dimanche 26 mai 2019

Festival de Cannes 2019 : le palmarès en images

Le jury présidé par Alejandro Gonzalez Iñarritu a remis la Palme d’or au réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho pour « Parasite ». Retour en vidéo sur les films primés.


Source : Le Monde.fr, 25/05/2019.


samedi 25 mai 2019

Cannes 2019 : découvrez le palmarès complet, film par film

C’est “Parasite” du réalisateur coréen Bong Joon-ho qui a obtenu la récompense suprême de cette superbe 72e édition. “Atlantique” de Mati Diop remporte pour sa part le Grand Prix. Voici le palmarès intégral.


 Palme d'or
 Parasite de Bong Joon-ho

> Pour aller plus loin : Bong Joon-ho, vainqueur par chaos
 
 Grand Prix
 Atlantique de Mati Diop

> Pour aller plus loin : Mati Diop, la “Nouvelle Vague” de Dakar 
 
 Prix du jury
 Ex-aequo, Les Misérables de Ladj Ly
 
 
 

dimanche 22 mai 2016

Festival de Cannes : la Palme d’or pour Ken Loach

Le réalisateur Ken Loach et sa Palme d’or au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016.

Au terme de dix jours de projection de films en tous genres et de montées des marches sur fond de flashs et de paillettes, le jury, présidé par l’Australien George Miller, le réalisateur de la saga Mad Max, a fait son choix, récompensant le réalisateur britannique Ken Loach avec la Palme d’or pour son film Moi, Daniel Blake. Jean-Pierre Léaud, lui, a reçu une Palme d’honneur pour sa carrière, au cours de la cérémonie de clôture du 69e Festival de Cannes, présentée par l’acteur Laurent Lafitte.

 

La Palme d’or à Moi, Daniel Blake, du Britannique Ken Loach

 

Six fois primé à Cannes, où il avait déjà reçu la Palme d’or en 2006 pour Le vent se lève, Ken Loach, 79 ans, raconte l’histoire d’un menuisier qui se bat pour obtenir l’aide sociale. Moi, Daniel Blake n’est pas une satire d’un système absurde. Ken Loach n’est pas un humoriste, c’est un homme en colère, et le parcours de l’ouvrier privé de travail et de ressources est filmé avec une rage d’autant plus impatiente qu’elle est impuissante.
Il a profité de son temps de parole, lors de la cérémonie de clôture, pour attaquer « les pratiques néo-libérales qui ont entraîné dans la misère des millions de personnes, de la Grèce au Portugal, avec une petite minorité qui s’enrichit de manière honteuse ».

Le Grand Prix à Juste la fin du monde, du Canadien Xavier Dolan

 

Le réalisateur canadien, extrêmement ému, a notamment déclaré : « Tout ce qu’on fait dans la vie, on le fait pour être aimé, pour être accepté. Je tournerai toute ma vie des films, aimé ou non. » Il a terminé en citant Anatole France : « Je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence ».

Le prix de la mise en scène ex aequo au Français Olivier Assayas (pour Personal Shopper) et au Roumain Cristian Mungiu (pour Baccalauréat)

 


Le réalisateur Olivier Assayas au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016.
Cristian Mungiu avait déjà reçu la Palme d’or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Dans Baccalauréat, il sonde avec acuité les compromissions et la corruption dans la société roumaine. Pour Olivier Assayas, ce prix « est le plus beau prix, que je partage avec un cinéaste que j’admire. La mise en scène, c’est quelque chose qui s’invente collectivement, mais j’ai l’impression d’avoir construit un collectif, et ce prix lui appartient collectivement. »

Le prix du scénario à l’Iranien Asghar Farhadi pour Le Client (Forushande)

 


Le réalisateur Asghar Farhadi au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016.
Le réalisateur Asghar Farhadi au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. ALBERTO PIZZOLI/AFP
« Mes films ne sont pas connus pour être joyeux », a dit le réalisateur en recevant son prix, espérant que son film « apporte de la joie » au peuple iranien. Il raconte l’histoire d’un couple de comédiens en train de répéter une pièce de théâtre, qui se trouve contraint de quitter son appartement à Téhéran en raison de travaux menaçant leur immeuble.

