux, que ce soit en matière de finance, d’adaptation, de réduction des émissions », a déclaré la ministre chilienne de l’Environnement Carolina Schmidt.
Au rythme actuel des émissions de CO2, le mercure pourrait gagner jusqu’à 4 ou 5 °C d’ici la fin du siècle. Et même si les quelque 200 signataires de l’Accord de Paris respectent leurs engagements, le réchauffement pourrait dépasser les 3 °C.

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L'Observateur, 15/12/2019.
Article intégral en ligne : https://www.nouvelobs.com

samedi 4 mai 2019

Le changement climatique, fléau pour la santé humaine

Les inondations, les canicules, les sécheresses et les tempêtes aggravent, et pour longtemps,  la mortalité et la morbidité dans le monde.


Il est en train de devenir le plus grand défi sanitaire du XXIe siècle. Le changement climatique, avec son lot de vagues de chaleur, d’inondations ou de sécheresses extrêmes, affecte d’ores et déjà la vie et la santé des humains, aggravant la mortalité et la morbidité aux quatre coins du monde. Autrefois perçus comme une menace lointaine ou incertaine, ces effets sont désormais documentés et confirmés par les récentes catastrophes, telles que le dévastateur cyclone Idai qui a tué plus de 1 000 personnes au Mozambique et au Zimbabwe mi-mars et a entraîné une épidémie de choléra.

Le changement climatique a déjà provoqué un accroissement du nombre de vagues de chaleur – la température mondiale a augmenté de 1 °C depuis le début de l’ère préindustrielle. En 2017, 157 millions de personnes supplémentaires ont été exposées à des événements caniculaires comparé à l’année 2000, selon la dernière édition du « compte à rebours sur la santé et le changement climatique » du Lancet, revue médicale britannique de référence.

Ainsi, les populations vulnérables, notamment les adultes de plus de 65 ans, sont exposées au stress thermique, ce qui augmente leur risque de développer des maladies cardio-vasculaires et rénales. Le phénomène a été particulièrement observé en Europe – 70 000 personnes ont succombé à la canicule en 2003 – et en Méditerranée orientale, probablement en raison d’une population plus âgée vivant en zone urbaine. Ces chaleurs extrêmes ont entraîné la perte de 153 milliards d’heures de travail en 2017 dans le monde, dont 80 % dans le secteur agricole. Une baisse de revenus qui affecte encore davantage, indirectement, la santé des plus fragiles.

« Niveau de risque inadmissible »

Le réchauffement provoque également une recrudescence des allergies. « La hausse des températures favorise la diffusion de végétaux allergènes, comme l’ambroisie ou le bouleau en Europe, précise Sophie Godin-Beekmann, directrice de recherche au CNRS. Les allergies sont plus fortes dans les villes polluées car les gens sont plus fragilisés. »
Le réchauffement pourrait entraîner 250 000 morts supplémentaires chaque année entre 2030 et 2050, selon l’Organisation mondiale de la santé

Plus largement, les aléas climatiques touchent actuellement 27 attributs de la santé humaine (mortalité, morbidité, blessures, malnutrition ou encore espérance de vie), selon une large recension parue dans Nature Climate Change en novembre 2018.
Les inondations, les incendies ou les tempêtes entraînent des noyades, des asphyxies, des famines et la recrudescence d’épidémies, telles que le paludisme, la dengue, le choléra ou des diarrhées. Les risques climatiques altèrent également la santé mentale : des dépressions et des stress post-traumatiques ont été recensés après des tempêtes aux Etats-Unis, comme l’ouragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle-Orléans en 2005.

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Article intégral en ligne : https://www.lemonde.fr
Source : Le Monde.fr, 13/04/2019.

mercredi 28 juin 2017

Réchauffement climatique : il ne reste que 3 ans pour inverser la tendance

Un groupe de scientifiques et dirigeants sonne l'alerte : nous n'aurions plus que jusqu'en 2020 pour réduire les émissions de gaz à effet de serre si l'on veut espérer atteindre les objectifs de l'accord de Paris.

 

Quelles que soient les bonnes intentions affichées par la quasi totalité de la planète lors de la COP21, l'accord de Paris sur le climat semble avoir du plomb dans l'aile, et pas seulement à cause du retrait des Etats-Unis décidé par le président Trump. Espérer contenir l'augmentation globale des températures à 1,5° par rapport à la moyenne de l'ère pré-industrielle est déjà un objectif difficile. L'accord de Paris vise pourtant cet objectif, et a minima voudrait maintenir cette hausse "nettement en dessous de 2°".
Certains ne croient pas que cela soit faisable, sauf à prendre des mesures drastiques, et pensent que la cible des 2° serait de la science-fiction si l'on se contentait de ce qui est suggéré par l'accord de Paris, et qu'il faudrait se préparer à un monde difficile approchant les +3° à la fin du siècle.

