samedi 18 juin 2016

« En entreprise, la mère est plus discriminée que la femme »

« En cette période où l’on débat sur le temps de travail et le travail du dimanche », il ressort qu’« en entreprise, c’est la mère qui est surtout discriminée, bien plus que la femme », révèle l’Union nationale des associations familiales (UNAF), qui publie vendredi 10 juin, avec l’Observatoire de la parentalité en entreprise (OPE), son baromètre sur la conciliation entre vie professionnelle, vie personnelle et vie familiale.

Six salariés sur dix estiment toujours que leur entreprise ne fait rien ou fait peu de choses pour les aider à équilibrer leur temps de vie. Voilà le premier constat de la 8e édition du sondage réalisé en ligne entre le 25 février et le 10 mars, auprès de 1 002 salariés ayant au moins un enfant de moins de 25 ans vivant chez ses parents.
Qu’attendent-ils de leur employeur ? Cette année, le baromètre répond à cette question en mettant l’accent sur les inégalités femmes-hommes, ou plutôt mères-pères. Les espérances des salariés sans enfant, toutefois, sont du même ordre. Ainsi, la moitié (51 % pour les femmes, 45 % pour les hommes) pense qu’adopter des horaires de travail modulables est la meilleure mesure pour cette conciliation entre vie professionnelle et personnelle.
Mais quand au moins un enfant arrive dans le foyer familial, les priorités changent. « Les femmes se trouvent dans une logique pratico-pratique, alors que les hommes sont encore à demander la reconnaissance de leur statut de père », explique l’UNAF. Selon l’association, il est logique pour un employeur de dégager du temps pour qu’une mère s’occupe de ses enfants. L’UNAF estime, en revanche, que prendre un congé parental est très mal vu pour les pères dans les entreprises.

Les mères en paient le prix en matière de salaire

 

Chez les pères, elle constate des demandes avant tout de reconnaissance de leur situation. Dans son baromètre, la deuxième attente d’un père envers son entreprise est, par exemple, un emploi du temps et une charge de travail « raisonnable ». Elle arrive après la demande d’horaires adaptables selon les contraintes parentales. Vient ensuite le sujet de la sensibilisation et la formation de ses supérieurs à la prise en compte de la vie personnelle des salariés.
La mère, quant à elle, n’a plus à prouver qu’elle a besoin de temps pour éduquer ses enfants. Parmi ses attentes, une bonne mesure pour préserver sa vie privée est le télétravail et d’autres solutions de travail à distance, suivi des aides au financement des modes de garde, de la scolarité et des études. « C’est beaucoup plus terre à terre ! », insiste l’UNAF. Inévitablement, les mères en paient le prix en matière de salaire, selon l’association.
Glassdoor, un site qui recueille les avis de millions de salariés sur la façon dont ils ont été recrutés et les salaires dans leurs entreprises, a publié une étude sur la question en mai. Celle-ci relève que les femmes avec enfants sont payées 12 % de moins que les hommes en France. Et celles sans enfant, 0,4 % de moins. Des chiffres à prendre avec précaution toutefois, puisque l’Insee avançait une différence de salaires entre hommes et femmes de 19 %, dans son dernier rapport de 2013.

Le Monde, 10/06/2016.

lundi 24 novembre 2014

Violences faites aux femmes : un fléau qui persiste en France

Une femme décède tous les trois jours sous les coups de son compagnon en France. La violence à l'égard des femmes reste un fléau, avec des milliers de victimes, des taux de plaintes encore très bas et de lourdes conséquences sociale


