mardi 22 mai 2018

Politique de santé : l'euthanasie en Europe

L'euthanasie active est autorisée dans trois pays en Europe : les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Les Pays-Bas, c'est le premier pays à avoir légalisé l'euthanasie active en 2001. En 2015, on a compté 5 500 cas d'euthanasie, soit une augmentation de 75% par rapport à 2010. Le gouvernement réfléchit aujourd'hui à étendre la loi aux personnes âgées non souffrantes.


Entre 9 000 et 10 000 euros en Suisse, pour un encadrement total

En Belgique, le médecin peut pratiquer l'euthanasie avec des produits achetés en pharmacie, comme l'explique le pharmacien Jean-Luc Cousin : "Un produit qui va favoriser un endormissement très rapide, un produit qui va entraîner le coma profond du patient, et un paralysant neuro-musculaire qui entrainera un arrêt respiratoire". Coût des substances : environ 25 €, sans compter la visite du médecin ou l'hospitalisation. En 2016, on compte près de 2 000 cas d'euthanasie, un chiffre stable. Mais de plus en plus de Français passent la frontière pour y avoir recours. D'autres pays comme la Suisse ont dépénalisé le suicide assisté. "On injecte le produit mortel dans le sachet de perfusion, et la personne va tourner elle-même le robinet qui va rouvrir la perfusion, décrit le Docteur Jérôme Sobel, président de l'association EXIT. Donc elle a le contrôle de sa vie et de sa mort jusqu'à la dernière seconde". En 2015, on a compté 965 cas de suicides assistés, soit trois fois plus que'en 2009. Le prix d'un encadrement de A à Z coûte entre 9 000 et 10 000 €. Mais malgré ces tarifs, de plus en plus d'étrangers choisissent de mourir en Suisse.

Source: Francetvinfo.fr,  09/05/2018.

jeudi 8 mars 2018

Lois de bioéthique : quels sont les enjeux et pourquoi les réviser ?

Avec les contributions de Hervé Chneiweiss, président du comité d’éthique de l’Inserm. Ancien membre du Comité consultatif national d’éthique, Jocelyne Fildard, coprésidente de la Coordination lesbienne en France, Suzy Rojtman, présidente du Collectif national pour les droits des femmes et Dorothée Browaeys, présidente de TEK4life, coordinatrice des plateformes de dialogue Nanoresp et Bioresp et Jean-Pierre Basset, militant du don de sang.

Rappel des faits. La révision de la loi de bioéthique de 2011 démarre le 18 janvier avec des états généraux. Un projet de loi doit être présenté au Parlement à l’automne, pour une adoption défi nitive début 2019.
 
Photo : Lionel Bonaventure/AFP
  • Orienter les techniques pour mieux vivre par Dorothée Browaeys, présidente de TEK4life, coordinatrice des plateformes de dialogue Nanoresp et Bioresp

«Quel humain naîtra pour demain ? Sera-t-il produit ou reproduit ? » Ces deux questions seront le cœur battant du prochain Forum européen de bioéthique (FEB), qui se déroulera du 30 janvier au 4 février. Depuis huit ans, ce rendez-vous annuel à Strasbourg aborde les sujets éthiques les plus divers : « Cerveau et comportements », « Le corps en pièces détachées », « Argent et santé », « Le normal et le pathologique »… Peu d’autres espaces en France mobilisent autant de monde : 30 000 personnes – et 112 701 en live-streaming – ont assisté en 2016 aux 40 événements consacrés à « Humain/post-humain ». C’est dire l’intérêt qui perdure pour ces sujets qui préfigurent le monde de demain. Pour autant, les citoyens se sentent-ils impliqués dans la révision des lois de bioéthique qui doit être réalisée en cette année 2018 ? Certes, un sondage réalisé par la Croix et le FEB vient de leur tendre un miroir : on y découvre une France beaucoup plus ouverte aux interventions techniques – pour la procréation notamment. Comme si les Français considéraient désormais que la mondialisation met à disposition toutes sortes de techniques qu’aucune barrière ne peut prétendre d’empêcher l’accès. Alors, seront-ils au rendez-vous des états généraux de la bioéthique – lancés le 18 janvier 2018 – afin d’apporter leur pierre à la révision des lois de bioéthique ?
C’est le vœu du professeur Jean-François Delfraissy, président de Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pour les sciences de la vie, en charge de cette révision. Ancien directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS), ce dernier a beaucoup collaboré avec les associations lors de l’apparition de l’épidémie. Il veut que le CCNE s’ouvre à la société civile pour coconstruire les savoirs avec les spécialistes. « Je ne crois pas à une éthique figée, confie-t-il. Celle-ci évolue avec la société. » Il entend mobiliser les espaces éthiques régionaux et compter sur le formidable élan des gens aujourd’hui, pour « prendre soin de l’environnement et d’eux-mêmes » ! Pour lui, l’avis des citoyens est essentiel, notamment pour des aspects sociétaux comme le bien-vieillir, la révolution des big data, la santé des migrants, la construction des bio-organes en 4D. « Même si les groupes de travail spécialisés au sein du CCNE procèdent à des auditions de personnalités extérieures, elles ne sauraient être suffisantes », estime-t-il. Face à la rapidité des évolutions techniques, il faut que notre société exprime les usages qu’elle veut privilégier et ceux qu’elle entend bannir. Cela nécessite des méthodes pour soutenir l’information, la discussion et la délibération publiques : ateliers scénarios (comme lors du forum européen Meeting of Life sur les neurosciences), focus groupes, conférences de consensus… Nous ne savons pas les procédures qui seront proposées dans le cadre des états généraux de la bioéthique, mais l’engagement à débattre et à tenir compte des apports, la transparence sur les process de coconstruction des repères sont un enjeu central.

