samedi 31 décembre 2016

Ebola : l'OMS annonce un premier vaccin qui serait "jusqu'à 100%" efficace

Il n'y a eu aucun cas d'Ebola parmi les quelque 6.000 personnes qui ont reçu ce vaccin l'an dernier en Guinée. Un vaccin d'origine canadienne contre le virus Ebola, qui a fait plus de 11.000 morts en Afrique de l'Ouest, est efficace "jusqu'à 100%", annonce ce vendredi 23 décembre l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Le vaccin, dont le laboratoire américain Merck a acquis les droits de commercialisation, pourrait être enregistré en 2018, après soumission du dossier aux autorités américaines (FDA) et européennes (EMA). Le processus d'approbation standard est habituellement d'une décennie, voire plus, a rappelé le Dr Marie-Paule Kieny, sous-directrice générale à l'OMS.
Il n'y a eu aucun cas d'Ebola parmi les quelque 6.000 personnes qui ont reçu ce vaccin l'an dernier, en Guinée, contre 23 cas dans le groupe des non-vaccinées, selon les résultats de l'essai conduit par l'OMS avec le ministère canadien et des partenaires internationaux.
"Ce qui suggère fortement que le vaccin est très efficace et pourrait avoir une efficacité jusqu'à 100%", a déclaré le Dr Kieny.
Son équipe de chercheurs a calculé qu'en cas de pleine épidémie, il y a 90% de chances que le vaccin, baptisé rVSV-ZEBOV, soit à plus de 80% efficace.

"Nous sommes prêts"

"Finalement au bout de 40 ans, il semble que nous ayons maintenant a priori un vaccin efficace contre la maladie Ebola", commente un scientifique américain indépendant, Thomas Beisbert, dans la revue médicale "The Lancet" qui publie ce vendredi les résultats finaux de l'essai.
Ces derniers confirment que le vaccin rVSV-ZEBOV présente une efficacité de 100% au cours des 10 jours suivant son administration par l'injection intramusculaire d'une dose chez une personne non infectée mais en contact avec des malades.
Des résultats préliminaires allant déjà dans ce sens d'une forte efficacité étaient parus en 2015.
S'il y avait un cas d'Ebola et une nouvelle épidémie, nous sommes maintenant prêts à y répondre", a commenté Marie-Paule Kieny.
L'essai a été conduit dans la région côtière de Basse-Guinée, qui enregistrait encore des cas d'Ebola quand il a commencé en 2015.

Encore des inconnues

"Avec le vaccin Merck, la protection intervient très tôt après la vaccination, mais nous ne savons pas si la protection durera encore six mois après", a relevé le Dr Kieny.
L'essai a été fait selon une méthode dite de vaccination en anneaux - c'est-à-dire de cercles ou groupes de gens en contact avec un malade, d'abord des proches, puis des sujets qui ont été contacts avec eux et ainsi de suite - qui a été utilisée pour éradiquer la variole.
"Après la fin de l'essai, il y a eu quelques cas en Guinée, ainsi qu'en Sierra Leone, et l'équipe a utilisé la même stratégie : la vaccination des contacts de contacts, avec l'autorisation de la FDA [...] d'utiliser le vaccin en dehors d'un essai clinique", a expliqué Marie-Paule Kieny.
En cas de flambée d'Ebola, avant la commercialisation du vaccin, 300.000 doses d'urgence, grâce à un accord entre l'Alliance pour les Vaccins-GAVI et Merck, pourraient être livrées, et le nombre de doses pourrait atteindre assez rapidement le million.

(...)

Nouvel Observateur, 23/12/2016.
Article intégral en ligne : http://tempsreel.nouvelobs.com/sante/20161223.OBS3019/ebola-l-oms-annonce-un-premier-vaccin-qui-serait-jusqu-a-100-efficace.html

lundi 9 février 2015

L’espoir d’un traitement efficace contre Ebola

C’est une note positive dans la guerre contre Ebola. Les résultats préliminaires – sur quelques dizaines de patients – de l’essai de traitement avec le favipiravir, mené en Guinée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), indiquent que cet antiviral réduit la mortalité de moitié chez les adultes et adolescents présentant un faible taux de multiplication du virus, et accélère leur guérison. En revanche, le médicament ne paraît pas avoir d’efficacité chez les malades ayant une charge virale plus élevée dans le sang.