À la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes mardi 25 novembre, le gouvernement rappelle que chaque année plus de 216.000 femmes sont victimes de violences commises par leur partenaire. Seules 16% déposent plainte. En outre, 86.000 femmes rapportent avoir été victimes de viol ou de tentative de viol. Seulement 10% d’entre elles déposent plainte, selon le ministère des Affaires sociales et des Droits des femmes.
En dehors des conséquences psychologiques et sociales, ce phénomène a un coût économique, évalué par le ministère à 3,6 milliards d’euros par an, en termes d’aides sociales, de soins et surtout de perte de capacité de production.
« Volonté politique trop faible »
« En France, l’arsenal législatif n’est pas mauvais mais c’est la volonté politique qui est trop faible », déplore Caroline De Haas, l’une des fondatrices de «Osez le féminisme !». Il y a un an, le gouvernement s’est pourtant engagé à faire de la lutte contre ce fléau une « priorité ».
Le 4e plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes (2014-2016) prévoyait ainsi la généralisation du téléphone « grand danger » », le développement de dispositifs pour faciliter les dépôts de plainte ou la formation des professionnels à la gestion des violences intrafamiliales. Y figurent aussi un meilleur accueil des femmes étrangères fuyant des violences et la création de 1.650 solutions supplémentaires pour garantir l’accès à un hébergement d’urgence d’ici 2017.
À l’adresse des hommes violents, il existe désormais des stages de responsabilisation pour prévenir la récidive.

L'homme qui " répare les femmes "

L'obstétricien Denis Mukwege soigne depuis quinze ans les victimes de viols en République démocratique du Congo



les ne savent pas si elles doivent continuer à vivre. Le corps en souffrance, elles ne se sentent plus femmes et vivent avec la peur au ventre. Adolescentes, jeunes mères, parfois grands-mères, elles ont été violées par des militaires. Dans ce coin de la République démocratique du Congo, au Sud-Kivu – une région riche et convoitée où des groupes armés s'affrontent depuis vingt ans –, " les femmes sont les premières victimes et leurs vagins sont devenus des champs de bataille ", dit une voix off, en introduction de Congo, un médecin pour sauver les femmes.
Un documentaire qui met en lumière le travail remarquable de Denis Mukwege, 59 ans, pressenti deux fois pour le prix Nobel de la paix et récompensé par le prix Sakharov pour la liberté de pensée 2014.
Perte d'identité
En  1999, en pleine guerre civile, ce chirurgien-gynécologue ouvre l'hôpital Panzi à Bukavu, sa ville natale, pour permettre aux futures mères d'accoucher sereinement. Mais sa première patiente n'attend pas un enfant : elle a été victime d'un viol. Cette année-là, il soignera 45 femmes qui ont été sexuellement agressées. Trois fois plus l'année suivante.

Lire la suite Le Monde 25/11/2014

lundi 27 octobre 2014

États-Unis La vie privée surgelée.

 Carrière ou enfants : chaque chose en son temps. facebook, google, et bientôt apple, financent la congélation des ovocytes de leurs salariées. Pour mieux les faire cravacher ?

Faut-il y voir une libération ? Une aliénation ? La décision de Facebook et d'Apple de financer la congélation d'ovocytes pour leurs employées suscite un débat passionné aux Etats-Unis, à l'heure où les <i>executive women</i> avouent leur frustration de ne pouvoir "tout avoir" en même temps : enfants et carrière. Facebook, dont la numéro deux est la néo-féministe Sheryl Sandberg, a commencé au début de l'année à inclure la congélation des ovocytes dans l'assurance-santé offerte à ses employées. Apple a confirmé qu'il fera de même en janvier 2015. Google a fait savoir qu'il la proposait déjà. Pour ces entreprises, il s'agit d'attirer et de retenir les cadres par des avantages (<i>"perks"</i>) que d'autres employeurs ne sont pas en mesure de proposer. La procédure de congélation sera couverte à concurrence de 20 000 dollars, soit deux collectes d'oeufs, à quoi s'ajoutent 500 dollars annuels pour la conservation.
L'offre de ces groupes réputés avant-gardistes coïncide avec une idée dans l'air du temps aux Etats-Unis : pourquoi ne pas reporter la maternité pour travailler plus intensément ? Grâce aux avancées dans la procréation, les femmes pourraient échapper à l'éternel dilemme enfants/carrière. Le magazine économique Bloomberg Businessweek en a fait une couverture - enthousiaste - en avril :<i> "Congelez vos oeufs, libérez votre carrière." En suspendant l'horloge biologique, la congélation des ovocytes serait, selon lui, une révolution aussi importante que la pilule.</i>