(...)

Source : L'Humanité, 15/01/2018.
Article intégral en ligne : https://www.humanite.fr

jeudi 17 septembre 2015

Les députés britanniques rejettent à une très large majorité le suicide assisté

Les députés britanniques ont rejeté à une large majorité, vendredi 11 septembre, une proposition de loi pour autoriser les malades en phase terminale à mettre fin à leur vie. Trois cent trente députés ont voté contre cette proposition de loi introduite par le député travailliste Rob Marris, 118 pour.

Des manifestants contre le suicide assisté, devant le Parlement à Londres, le 11 septembre.

Les députés n’avaient pas reçu de consigne de leur parti pour ce vote, le premier sur la question depuis 1997, mais le premier ministre conservateur, David Cameron, avait clairement signifié son opposition à ce texte. Comme le précise le Guardian, même si la proposition avait été approuvée au Parlement, elle n’aurait eu qu’une mince chance de devenir loi du fait de l’opposition du premier ministre.
L’association British Humanist Association, favorable au suicide assisté, a regretté dans un communiqué l’issue de ce vote qui va laisser « un grand nombre de personnes souffrir inutilement ou les contraindre à se rendre en Suisse ou encore laisser leurs proches mettre illégalement fin à leur vie ».

Le Monde.fr avec AFP |

dimanche 14 décembre 2014

Fin de vie : Hollande veut instaurer un « droit nouveau » à mourir

Après avoir soigneusement temporisé et consulté plus qu’à l’envi, François Hollande a, enfin, trouvé le point d’équilibre politique sur une des plus délicates questions sociétales de son quinquennat, celle de la fin de vie. La formule avancée se veut la plus consensuelle possible : ni suicide assisté ni euthanasie, mais la mise en place d’un « droit nouveau » des personnes. C’est ce qu’ont proposé, vendredi 12 décembre, sans véritable surprise, les députés Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (UMP) au président, qui leur avait demandé en juin de préparer, « dans un esprit de rassemblement », un nouveau texte de loi.


Le chef de l’Etat, estimant que « le temps est venu d’engager la discussion parlementaire sur ces bases », semble néanmoins à ce stade disposé à accélérer, qui a demandé, vendredi 12 décembre, « à ce qu’un débat général puisse être organisé dès le mois de janvier à l’Assemblée nationale ». À l’Elysée, on souligne ainsi qu’un débouché politique rapide conclut deux ans et demi de pilotage pointilleux et parfois déroutant. « La démarche consensuelle n’exclut pas la rapidité d’exécution, explique un conseiller. Le président avait certes cherché la convergence, mais le résultat est puissant et fort, car il consacre le droit à mourir dans la dignité. Il y a une volonté d’aller vite. »
MM. Claeys et Leonetti, dans leur proposition de loi, souhaitent en effet que soit inclus dans le code de la santé publique un droit à une sédation « profonde et continue » en phase terminale et que les directives anticipées, jusqu’ici simplement indicatives, s’imposent sous certaines conditions aux médecins. « Ce basculement d’un devoir des médecins à un droit nouveau des malades est une étape culturelle lourde », juge Jean Leonetti, dont la loi d’avril 2005 sur la fin de vie porte le nom. Une loi qui, selon François Hollande, « reste mal connue » et « donc mal appliquée », mais laisse également « des questions en suspens, notamment la prise en compte des volontés de la personne en fin de vie ».