Ces informations, transmises à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), doivent être présentées à la conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, à Seattle, du 23 au 26 février. Un communiqué, publié mercredi 4 février par l’Elysée, à l’issue d’une rencontre du président de la République avec les professeurs Jean-François Delfraissy, coordinateur français de la lutte contre Ebola, et Yves Lévy, président de l’Inserm, les a en partie dévoilées.
Autorisé en mars 2014 au Japon comme traitement contre la grippe, le favipiravir est commercialisé sous le nom d’Avigan. Son fabricant, Toyama Chemical, disposerait de l’équivalent de 20 000 traitements complets.
Financé par la France et la Commission européenne, l’essai promu par l’Inserm a été mis sur pied en Guinée et a débuté le 17 décembre 2014. Il se déroule en partenariat avec les autorités et les chercheurs guinéens, Médecins sans frontières (MSF), la Croix-Rouge française – qui gère le centre de prise en charge ouvert par la France à Macenta – et l’ONG Alima. Supervisé par un comité de surveillance indépendant, il est mené sur deux sites, l’un à Guéckédou, géré par MSF, et l’autre à N’zérékoré, par Alima.


Signal encourageant

 

Tous les malades reçoivent pendant dix jours le favipiravir à des doses bien supérieures à celles utilisés contre la grippe, souligne le professeur Yves Lévy, actuellement sur place avec le professeur Delfraissy pour s’entretenir avec les autorités guinéennes et effectuer un bilan de l’action de la France. Ce traitement a très bien été accepté et toléré.
Au 25 janvier, il avait été administré à quatre-vingts malades. Le comité de surveillance note une diminution de la mortalité au quatorzième jour après le début du traitement chez les patients adultes et adolescents arrivant tôt et avec une charge virale pas trop élevée, soit soixante-neuf malades, précise le professeur Lévy. Chez ces malades, le taux de mortalité a été abaissé à 15 %, contre 30 % sans traitement. C’est un signal encourageant de l’efficacité du traitement.
Celui-ci se poursuit, et de nouveaux patients sont traités et suivis, plus de cent au total actuellement. « Nous allons discuter avec les autorités guinéennes de l’accès à ce traitement afin de s’assurer que les données indispensables pourront être recueillies auprès des nouveaux patients traités », explique le professeur Lévy. Le professeur Delfraissy indique que, grâce à l’action du Quai d’Orsay, les doses pour traiter cinq cents patients sont déjà stockées à Conakry.


Dans le cas de l’utilisation du favipiravir contre la grippe, les résultats sont optimaux lorsque le patient est traité dans les deux ou trois jours suivant l’apparition des symptômes. Or, dans le cas des malades d’Ebola, les patients arrivent plus tard aux centres de traitement, la moitié d’entre eux avant cinq jours et l’autre moitié au-delà. Pour cette raison, « il faut ramener les patients vers les centres de prise en charge, déployer des équipes de surveillance, notamment dans les zones difficiles, sans oublier de répondre aux autres tâches sanitaires, comme les enfants non vaccinés ou les traitements au long cours interrompus », insiste le professeur Delfraissy.
Que ce soit pour des traitements ou des vaccins, la difficulté pour les essais mis en place dans les pays d’Afrique de l’Ouest, touchés par Ebola, est la taille des effectifs de participants nécessaires pour obtenir des résultats significatifs. Ils ont été calculés sur la base du nombre de nouveaux cas au mois de septembre, notablement plus élevés que ceux observés fin décembre et en janvier. Cela complique la tâche pour déterminer s’il faut bien imputer au traitement l’amélioration observée.