Le prix d’interprétation féminine à Jaclyn Jose, pour son rôle dans Ma’Rosa, du Philippin Brillante Mendoza

 


L’actrice Jaclyn Jose au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016.
L’actrice Jaclyn Jose au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. JEAN-PAUL PELISSIER/REUTERS
La star philippine a remercié « Brillante Mendoza, un réalisateur formidable, un vrai génie ». Dans Ma’Rosa, elle incarne Rosa Reyes, dite Ma’Rosa (Maman Rosa). Pour le rôle, elle est allée s’immerger incognito, de nuit, dans les quartiers que le film décrit, pour faire connaissance avec des personnes du même milieu.

Le prix d’interprétation masculine à Shahab Hosseini, pour son rôle dans Le Client (Forushande)

 


L’acteur Shahab Hosseini au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016.
L’acteur Shahab Hosseini au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. LIONEL CIRONNEAU/AP
L’acteur iranien joue Emad, professeur et comédien, au sein d’un couple qui se trouve confronté à des événements et des choix bouleversants, alors qu’ils jouent Mort d’un commis voyageur, d’Arthur Miller. « Je sais que mon père, là où il est, au paradis, est en train de partager cette soirée avec moi. Paix à son âme, et que son âme soit joyeuse, a-t-il dit en recevant son prix. Ce prix, je le dois à mon peuple, donc de tout mon cœur avec tout mon amour, c’est à lui que je le rends»

Le prix du jury à American Honey, de la Britannique Andrea Arnold

 


La réalisatrice Andrea Arnold au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016.
La réalisatrice Andrea Arnold au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. VALERY HACHE / AFP
Elle a été saluée pour son premier film tourné aux Etats-Unis. Un prix qu’elle avait déjà reçu à Cannes pour Red Road (2006) et Fish Tank (2009). Habituée de la compétition, Andrea Arnold s’est offert, comme se doit aujourd’hui de le faire tout cinéaste sélectionné à Cannes qui se respecte, son « film américain ».

La Caméra d’or à Divines, premier long-métrage de la Franco-Marocaine Houda Benyamina

 


La réalisatrice Houda Benyamina lors de la cérémonie de clôture du 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016.
« Cannes, c’est aussi notre place à nous. Cannes est à nous, à nous les femmes ! » La réalisatrice a un peu réveillé une salle endormie en début de cérémonie, avec un discours d’anthologie. Dans le film, l’actrice principale (et petite sœur de la réalisatrice), Oulaya Amamra, 20 ans, incarne Dounia, une jeune fille qui vit dans un camp de Roms en marge d’une cité de la banlieue parisienne et a décidé que, dans sa vie, tout serait possible.
  • La Palme d’or du court-métrage à Timecode, de l’Espagnol Juanjo Gimenez, ainsi qu’une mention spéciale du jury pour le Brésilien Joao Paulo Miranda Maria, pour La Jeune Fille qui dansait avec le diable.
LE MONDE | • Mis à jour le

lundi 25 mai 2015

Vincent Lindon : « Un film peut faire bouger les choses »

Lire des extraits de notre entretien avec Vincent Lindon, acteur et coproducteur de « la Loi du marché », film événement de Cannes en salles depuis le 20 mai, Vincent Lindon a été plébiscité par une standing ovation de plus de 10 minutes. Pour l’acteur, rencontré par l’«Humanité Dimanche », ce film est un acte politique.

 
Rencontrer Vincent Lindon, c’est vivre l’expérience trop rare d’un comédien qui va au-delà de l’exercice de promotion d’un film. Comme dans ses rôles, il est là, présent, il incarne. À l’écoute, prêt à rectifier, contredire, préciser, illustrer par le geste et la parole ses digressions et son point de vue, Vincent Lindon, l’homme d’extraction « bourgeoise et aristocratique », est devenu l’un des prolos préférés et les plus crédibles du cinéma français.
Maître-nageur apprenant à un migrant à nager pour l’aider à réaliser son projet fou de traverser la Manche dans « Welcome », grutier dans « Fred », maçon dans « Mademoiselle Chambon », il est aujourd’hui Thierry dans « la Loi du marché », ancien ouvrier au chômage longue durée, contraint de devenir agent de sécurité dans un hypermarché. Pendant des semaines, pour les besoins du tournage, il a déambulé au milieu des clients dans les rayons, endossant la tenue de ses collègues. Il évoque « la Loi du marché » et son amour pour les gens vrais.
 
