vendredi 25 janvier 2019

Enfance. « L’accueil en foyer, c’est un second abandon »

Sylvain Louvet a enquêté sur l’aide sociale à l’enfance. Son film, diffusé ce soir sur France 3, accuse la société de maltraitance envers les plus faibles. Entretien.


C’est un film dont on ne ressort pas indemne. Avec Enfants placés, les sacrifiés de la République (1), Sylvain Louvet, au terme de dix mois d’enquête, dresse un constat accablant sur la gestion des mineurs sans famille. Dans les maisons d’enfants, dans les familles d’accueil, il constate avec effroi, en partant du cas du foyer d’urgence d’Eysines, en Gironde, que les enfants abandonnés n’intéressent pas grand monde. Il fait état de violences à peine soutenables, d’un personnel dépassé, d’un État et de départements qui n’ont aucun contrôle sur les structures qu’ils gèrent. Entretien.

« Les dysfonctionnements en protection de l’enfance ne sont pas anecdotiques et ne tiennent pas à un seul ressort. » Capa

 

mercredi 16 janvier 2019

Sur France 3, “Pièces à conviction” dévoile l’enfer des enfants placés

Lyes Louffok, aujourd’hui membre du Conseil national de la protection de l’enfance et protagoniste du documentaire “Enfants placés : les sacrifiés de la République” diffusé sur France 3 ce mercredi 16 janvier, revient pour nous sur les dysfonctionnements d’un système qui déraille.


Invitée, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, ne participera pas au débat qui suivra ce 16 janvier la diffusion de cette enquête choc de Pièces à conviction sur France 3. Regrettable, tant il y a matière à échanger. En effet, le document Enfants placés : les sacrifiés de la République dresse un panorama alarmant de la situation des enfants placés en foyers ou familles d’accueil. Détresse psychologique, agressions sexuelles, violences en tous genres… : les témoignages graves et édifiants dépeignent un système « qui déraille », pour ne pas dire dysfonctionne totalement. 
L’un des protagonistes, Lyes Louffok, 24 ans, auteur de Dans l’enfer des foyers (1), futur éducateur spécialisé et membre du Conseil national de la protection de l’enfance, revient pour nous sur ce sujet hautement sensible.

Ruptures traumatisantes, changement de structures d’accueil… : l’enquête évoque votre parcours, ainsi que celui de nombreux enfants ballotés, malmenés, détruits.
 
Certains enfants cumulent treize ans, quinze ans, dix-huit ans… de placement au sein des services d’Aide sociale à l’enfance (ASE). Ce type de placement « longue durée » ne devrait pas exister. Pourtant ce fut mon cas. Quel projet de vie propose-t-on à ces enfants-là ? Si on résolvait un peu cette problématique dès le départ, en retirant l’autorité parentale à un parent absent ou délaissant, ou en proposant ces enfants à une adoption simple, on aurait moins de placements longs. Durant ces années, tout peut survenir : un changement de situation dans la famille d’accueil, un déménagement, des conflits dans le couple, ou une relation difficile interpersonnelle avec les enfants biologiques de la famille d’accueil… Quand on change l'enfant de lieu de placement, au lieu de réfléchir à un projet de réorientation totalement adaptée, on replace les enfants ailleurs, à la va-vite…

Enfants placés : les sacrifiés de la République.

« … comme des paquets », dites-vous dans le documentaire.
 
Exactement. C’est le problème. Comme on est dans une situation d’urgence, on va mettre l’enfant là ou il y a de la place, dans des dispositifs pas toujours adaptés. Qui vont potentiellement conduire le jeune à vivre une nouvelle rupture… Enfin, les ruptures s’expliquent aussi par la maltraitance. Beaucoup d’enfants ont très bien compris le système : ils se disent « puisque je me sens très très mal dans cet endroit, c’est moi qui vais provoquer la rupture par des fugues, en poussant l’adulte à bout, etc » dans l’espoir de changer de lieu de placement. 

“Il faut créer un grand ministère de l’Enfance.”
 