Essai interrompu

 

La semaine dernière, l’essai en cours au Liberia avec un autre antiviral, le brincidofovir, a été interrompu. Le fabricant américain Chimerix avait décidé de ne plus participer à de futurs essais. Le comité scientifique de l’essai, regroupant les chercheurs libériens et ceux de l’université d’Oxford et de MSF, a estimé qu’il ne serait pas possible de recruter suffisamment de malades dans le pays.
La bataille contre le virus est loin d’être gagnée. Après une nette décrue mi-janvier, les contaminations sont reparties à la hausse, et la situation en Sierra Leone, pays le plus touché, reste très préoccupante. Les ONG redoutent le début de la saison des pluies qui risque d’isoler certaines zones. « Le virus nous a dit haut et fort, cette semaine : “Je ne vais pas disparaître comme vous vous y attendez” », résume le docteur Ayward, chef des opérations anti-Ebola pour l’OMS, à propos du dernier bilan. L’épidémie d’Ebola ne s’achèvera qu’après une absence totale de cas pendant quarante-deux jours consécutifs dans les pays touchés.

Paul Benkimoun, Le Monde, 06/02/2015.

dimanche 16 novembre 2014

Visite guidée dans le QG de la guerre anti-Ebola

Ici, pas de combinaison étanche ni de masque de protection. Au siège de l'Organisation mondiale de la santé, à Genève, c'est avec des études épidémiologiques, des courbes et des analyses que se mène la lutte contre la fièvre hémorragique. Médecins, statisticiens, anthropologues... suivent en temps réel la progression du virus. Et coordonnent la riposte. La coordination, c'est justement ce qui a manqué au sein de l'OMS au début de l'épidémie, lui laissant le temps d'exploser. Une erreur que l'institution tente aujourd'hui de rattraper.

 

Le siège de l'OMS à Genève.
Le siège de l'OMS à Genève. | M Le magazine du Monde


C'est là, dans un petit bureau de rien du tout, perdu dans un couloir sans âme de l'un des dix bâtiments du siège de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), à Genève, que le Dr Pierre Formenty conserve ses cahiers rouges. Vingt-deux en tout. Tous consacrés au virus Ebola, dont cinq noircis de notes sur l'épidémie qui frappe cette année l'Afrique de l'Ouest et a déjà fait environ 5 000 morts. C'est là, depuis le 14 mars, date du premier courriel reçu des équipes de l'OMS en Guinée révélant un cas « suspect », qu'il a consigné jour après jour ses interrogations, puis ses certitudes. Là qu'il a écrit pour la première fois « Ebola ? ». Avant de noter, quelques pages plus loin « Ebola ». C'était le 21 mars. Un mois plus tard, il s'envolait pour Conakry avant de se rendre à Guéckédou, à la frontière de la Sierra Leone et du Liberia, où il a enquêté pendant trois semaines sur les premiers cas avérés et la chaîne de transmission.
A 54 ans, le docteur Formenty est le « Monsieur virus Ebola » de l'OMS. « Un maniaque », selon ses collègues, qui passe des heures à travailler chaque mot et chaque dessin des documents qu'il envoie aux personnels de santé sur place afin qu'ils soient le plus compréhensibles possible. Procédures d'isolement et d'enterrement, mesures de protection, détail des soins… « Inutile d'envoyer des recommandations en jargon médico-technique pour experts internationaux, j'écris pour ceux qui sont en première ligne », explique-t-il.

UN RETARD DE QUATRE MOIS

Cela fait presque vingt ans que cet ancien vétérinaire aux airs de gentleman farmer traque Ebola en Afrique. Originaire de Perpignan, il a un jour tout plaqué pour diriger un laboratoire de virologie en Côte d'Ivoire et a découvert, en 1996, une nouvelle souche du virus chez les chimpanzés. Il a ensuite passé cinq ans dans les forêts du pays à rechercher le réservoir. En vain. Même s'il a pu établir un lien avec les chauves-souris. Depuis, il est envoyé sur le terrain dès que la fièvre hémorragique, découverte en 1976, refait surface.