Le droit à la sédation, une « inégalité de fait »

« Notre texte lève un certain nombre d’ambiguïtés », estime Alain Claeys. Il l’assure, cette proposition de loi est le fruit d’un « cheminement, pas d’un compromis » avec M. Leonetti. « On n’a ni l’un ni l’autre renoncé à quoi que ce soit. On savait sur quoi on voulait aboutir. » À en croire les parlementaires, il ne s’agirait donc pas d’un accord sur un plus petit dénominateur commun, mais bien d’une avancée.
Le droit à une sédation « profonde et continue » constitue ainsi, selon eux, une réponse à des pratiques « très hétérogènes » qui créent aujourd’hui une « inégalité de fait ». Leur proposition s’appuie sur le « consensus » qui ressort, selon eux, des rapports rédigés par le professeur Didier Sicard en décembre 2012 et par le Comité national d’éthique (CCNE) en juillet 2013. Ce droit, qui ne figurait jusqu’à présent pas dans les textes de loi, devrait permettre de soulager les souffrances d’un malade atteint d’une maladie grave et incurable, « dont le pronostic vital est engagé à court terme » et pour lequel aucun traitement ne s’est montré efficace. Il pourra aussi concerner un malade atteint d’une maladie grave et incurable qui déciderait d’arrêter les traitements le maintenant en vie.

Pour les deux députés, les directives anticipées devraient également être profondément remaniées. Elles devraient être rédigées sur un modèle standardisé, ne plus avoir de durée de validité limitée, et leur existence devrait figurer sur la carte Vitale d’assuré social. Enfin, et c’est l’autre grande proposition, elles devraient s’imposer aux médecins, ce qui « devrait les faire apparaître plus utiles ». Les deux parlementaires estiment que leur texte s’accorde avec la proposition n° 21 du programme du candidat Hollande en 2012 qui faisait état de la possibilité pour une personne « en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable » de pouvoir bénéficier, « dans des conditions précises et strictes », d’une « assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ».

Deux ans et demi de réflexion

C’est donc, conformément à sa préoccupation, un texte consensuel, susceptible d’être voté au Parlement par la droite et la gauche, qu’a reçu vendredi le chef de l’Etat. Mais, également, une réelle avancée. Personnellement concerné par la question de la fin de vie depuis le décès de sa mère, Nicole Hollande, en 2009, et convaincu de la nécessité d’une évolution législative d’une part, au point de l’avoir inscrite dans ses 60 engagements de campagne, le président se montrait également soucieux de ne pas ressusciter les tensions et fractures qui avaient accompagné le vote du mariage pour tous, insuffisamment anticipées par l’Elysée. « Je souhaite que ce texte puisse être élaboré sans polémiques, sans divisions et simplement dans l’idée qu’un cheminement est possible pour rassembler toute la société », avait posé M. Hollande en janvier.
C’est pourquoi le chef de l’Etat s’est donné près de deux ans et demi de réflexion sur la question, en la confiant à la mission Sicard d’abord, puis au CCNE et enfin, en novembre 2013, à une conférence de citoyens. Et avait, à plusieurs reprises, reporté une date d’examen sur ce sujet. A ce stade, « il était inutile de repartir à nouveau dans un cycle d’auditions qui avaient déjà été menées », selon un conseiller, qui souligne « un texte de loi fort, qui change beaucoup de choses dans le paysage ». M. Hollande l’assure : « Le vote de cette loi constituera un grand progrès. Mais il ne faut pas seulement ouvrir le droit. Il convient aussi de faire évoluer les mentalités, les attitudes, les pratiques. »
Pressentant le contenu du texte, l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), qui milite pour la légalisation de l’euthanasie, avait d’ores et déjà appelé à un rassemblement vendredi après-midi devant l’Assemblée nationale pour dénoncer une « loi Leonetti de gauche ». Conscient qu’ils ne donneront satisfaction ni aux partisans du suicide assisté ou de l’euthanasie ni aux militants pro-vie partisans d’un certain statu quo, Jean Leonetti et Alain Claeys assument. « Nous voulions répondre aux attentes des citoyens, pas à celles des associations et des lobbys », déclare le premier. « Le débat de société, légitime, entre laisser mourir et faire mourir ne s’arrêtera pas avec cette proposition de loi », assure le second. Quant au chef de l’Etat, il estime qu’avec ce texte « c’est toute la société que nous ferons progresser ».