(...)

Article intégral en ligne : https://www.telerama.fr

 Pièces à conviction. Enfants placés, les sacrifiés de la République, enquête de Sylvain Louvet, 100 mn. (France, 2018). France 3, mercredi 16 janvier, 21h00.

Disponible en replay ici : https://www.france.tv/france-3/pieces-a-conviction/856735-aide-sociale-a-l-enfance.html

dimanche 4 février 2018

Bien dormir, ce luxe qui creuse les inégalités dès l'enfance

Le manque de sommeil participe à la reproduction des inégalités sociales car il influe sur la réussite scolaire, explique à "L'Obs" Joëlle Adrien, directrice de l'Inserm.





L'idée est plaisante. Abandonnés à nous mêmes, plongés dans notre sommeil, nous pourrions au moins être égaux entre le crépuscule et l'aurore. Mais ce leurre supporte mal les bruits d'escaliers, la promiscuité, la précarité ou le stress... Nos nuits sont de fâcheuses vitrines de nos sociétés. Elles reflètent ses inégalités sociales, contribuent parfois à les dupliquer. Et ce, dès l'âge le plus tendre décrypte auprès de "l'Obs" la neurobiologiste Joëlle Adrien, directrice de recherches à l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) à Paris : 
"Un enfant qui ne dort pas assez est difficile à réveiller le matin, fatigué, somnolent et irritable. Il fait des fautes inhabituelles à l'école et n'est pas attentif".  En France, le temps moyen de repos nocturne des enfants de cadres en grande section de maternelle est déjà supérieur de dix minutes à celui des enfants d'ouvriers. Plus tard, lorsque ces élèves deviennent adolescents, le manque de sommeil altère leur cerveau indique l'Inserm. Contractée précocement, cette dette de sommeil est susceptible d'endommager leur avenir. 

La chambre à part, un petit luxe non négligeable. (Leemage)

La chambre à part, ce luxe

Peut-on vraiment lier précarité et qualité du sommeil ?Le sommeil se trouve-t-il au cœur des mécanismes de construction des inégalités ? Oui, à en croire la neurobiologiste Joëlle Adrien qui énumère plusieurs facteurs physiques, culturels et sociaux conditionnant un bon repos : l'environnement dans lequel l'enfant dort est l'un des plus importants.

(...)

Source : Le Nouvel Observateur, 27/01/2018.
Article intégral en ligne : https://www.nouvelobs.com

jeudi 14 juillet 2016

10 ans de réformes de la protection de l’enfance

10 ans de réformes de la protection de l’enfance par Isabelle Raynaud
Mars 2007-mars 2016. En près de 10 ans, deux lois sont venues renforcer la protection de l'enfance. Retrouvez notre chronologie interactive des principaux événements.

Politique décentralisée et confiée aux départements depuis 1983, la protection de l’enfance a connu en France un tournant avec la loi du 5 mars 2007. Votée après de longues consultations et dans le consensus, elle a permis de répondre aux questions de prévention, signalement et prises en charge des enfants victimes de maltraitance en cherchant un meilleur équilibre entre protection sociale et protection judiciaire.

 

Si elle a été une avancée, saluée par tous les acteurs, des insuffisances ont vu le jour avec la pratique : des situations particulières – l’affaire Marina par exemple – ont souligné des failles juridiques ; des points du texte – le parcours pour l’enfant – n’ont pas forcément été totalement mis en place…
Après plusieurs rapports, la proposition de loi de deux sénatrices, Muguette Dini (UDI) et Michelle Meunier (PS), finalement adoptée le 1er mars 2016, vient compléter le dispositif. Le texte remet l’enfant au centre des politiques.

La Gazette Santé Social retrace, dans la frise chronologique proposée sur son site web, le parcours entre les deux textes.