Des apparitions « surprises » - « Le monde se croyait débarrassé des maladies infectieuses », dit-il - mais relativement « modestes » jusqu'à présent : quelques dizaines de personnes contaminées dans les années 1990 en République démocratique du Congo (ex-Zaïre) et au Gabon, puis au cours de la décennie suivante au Congo, au Soudan et en Ouganda. Et surtout, rapidement contenues. « Ce qui, à chaque fois, a demandé beaucoup de moyens, d'organisation et de coordination, souligne-t-il. C'est peut-être ce qui a fait défaut cette fois-ci. » C'est même certain.
Il a fallu attendre plus de quatre mois pour que l'OMS décrète l'état d'urgence. Tous les matins, à 9 h 30, le Dr Formenty se rend au sous-sol du bâtiment principal, dans la « SHOC room » (Centre stratégique d'opérations sanitaires), la salle de crise de l'OMS, « les yeux et les oreilles » de la riposte mondiale de l'institution aux épidémies et aux crises sanitaires. A 6 000 kilomètres des foyers infectieux et de la panique, c'est ici, dans une salle de réunion d'une surprenante banalité que se joue, dans le calme, la guerre contre Ebola. Ici, dans une pièce sans fenêtre où l'on ne pénètre qu'en montrant patte blanche, que chaque jour, depuis fin mars, les équipes de l'OMS font le point sur la situation et coordonnent les efforts pour stopper la contagion.
Si, au départ, ils n'étaient qu'une dizaine à se rassembler sous la houlette du Dr Richard Brennan, directeur du département Gestion des risques associés aux urgences et interventions humanitaires, depuis le mois d'août, ils sont environ quarante. Epidémiologistes, scientifiques, informaticiens, médecins, logisticiens, anthropologues (spécialistes du langage et des cultures locales) et, parfois, représentants d'organisations humanitaires... Tous scrutent les cinq écrans projetant les courbes de progression (en Sierra Leone) ou de décrue (au Liberia). Au bout du fil, le représentant de l'OMS au Ghana, le plus proche des pays contaminés, fait part de la situation sur place.

La mine grave, les experts épluchent et analysent les données (nombre de cas suspects et confirmés, de morts), recoupent les informations avec les résultats d'analyses des laboratoires et font le point sur les actions en cours. Au programme : amélioration du système de traçage des « contacts » (où le malade est-il allé ? Avec qui a-t-il été en relation ?), nouvelles recommandations concernant l'équipement de protection individuelle, ouvertures de centres de traitement, etc.
L'équipe du Dr Brennan passe également en revue l'aide financière internationale. La France, qui a promis 20 millions d'euros, est citée. Ce matin-là, le Dr Sylvie Briand, 50 ans, directrice du département Pandémies et épidémies, détend l'atmosphère : « Il est important de préciser que les gens peuvent aller boire un café ensemble à la cafétéria et se parler sans risquer d'attraper Ebola !, dit-elle. Cela me fait penser à Harry Potter : quiconque prononce le mot tabou  "Voldemort" déclenche un puissant sortilège brisant instantanément la protection magique. C'est un peu pareil, comme si on ne pouvait pas parler du virus sans être immédiatement infecté. » L'intervention fait sourire, mais elle révèle l'ampleur de la crainte - parfois injustifiée - que suscite le virus.
Même au sein de l'OMS, le mot Ebola fait peur. « Il a fallu faire circuler une note interne pour expliquer à tout le personnel que tant que les personnes ne présentent pas de symptômes, elles ne sont pas contagieuses », raconte le Dr Briand. La semaine précédente, elle a dû rassurer les écoles internationales de Genève qui envisageaient d'interdire aux enfants des salariés de l'OMS revenant de mission l'accès à leurs établissements. « Il faut trouver les bons mots : si on leur dit ''vous êtes ridicules'', ça ne marche pas », souligne-t-elle.
 
LE PLAN DE BATAILLE

Depuis le 3 novembre, le bureau du Dr Briand est installé au coeur d'un plateau situé au premier étage du bâtiment principal. C'est ici que sont désormais réunis, dans une ambiance très studieuse, tous les acteurs de l'OMS luttant contre le virus Ebola. Soit une centaine de personnes réparties par pôle d'activité : cartographie, recueil des données, soutien informatique, communication, engagement social (anthropologues en relation notamment avec les leaders religieux locaux, chrétiens et musulmans), science du virus, planning, finances, équipement et vaccins. Ces experts sont en liaison permanente avec environ 200 employés sur le terrain.