HD. Que vous inspire le titre « la Loi du marché », un terme trop souvent utilisé comme un bouc émissaire ?
 
VINCENT LINDON. Un bouc émissaire est celui qui prend à la place des autres. La loi du marché n’est pas un bouc émissaire mais une définition, un raccourci pour retranscrire ce qu’il se passe. Il serait trop facile d’en faire un bouc émissaire. C’est la réalité. Dans le langage courant, on peut enlever la loi. On entend: « Ben oui, mon gars, c’est le marché. » « La Loi du marché » est un titre formidable, très puissant, violent, incisif, dérangeant, attirant, policier, alors que le film est le contraire d’un polar. C’est aussi une expression terrible. Elle me fait aussi peur que « il n’y a pas de fumée sans feu », qui me gêne parce qu’elle veut dire que tout le monde est présumé coupable. La loi du marché oblige quelquefois les hommes à faire des choses pas bien. Dans le film, il est question de quelqu’un qui va résister comme dans « le Rebelle » de King Vidor, un chef-d’œuvre absolu avec Gary Cooper, qui pourrait être « la Loi du marché » d’il y a cinquante ans. À un moment, un homme est face à un choix. Soit il a des convictions et ne veut pas faire de concessions – mais cela a un coût et pas des moindres –, soit il courbe l’échine, mais cela a aussi un coût, psychologique. Parfois les plus forts arrivent à passer à travers et à dire: « Ce coup-ci, c’est non, je n’irai pas plus loin, j’en ai assez supporté comme ça. »
 
« DANS MA VIE, CE FILM ARRIVE COMME UNE RÉCOMPENSE. FAIRE THIERRY A REMIS DE L’ESSENCE DANS MON MOTEUR. »
 
HD. Quel regard portez-vous sur Thierry, votre rôle dans le film ?
V. L. Dans ma vie, ce film arrive comme une récompense. J’ai quelque chose à dire à ce personnage. Il a quelque chose à me répondre. C’est comme si on se disait: « On est de la même maison, Totoche. » Depuis longtemps, j’essaie de ne pas plier sous certaines concessions, de me rapprocher le plus possible, dans mon métier bourgeois, de la tolérance zéro. On propose aux acteurs, aux actrices et aux gens connus, des milliards de facilités. J’essaie de n’en accepter aucune. Lire la suite

« La Loi du marché » : peut-on tout accepter pour garder son job ?

Une semaine après la sortie sur les écrans de « La Tête haute », le film puissant d’Emmanuelle Bercot sur un ado ingérable qui se débat tant mal que bien dans la France d’aujourd’hui, une seconde fiction, présentée en compétition au Festival de Cannes, témoigne de la réalité brute (très brute) de l’Hexagone.

Dans la ligne de mire du cinéaste : le chômage et ses dégâts, l’horreur économique et ses conséquences, le travail qui rend fou et l’inacceptable devenu des normes.

 Litanie de l’effroi

 Il s’appelle Thierry et fréquente les bureaux de Pôle emploi depuis dix-huit mois interminables. Dix-huit mois à traquer les petites annonces et à peaufiner son CV de « senior » condamné au hors-jeu. Dix-huit mois à tenter d’oublier qu’hier, autrefois, il « gagnait sa vie » et pouvait miser sur l’avenir. Dix-huit mois à espérer, à combattre, à s’angoisser. Dix-huit mois à tenter de rester digne aux yeux de ses proches et à ses propres yeux.
Quand Thierry, enfin, retrouve un boulot (vigile dans un supermarché pour un salaire que l’on devine de misère), d’autres « problèmes » surviennent. Chargé de surveiller les clients et les caissières, ce héros de notre (triste) temps se retrouve confronté à de sévères conflits moraux quand il s’agit pour lui de collaborer à une politique de dénonciation érigée en norme et à la loi du profit maximal.
Peut-on tout accepter pour garder son job ? Faut-il bousiller les plus faibles que soi pour espérer conserver la tête hors de l’eau et ne pas retourner dans la case chômage ? 