Le Monde,

lundi 24 novembre 2014

Fin de vie : mourir vraiment dans la dignité

Le suicide d'un octogénaire qui a tué son épouse atteinte d'un cancer incurable relance le débat sur l'euthanasie. Pour Damien Le Guay, auteur du Fin mot de la vie, contre le mal mourir en France, l'urgence n'est pas de légiférer sur la mort mais de remettre le malade au cœur de l'hôpital.


Un homme de 84 ans s'est donné la mort ce dimanche à l'hôpital Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt. Juste avant, il a tué d'une balle son épouse hospitalisée pour un cancer incurable. Les partisans de l'euthanasie demandent une loi pour «éviter ce genre de drames». Que pensez-vous de ce «droit à mourir dans la dignité» qu'ils invoquent? 
 
Damien LE GUAY: Il faut toujours remettre en cause l'idée selon laquelle il y aurait d'un côté une mort «digne», celle, choisie, de l'euthanasie, et, de l'autre une mort indigne, car «subie». Il faut contester à l'ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) la «dignité» qu'ils revendiquent et qu'ils confisquent au détriment des autres. Il y a des dignités différentes, voilà tout. Le droit à mourir dans la dignité est mis en œuvre jour après jour par les innombrables bénévoles en soins palliatifs bien plus que par l'ADMD.
Un constat s'impose: aujourd'hui, on meurt mal en France. Certains avancent une solution: ne pas appliquer la loi Léonetti, ne pas améliorer les soins palliatifs et légaliser l'euthanasie. Or, la légalisation de l'euthanasie serait un mal pire que les maux qu'elle prétend résoudre. 

Crédits photo : Eric Baudet/Divergence

Pourquoi? N'est-elle pas simplement l'expression d'une «ultime liberté»? 

Il y a deux euthanasies. D'une part l'euthanasie-liberté qui est celle, par exemple, d'André Comte-Sponville. Il pense l'euthanasie dans le prolongement du suicide avec la noblesse d'une «ultime liberté» face à toutes les contraintes, les lassitudes. Il est possible de discuter de ces motivations - acceptables jusqu'à un certain point. D'autre part: l'euthanasie économique. Plus sordide, moins avouable. Il y a un an un vice-premier ministre japonais (avant de faire machine arrière) avait fait le constat que 50% des dépenses de santé de son pays intervenaient dans les dernières semaines de la vie. Ce qui est vrai au Japon l'est aussi en France. Il avait suggéré que, par devoir civique, les japonais «devraient» avancer de quelques semaines leur mort. Ainsi l'Etat ferait de considérables économies. Les deux euthanasies sont distinctes et en même temps, la seconde n'est pas loin de la première. Les coûts de la santé sont collectifs. Une pression sociale existe, implicitement. La dérive est possible. Et ceux qui, sans le dire, veulent diminuer les dépenses de santé par une «économie» de quelques semaines sur la durée de vie, font des partisans de l'euthanasie-liberté des «idiots utiles» de ce débat.

96% des Français se disent favorables à l'euthanasie. Peut-il y avoir encore débat avec de tels sondages ?

Oui. Encore faut-il savoir pourquoi les Français veulent l'euthanasie? Avant tout, ils craignent l'hôpital! Ils n'ont pas envie de mourir seuls, abandonnés, face à des machines, réduits à leurs maladies et incapables de comprendre la logique toute puissante des médecins. Ils savent qu'ils vont perdre leur autonomie physique mais surtout leur autonomie de décision. Ils ne seront plus maîtres du jeu. N'auront plus leur mot à dire. De guerre lasse, ils préfèrent «l'euthanasie» sans savoir qu'ils réclament bien des droits qui sont déjà acquis. Quand on demande aux Français s'ils ont le droit de demander l'interruption des soins, ils répondent non! Alors que c'est le cas depuis la loi de 2002! Toute cette ignorance et cette peur se convertissent en une revendication indistincte et incertaine de rejet de l'hôpital plus que d'adhésion à l'euthanasie. Ne faudrait-il pas améliorer «l'offre palliative», la place centrale de l'humain, l'écoute, l'humanité des relations, la modestie du curatif! C'est une question de volonté politique. Avant de se poser la question de l'euthanasie, posons-nous d'abord la question du confort, de l'accompagnement, des conditions de la mort en France. Il y a tant et tant à faire !