La Gazette Santé Social : 13/07/2016.
Article intégral en ligne : http://www.gazette-sante-social.fr/27434/10-ans-de-reformes-de-la-protection-de-lenfance

lundi 24 novembre 2014

Violences faites aux femmes : un fléau qui persiste en France

Une femme décède tous les trois jours sous les coups de son compagnon en France. La violence à l'égard des femmes reste un fléau, avec des milliers de victimes, des taux de plaintes encore très bas et de lourdes conséquences sociale


À la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes mardi 25 novembre, le gouvernement rappelle que chaque année plus de 216.000 femmes sont victimes de violences commises par leur partenaire. Seules 16% déposent plainte. En outre, 86.000 femmes rapportent avoir été victimes de viol ou de tentative de viol. Seulement 10% d’entre elles déposent plainte, selon le ministère des Affaires sociales et des Droits des femmes.
En dehors des conséquences psychologiques et sociales, ce phénomène a un coût économique, évalué par le ministère à 3,6 milliards d’euros par an, en termes d’aides sociales, de soins et surtout de perte de capacité de production.
« Volonté politique trop faible »
« En France, l’arsenal législatif n’est pas mauvais mais c’est la volonté politique qui est trop faible », déplore Caroline De Haas, l’une des fondatrices de «Osez le féminisme !». Il y a un an, le gouvernement s’est pourtant engagé à faire de la lutte contre ce fléau une « priorité ».
Le 4e plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes (2014-2016) prévoyait ainsi la généralisation du téléphone « grand danger » », le développement de dispositifs pour faciliter les dépôts de plainte ou la formation des professionnels à la gestion des violences intrafamiliales. Y figurent aussi un meilleur accueil des femmes étrangères fuyant des violences et la création de 1.650 solutions supplémentaires pour garantir l’accès à un hébergement d’urgence d’ici 2017.
À l’adresse des hommes violents, il existe désormais des stages de responsabilisation pour prévenir la récidive.

samedi 13 septembre 2014

Documentaire : enfants en souffrance, la honte France. Une enquête fouillée et édifiante sur la protection de l'enfance

En  2009, un rapport pour le moins accablant  de la Cour des comptes pointait  les dysfonctionnements de l'Aide sociale à l'enfance (ASE), pour laquelle, chaque année, l'Etat verse environ  8  milliards d'euros. 

Parmi ceux-ci  et non le moindre, le texte révélait l'absence de contrôle - sinon une fois tous les vingt-six ans  ! - des  associations qui gèrent les  centres d'hébergement où sont placés les enfants en difficulté  ainsi que les familles d'accueil. Or, cinq ans après ce texte qui alertait sur les "  risques de maltraitance institutionnelle  ", l'opacité semble être malheureusement  toujours de mise.
Pour preuve, l'enquête très  fouillée menée par  Alexandra Riguet  et Pauline Legrand. Pendant près de deux ans, celles-ci  ont sillonné la France pour tenter de faire parler les différents acteurs, notamment les conseillers généraux chargés  de l'ASE, mais également  pénétrer  au sein de foyers  d'accueil et d'hébergement.
Malversations financières
Or, sur les 2 600 qui existent en France, seul celui d'Hercé, à Laval (Mayenne), a accepté d'ouvrir  ses portes aux  deux réalisatrices, qui ont pu suivre  le quotidien d'une trentaine d'adolescents et de leurs éducateurs.
Une exception qui s'offre comme  une bouffée  d'air entre les différentes affaires de malversations financières, de maltraitance et  de sévices sexuels  sur lesquelles reviennent les auteures. Des affaires d'autant plus effarantes (on pense à l'agrément redonné  par l'ASE  à une  assistante après une condamnation  de deux mois pour mauvais traitements) qu'elles n'ont entraîné  aucune remise en cause du système. Jusqu'à quand  ?, s'interroge à juste titre ce film réquisitoire.
Par Christine Rousseau. 

A voir sur France 5 le Mardi 16/09/2014 à 20h50
Pauline Legrand et Alexandra Riguet (France, 2014, 52 min.)
Plus d'infos : http://www.france5.fr/emissions/le-monde-en-face/diffusions/16-09-2014_261091