Un film brutalement contemporain… Dans le bien nommé « La Loi du marché », Stéphane Brizé (« Mademoiselle Chambon », « Quelques heures de printemps ») met en scène au plus près un homme d’aujourd’hui, ballotté par une « logique » sociale, qui ne fait aucun cadeau à ceux qui se retrouvent au bord de la route, sacrifiés sur l’autel des restructurations économiques et de la rentabilité vraiment à tout prix.
Violence de son temps
Pour mettre en scène cette histoire simple et glaçante, le cinéaste refuse le misérabilisme, les surenchères et se concentre sur quelques « moments » (banals seulement en apparence) où le héros se cogne contre la violence de son temps : dans l’exercice de ses fonctions où il chasse plus pauvre que lui, face à ses banquiers qui l’étranglent, dans sa vie familiale où il convient de « faire bonne figure », malgré les dettes qui s’amoncellent et des lendemains qui ne promettent rien de bon.
Pour mener à bien l’aventure de « La Loi du marché », le cinéaste a opté pour des choix radicaux. En premier lieu, celui d’engager autour de son acteur principal (Vincent Lindon, bouleversant en homme « ordinaire » qui, envers et contre tout, tente de rester fidèle à ses valeurs) des comédiens non professionnels. Le cinéaste s’en explique :
« J’avais déjà fait tourner des non-professionnels dans des petites rôles avec, à chaque fois, le sentiment de me rapprocher d’une vérité qui est la chose qui m’intéresse le plus dans mon travail. »
Il poursuit :
« Il fallait que je pousse le système encore plus loin en confrontant un comédien ultra confirmé à une distribution entière de non-professionnels. Avec l’idée d’entraîner Vincent Lindon dans des zones de jeu qu’il n’avait pas encore explorées. »
Une affaire de cohérence
Cohérent avec son projet, auquel Vincent Lindon est étroitement associé puisqu’il coproduit le film, Stéphane Brizé a travaillé hors des « lois » usuelles du cinéma français.
Tourné avec une équipe technique restreinte, « La Loi du marché » a été financé avec un budget modeste (estimé autour d’1 million d’euros), les salaires du cinéaste et de l’acteur principal étant mis en participation alors que l’ensemble de l’équipe était rémunéré au tarif normal.
Une affaire de morale, ou peu s’en faut, pour un film important où fond, forme et mode de financement sont indissociables. Et peut-être un exemple à retenir pour la production cinématographique française ambitieuse, qui désire filmer « autrement » de vrais sujets.
Des chômeurs partout
Fait révélateur de l’époque, « La Loi du marché » n’est pas le seul film à s’être récemment intéressé à la question brûlante du travail – et de son absence. Ces dernières années ou derniers mois, plusieurs films ont zoomé sur le sujet. 

Pour mémoire, revue partielle et partiale :
Bruno Davert, un cadre supérieur, a été licencié de son entreprise après un plan de délocalisation. Il est prêt à tout pour retrouver un job, y compris à éliminer physiquement ses concurrents… Une comédie acide, d’après le polar de Donald E. Westlake, où Costa Gavras met en scène un chômeur (José Garcia) gagné par la déraison.
Une ouvrière de Dunkerque, chômeuse depuis peu, devient la femme de ménage d’un trader. Elle découvre que ce dernier est responsable de la fermeture de son ancienne usine. Cédric Klapisch délaisse la comédie et signe une fiction rageuse sur la « fracture sociale ».
George, petit patron d’une entreprise nautique, est lâché par sa banque et se bat pour sauver son entreprise. Au risque d’oublier ses principes moraux, de négliger son personnel et de sombrer dans la dépression. Le surendettement et les licenciements sauvages : un film puissant sur l’époque et le meilleur rôle récent de Daniel Auteuil.
Sandra a été licenciée de sa petite entreprise pendant un congé maladie. Explication : ses collègues ont voté pour une réduction des effectifs en échange d’une prime de 1 000 euros… L’héroïne (Marion Cotillard) tente de les faire revenir sur leur décision. Les frères Dardenne mettent en scène la violence des rapports sociaux et un univers du travail où tous les mauvais coups sont permis.
Franck, un ancien ouvrier, a été sacrifié sur l’autel de la restructuration d’entreprise et de la « modernité » économique. Pour survivre, il travaille comme vigile dans un centre commercial. La dégringolade d’un quinquagénaire, ex délégué syndical (Olivier Gourmet), qui se débat dans la précarité.
Des salariés d’un magasin hard discount de la région Nord sont menacés de licenciement. Pour échapper au pire, ils décident de monter leur propre coopérative en se servant dans les stocks… Une comédie offensive où le débutant Louis-Julien Petit met en scène la peur du chômage, la honte du gaspillage alimentaire et la résistance en forme d’union solidaire.