Réchauffement climatique : il ne reste que 3 ans pour inverser la tendance
Températures durant la période 2012-2016. L'échelle indique les variations
enregistrées par rapport à la température moyenne du globe
((NASA/Goddard Space Flight Center Scientific Visualization Studio) )
 Aujourd'hui, c'est un groupe de décideurs et de scientifiques, emmenés par Christiana Figueres, vice-présidente de la Convention mondiale des maires pour le climat et l'énergie, qui alerte la communauté internationale dans un article publié par "Nature".
Les auteurs ont été rejoints par de nombreux signataires du monde politique, universitaire, mais aussi économique.  Ils affirment que nous n'avons plus que trois ans pour infléchir nos émissions de gaz à effet de serre. Si ces émissions continuaient à augmenter, ou même restaient stables en 2020, il serait alors impossible d'atteindre les objectifs de la COP21. Pourtant, les auteurs de cet appel pensent qu'il est encore possible d'y parvenir... à condition de faire chuter nos émissions d'ici 2020.


mercredi 10 septembre 2014

Emissions de gaz à effet de serre : le terrible record mondial encore battu

Les gaz responsables du réchauffement climatique ont atteint de nouveaux records de concentration dans l'atmosphère en 2013. Pendant ce temps, la communauté internationale se tourne les pouces.


Les gaz à effet de serre – ceux qui piègent sur Terre la chaleur du soleil et provoquent le réchauffement climatique - ont atteint en 2013 des concentrations records dans l'atmosphère selon l'OMM, l'Organisation météorologique mondiale (une agence de l'ONU).
Sont principalement surveillés par l'Organisation météorologique mondiale dans cette étude, le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d'azote (N2O), trois gaz présents dans les émissions qui résultent des activités humaines.
Le dioxyde de carbone est le plus répandu, il est le grand responsable du réchauffement en cours. Mais le pouvoir « réchauffant » du méthane lui est par exemple 25 fois supérieur à quantité égale, celui du protoxyde d'azote environ 300 fois. Les scientifiques estiment que 60% des rejets de méthane dans le monde sont d'origine humaine (élevage de bétail et production de gaz dans les décharges d'ordures ménagères, par exemple), 40% pour le protoxyde d'azote.
Ce record en valeur absolu est en soi inquiétant. Il l'est encore plus quand on sait que la hausse de la concentration de ces gaz dans l'atmosphère s'emballe. Le taux d'accroissement du CO2 atmosphérique entre 2012 et 2013 représente la plus forte augmentation annuelle depuis 1984, selon l'OMM, qui a présenté ses travaux mardi à Genève.

Vers un bouleversement majeur du climat

Les milieux naturels semblent absorber moins de CO2 qu'auparavant, ce qui constitue une surprise désagréable pour les scientifiques. On considère qu'environ la moitié des rejets de CO2 dans l'atmosphère est piégée soit dans les océans (25%), soit dans les écosystèmes sur la terre ferme (25%). Par la croissance des arbres, par exemple, qui ont besoin de carbone. L'absorption du carbone dans les mers du globe n'est pas sans conséquences. Elle contribue à les acidifier à un rythme « sans précédent depuis au moins 300 millions d'années », selon l'OMM. Par comparaison, l'extinction des dinosaures à la fin du crétacé date de 65 millions d'années. Cette acidification a d'ores-et-déjà des effets sur la faune marine, les animaux à coquille ayant de plus en plus de mal à la fabriquer (le carbonate de calcium est attaqué par l'acidité).
Le second facteur qui explique le pic des gaz à effet de serre est archi-connu : les émissions de ces gaz continuent à augmenter, ce qui témoigne de la complète indifférence de la communauté internationale à juguler le réchauffement climatique. Celle-ci s'engage, sommet climatique après sommet climatique, à limiter ce réchauffement à 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle. Mais la réalité est têtue : les émissions actuelles mettent le climat sur une trajectoire de quatre à cinq degrés de plus à la fin du XXIe siècle, ce qui correspondrait à un bouleversement majeur des climats mondiaux dans un laps de temps si court que les écosystèmes seraient en péril. Et donc les ressources naturelles que l'homme utilise au quotidien.

Absence consternante de volonté politique

Les études nationales illustrent l'envolée annoncée. Remis à Ségolène Royal et rendu public samedi 6 septembre, le rapport sur « Le climat de la France au XXIe siècle » augure de sérieuses difficultés : une hausse des températures moyennes entre 0,6°C et 1,3°C d'ici 2050, de 2,6°C à 5,3°C en été d'ici 2100, une augmentation des jours de canicule et des épisodes de sécheresse, en clair un changement brutal de climat. Autre exemple, une étude américaine dévoilée mardi avance que plus de la moitié des espèces d'oiseaux d'Amérique du Nord seraient menacées d'extinction si le réchauffement climatique se poursuivait. Ce qu'il va faire, car l'inertie de la grande machine climatique terrestre est telle que des mesures très fortes de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne produiraient leur effet qu'avec des décennies, voire des siècles de retard. 
Le grand écart permanent entre les ambitions affichées et l'absence consternante de volonté politique pour les traduire dans le concret fait une fois de plus sortir l'ONU de ses gonds. Celle-ci a appelé mardi à « une action internationale concertée urgente ». Le secrétaire général de l'organisation, Ban Ki-moon, aura l'occasion de le marteler le 23 septembre prochain à New York, lors de la convocation d'un sommet sur le climat. La réunion est censée enclencher la marche avant pour la conclusion d'un accord à l'occasion de la grande conférence internationale prévue à Paris à la fin 2015. Accord qui entrerait en vigueur en 2020. C'est mal parti.
 
Photo archives AFP MARK RALSTON

Source : Site internet du Journal Sud-Ouest.