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Par

 Lire la suite sur le site internet du journal Le Monde : http://abonnes.lemonde.fr/m-actu/article/2014/11/14/dans-le-qg-de-la-guerre-anti-ebola_4522917_4497186.html

dimanche 19 octobre 2014

L’un des deux vaccins attendus contre Ebola ne sera pas disponible avant 2016

Les vaccins développés dans l’urgence contre le virus Ebola parviendront-ils à temps pour immuniser les soignants et les populations les plus exposés et enrayer enfin l’épidémie qui sévit depuis mars 2014 en Afrique de l’Ouest, avec plus de 4 500 morts ? La question est posée après les déclarations du responsable de la recherche vaccinale de la firme pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK), qui reconnaît des retards à lancer ce programme et n’envisage pas que son vaccin puisse être disponible avant 2016.


GSK travaille sur l’un des deux candidats vaccins contre le virus de la fièvre Ebola identifiés comme prometteurs par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Baptisé cAd3-ZEBOV, il utilise un adénovirus de chimpanzé, inoffensif pour l’homme, dans lequel a été inséré un gène non infectieux du virus Ebola afin d’éduquer le système immunitaire à reconnaître et à détruire ce dernier.

Après des résultats encourageants lors d’essais sur des singes, la phase préliminaire d’études chez l’homme a été lancée au début d’octobre sur des volontaires sains aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Elle aura également bientôt lieu sur le continent africain, au Mali et au Ghana. Au total, 160 volontaires y prendront part.
Parallèlement au développement du procédé de fabrication industrielle, ces essais dits « de phase 1 » n’ont pour but que l’évaluation de l’innocuité et de la tolérance du candidat vaccin, ainsi qu’une première estimation de sa capacité à induire une réaction immunitaire. L’efficacité est jugée lors d’essais cliniques ultérieurs, dits « de phase 2 ». Et il faut également déterminer le bon dosage et pratiquer des essais à plus grande échelle (phase 3) afin de consolider les connaissances sur la protection induite.

Un vaccin expérimental est développé au Canada, à Winnipeg.
Un vaccin expérimental est développé au Canada,
à Winnipeg. | AFP / MICHEL COMTE

TROP TARD POUR CETTE ÉPIDÉMIE

 

Dans un entretien accordé à la BBC, mis en ligne vendredi 17 octobre, le docteur Ripley Ballou, directeur du programme de recherche vaccinale sur Ebola chez GSK, a indiqué que les données complètes de sécurité et d’efficacité ne seraient pas disponibles avant la fin de l’année 2015. GSK espère disposer de près de 20 000 doses prêtes à être testées au début de l’année prochaine. « Nous devons être capables de fabriquer le vaccin dosé conformément à ce qu’il faudra utiliser en pratique courante et cela nous entraînera largement en 2016 pour en arriver là, a déclaré le docteur Ballou. Je ne pense pas que l’on puisse le considérer comme la première réponse à cette épidémie en cours, mais les essais en cours pourront aider dans le futur. »
« Entendre GSK affirmer qu’un vaccin Ebola arrivera “trop tard” est franchement décevant, a réagi le docteur Manica Balasegaram, directeur exécutif de la campagne d’accès aux médicaments de Médecins sans frontières. Nous reconnaissons et approuvons le développement fortement accéléré du vaccin Ebola de GSK, mais les efforts doivent s’intensifier, car nous pensons qu’un vaccin serait important pour enrayer cette épidémie, de même que prévenir et contrôler Ebola à l’avenir. Personne ne sait combien de temps durera cette épidémie. Nos patients, ceux qui travaillent en première ligne et la population de l’Afrique de l’Ouest ne peuvent entendre que c’est trop tard. »
Pour ce responsable de MSF, la situation sur le terrain est « catastrophique ». Dans cette crise, « un vaccin pourrait être le point charnière », affirme-t-il. « Cette épidémie ne permet aucun retard, et l’impact d’un vaccin sur le nombre de gens qui seront atteints et qui mourront d’Ebola pourrait être significatif. Les pays doivent aussi jouer leur rôle en incitant et en facilitant son développement. Nous encourageons GSK, de même que tous les autres développeurs de vaccins, à tout mettre en œuvre et à être ambitieux afin d’obtenir un vaccin sûr et efficace pour l’Afrique de l’Ouest aussi vite que possible. »

ATERMOIEMENTS

 