L'Obs, Rue 89, Olivier De Bruyn, 19 mai 2015.

Stéphane Brizé : « Je veux voir des personnages en marche »

Acteur et victime d'une déshumanisation en marche : Vincent Lindon est Thierry, vigile dans un supermarché. "Je voulais placer mon personnage dans un écosystème où il se trouve obligé de surveiller son collègue", explique le réalisateur.

Pour sa première sélection en compétition au Festival de Cannes 2015, Stéphane Brizé retrouve, dans "la Loi du marché", Vincent Lindon pour la troisième fois, 
après "Mademoiselle Chambon" et "Quelques heures de printemps".


L’hypermarché est un personnage récurrent du cinéma français. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce cadre ?
303354 Image 0  Stéphane Brizé L’hypermarché est un cadre cinématographique idéal pour créer de la fiction, des images. Avec un personnage d’agent de sécurité, cet endroit est intéressant parce qu’il peut être un lieu de répression modeste. Je voulais placer mon personnage dans un écosystème où il se retrouve obligé de surveiller son collègue. Puis, tout le monde va faire ses courses et passe devant les agents de sécurité ou les hôtesses de caisse sans les voir. Il est important que la caméra se déplace sur les invisibles, les oubliés, tous ces gens qui peuvent être dans des situations économiques très difficiles

Comment s’est déroulée la collaboration avec l’hypermarché ?
Stéphane Brizé 
On a tourné sans jamais interrompre la marche du supermarché. On s’est noyé dans la masse. Vincent Lindon était habillé en agent de sécurité et déambulait comme les autres en bout de caisse. Il n’a jamais été interpellé par des clients. On était en longue focale. On pouvait filmer de loin les plans serrés. On est resté très discret. Les employés du film travaillent à l’hypermarché.

Comment le réel a-t-il nourri le film ?
Stéphane Brizé 
J’ai passé beaucoup de temps dans l’hypermarché. J’ai fait un stage d’agent de sécurité, où j’ai assisté à des scènes hallucinantes. Elles dépassent tellement l’imagination qu’elles ne peuvent pas fonctionner dans un film de fiction. Lors d’une interpellation, une dame qui avait volé pour 10 euros, disait des choses totalement surréalistes à l’agent de sécurité noir que l’on voit dans le film : « Vous avez conscience que nous ne sommes pas de la même race, monsieur ? Entendez-vous ce que je dis ? » Pour finir, son mari est entré en hurlant : « Vive Marine ! » J’ai essayé de mettre cette scène dans le film mais elle était intournable. Dans la fiction, on est parfois obligé d’accentuer le réel, parfois de le retenir. J’ai rencontré beaucoup d’hôtesses de caisse. J’ai trouvé une modestie très particulière chez beaucoup d’entre elles. Au quotidien, elles doivent supporter la mauvaise humeur des gens avec le sourire. Après dix ou vingt ans, cela crée une personnalité. De la même manière, j’ai énormément discuté avec les gens de Pôle emploi, assisté à des formations sur les CV, les entretiens d’embauche. C’est comme cela que j’ai rencontré le formateur du film. Chaque métier possède un langage. Ces mots que je n’aurais pu inventer nourrissent les scènes de réel. En rencontrant ces gens, on dépasse les clichés.

(...) 
Entretien réalisé par Michaël Melinar,Mardi 19 Mai 2015,L'Humanité

dimanche 24 mai 2015

Festival de Cannes : le Palmarès 2015

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