Lire la suite de l'article sur le site internet du Figaro :  http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/11/24/31003-20141124ARTFIG00081-fin-de-vie-mourir-vraiment-dans-la-dignite.php

mardi 11 novembre 2014

Comment assurer à tous une fin de vie digne en France ?

Légalisation de l’euthanasie, suicide assisté, soins palliatifs…Jean Claude Ameisen Président 
du Comité consultatif national d’éthique et Damien 
Le Guay Philosophe, président du Comité national d’éthique 
du funéraire.


La dignité de l’homme : décider pour lui-même
par Jean-Luc Romero  Président 
de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD)


Lorsqu’il s’est agi du divorce, de l’avortement, du mariage pour tous, et malgré les esprits les plus conservateurs de notre société, le législateur a créé les conditions du choix et l’encadrement des pratiques afin que ce choix s’exerce librement, sans contrainte et sans aucune dérive. Sur le sujet de la fin de vie – tabou s’il en est, tant cette question est empreinte en France de notre héritage chrétien – il ne faut pas agir autrement. Laisser l’individu choisir, encadrer les pratiques de la fin de vie afin de s’assurer de son consentement libre et éclairé et de se garder de tout risque de dérive.
La dignité, c’est précisément cela. Agir selon sa conscience, sa volonté, fixer soi-même les limites de sa propre condition de femme ou d’homme et refuser d’en franchir les frontières qui font passer de la vie, belle et magique, à la survie, dramatique et douloureuse. Pourquoi, en France, contrairement aux Pays-Bas, à la Belgique, au Luxembourg…, pays qui nous sont si proches, des médecins, des religieux, des croyants imposeraient aux autres leurs propres opinions ? N’est-ce pas avoir foi en l’homme que de croire en son jugement et de le respecter, même si cela va à l’encontre de nos convictions personnelles ?

En matière de fin de vie, la dignité, c’est maîtriser les conditions de sa propre fin de vie. Avoir le choix entre être prolongé dans sa thérapie car chaque jour gagné est une victoire sur la maladie ; bénéficier d’un lit dans une unité de soins palliatifs, ce qui est loin d’être le cas dans notre pays tant le manque de moyens hospitaliers est cruel, contrairement à ce qui existe dans les pays du Benelux ; bénéficier d’une aide active à mourir, qu’il s’agisse d’une euthanasie active ou d’un suicide assisté, parce que la mort est là, que le diagnostic de fin de vie a été posé, que la médecine est impuissante non seulement à guérir mais également à soulager et que le patient la demande.

Dans notre pays démocratique, seule une loi républicaine assurera les bonnes pratiques ainsi que l’égalité entre chaque citoyen, sans considération de sa fortune personnelle qui lui permettrait de se rendre en Suisse ou de ses relations qui lui permettraient de bénéficier du coup de pouce d’un médecin plus compatissant et plus audacieux que les autres.
Le tout dernier sondage (Ifop – octobre 2014) rappelle combien les Français sont attachés à cette ultime liberté, celle de choisir le moment et la manière d’éteindre la lumière. En effet, 96 % de nos concitoyens sont favorables à la légalisation de l’euthanasie, quand les médecins y sont tout de même favorables à 60 % (Ipsos – janvier 2013 pour le conseil national de l’ordre des médecins). Dans le même temps, 94 % des Français comprennent le choix de leurs compatriotes qui s’exilent en Suisse pour y mourir dignement, puisque c’est pour 92 % le signe du caractère insatisfaisant de la loi Leonetti.

Nous pourrons débattre des heures. Nous pourrons parler d’Hippocrate et de Dieu. Du don et du sacré. Néanmoins, aucun argument ne viendra à bout de la supériorité de la liberté et du choix sur les croyances et l’autoritarisme, voire le paternalisme. C’est aussi cela, la dignité de l’homme : décider pour lui-même et ne pas subir d’influences. Alors, comment assurer une fin de vie digne en France ? Écoutez la souffrance et la demande de celui qui est dans le lit. Ne parlez pas en son nom. Épargnez-lui les tourments de la fin de vie si tel est son choix. Épargnez-lui le temps de l’agonie s’il le demande.
La dignité du mourant est de rester un citoyen libre et responsable jusqu’au bout. Un citoyen écouté et respecté. Aux détracteurs du droit de mourir dans la dignité, je rappellerai aussi que la dignité des vivants est de respecter autrui et de ne pas lui imposer ses vues. C’est une question de principe et de droit. (...)

Lire la suite de l'article sur le site internet de L'Humanité : hhttp://www.humanite.fr/comment-assurer-tous-une-fin-de-vie-digne-en-france-556443