Accélérer la mise au point et la fabrication d’un vaccin est indispensable, mais il n’est pas question de faire n’importe quoi, tout le monde est d’accord sur ce point. Dans cette course contre la montre, qui se chiffre en milliers de vies, le docteur Ballou, dans son entretien à la BBC, révèle des atermoiements lors des discussions sur l’accélération du développement d’un vaccin contre Ebola qu’a eues GSK avec l’OMS en mars 2014, alors que l’épidémie avait déjà débuté. D’après lui, cette nécessité avait été écartée.
« Personne n’a anticipé que nous aurions besoin d’un vaccin. De ce fait, en interne et — je crois — à l’OMS, nous avons pensé que la meilleure attitude serait de surveiller étroitement l’épidémie. » Le journaliste de la BBC Simon Cox commente : « Sept mois plus tard, avec un virus hors de contrôle, [le docteur Ripley Ballou] concède : “Rétrospectivement, je pense que nous aurions dû déclencher le tir plus tôt. Mais, vous savez, ce qui est fait est fait, et nous travaillons étroitement avec l’OMS. Il n’y a pas lieu de pointer du doigt les uns ou les autres à ce sujet”. » Pas sûr que tout le monde passe ces retards par pertes et profits.

Par Paul Benkimoun.
Article publié dans le journal Le Monde du 18 octobre 2014.

jeudi 16 octobre 2014

Tests Ebola : une course contre la montre

Les autorités sanitaires ont mis en place une procédure afin d’évaluer l’éventualité d’une infection par le virus Ebola chez une personne vue par un professionnel de santé ou ayant été signalée aux services de santé. Responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques, à l’Institut Pasteur de Lyon, Sylvain Baize en détaille les différentes étapes, jusqu’à l’obtention des résultats d’analyse.


La possibilité d’une infection par le virus Ebola est envisagée devant un patient ayant voyagé dans un pays considéré comme à risque au cours des 21 jours précédents et présentant une température supérieure ou égale à 38 °C. Elle l’est également pour tout individu n’ayant pas voyagé en zone à risque mais ayant été en contact étroit avec une personne infectée. Cette personne est alors considérée comme cas « suspect ».


ALERTE DU CENTRE 15


Dès lors, la personne suspecte ne doit pas entrer en contact avec d’autres individus. La procédure prévoit que le professionnel de santé, qui le premier a vu le patient, revête des équipements de protection individuelle et alerte l’Institut de veille sanitaire (InVS) et le centre 15. Si l’InVS estime qu’il s’agit bien d’un cas possible, le SAMU, en lien direct avec l’agence régionale de santé (ARS) évacue le patient suspect vers l’établissement de santé de référence (ERS) le plus proche.

L’InVS et l’ARS soumettent le patient à un questionnaire plus poussé, notamment pour préciser l’existence de facteurs de suspicion supplémentaires : contact avec un malade, soins à une personne infectée, participation à des funérailles dans un pays affecté, signes hémorragiques évocateurs, consommation de viande de brousse… Le cas sera également considéré comme possible si la personne n’est pas en état de répondre ou s’il existe des doutes sur les dates de séjour en zone à risque.

Une fois arrivé à l’ESR, le cas suspect sera isolé en chambre à dépression et les personnels de santé s’équipent afin d’éviter tout contact avec le patient présentant des symptômes compatibles, mais également en cas de doute si la personne n’est pas en état de répondre ou s’il existe des interrogations sur les dates de séjour en zone à risque.
 

Par Paul Benkimoun.
Article publié par Le Monde du 16 octobre 2014. 

dimanche 12 octobre 2014

Ebola : « Ce n'est pas en niant la possibilité du risque que l'on va rassurer les gens »

Les mouvements de panique commencent à se faire jour en France face à la propagation sans précédent du virus Ebola – responsable de 3 900 morts en Afrique de l'Ouest – et le rapatriement de plus en plus de patients infectés en Occident. Après un début de panique dans une école primaire accueillant un enfant arrivé de Guinée à Boulogne-Billancourt, un bâtiment public de Cergy-Pointe (Val-d'Oise) a été bouclé pendant une heure, jeudi 9 octobre, avec une soixantaine de personnes à l'intérieur, suite au malaise d'un jeune homme également de retour de Guinée. Une fausse alerte.


William Dab, médecin, titulaire de la chaire d'hygiène et sécurité du Conservatoire national des arts et métiers, directeur du laboratoire de recherche Modélisation et surveillance des risques pour la sécurité sanitaire, et auteur du blog Des risques et des hommes sur LeMonde.fr, revient sur la gestion des crises sanitaires et rappelle que « la question clé est celle de la confiance » de la population et de la « crédibilité des autorités sanitaires ».

Existe-t-il actuellement une psychose autour d'Ebola dans les pays occidentaux ?

William Dab : Je trouve le mot « psychose » excessif. Il existe plutôt une forte inquiétude légitime. Les modes de transmission de la maladie sont connus : ils demandent des contacts étroits avec la personne infectée (avec les liquides biologiques tels que la salive, le sang, le sperme) et il n'y a pas de transmission aérienne. On est donc dans une situation a priori maîtrisable dans des pays à haut niveau d'hygiène.

Malgré ces éléments rassurants, on a vu qu'aux Etats-Unis comme en Espagne, les systèmes de santé n'étaient pas suffisamment préparés pour gérer correctement des cas d'Ebola. Aux Etats-Unis, cela fait plus de dix ans que la lutte contre le bioterrorisme est une priorité présidentielle, et malgré tout, dans un hôpital qui n'est pas au fin fond du Middle West – c'est quand même Dallas au Texas –, des erreurs considérables ont été commises, qui montrent que le corps médical ne possède pas les réflexes de base pour prendre en charge les malades d'Ebola. En Espagne, il y a eu également une série d'improvisations et de protections inappropriées. L'inquiétude qui est en train de se manifester dans les pays occidentaux, et notamment en France, vient d'une certaine impréparation du personnel de santé.

Le terrain est en train de devenir favorable à des réactions inappropriées de grande ampleur. Dans les crises sanitaires, la question clé est celle de la confiance. Le fait que des grands pays, que ce soient les Etats-Unis ou l'Espagne, montrent qu'ils ne sont pas pleinement capables de maîtriser des signaux d'alerte crée une situation de perte de confiance. Et quand la population perd confiance, toutes sortes de réactions peuvent surgir. C'est ce qu'on a connu au moment du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), lorsque des gens ont, par exemple, refusé de travailler avec certains de leurs collègues qui revenaient d'Asie. Des entreprises ont dû fermer à ce moment-là. Aujourd'hui, on pourrait voir des parents qui ne veulent plus envoyer leurs enfants à l'école car il y a des enfants africains dans les classes.



Tout savoir sur le virus Ebola par lemondefr


Audrey Garric, Le Monde du 10 octobre 2014.

vendredi 3 octobre 2014

Ebola : l’épidémie de tous les maux

Ebola profite, depuis janvier, d’un système de santé africain en panne et d’une communauté internationale, jusqu’à maintenant trop préoccupée par d’autres enjeux, pour faire des ravages. Alors que la barre des 3000 cas vient d’être franchie en Afrique de l’Ouest, les ONG et l’OMS lancent un ultime appel au monde, « celui de la solidarité ».


La semaine dernière, Axelle Van Door Nick de Médecins Sans frontières a assisté à l’accouchement d’une femme contaminée par Ebola. Au centre du petit village de Kailahun, en Sierra Leone, l’arrivée de ce bébé en bonne santé a « été un message d’espoir envers toute la communauté, qui côtoie la mort depuis six mois », raconte la coordinatrice de projet MSF sur Kailahun. Malgré un accouchement réalisé dans des conditions extrêmes au cœur du centre de santé où les patients s’entassent, la maman, aujourd’hui guérie, et l’enfant vont bien. « Une belle image », sourit Axelle, le temps d’un instant car ces moments là, restent rares, voir inespérés, depuis l’arrivée de l’épidémie en Afrique de l’Ouest en janvier dernier. Des tristes moment comme celui-ci sont plus courants: « un petit garçon est arrivé dans mes bras, sans repères. Ebola a tué sa famille. Un orphelin de plus, de trop… », se remémore douloureusement la Belge. Plus loin, devant l’unique centre de santé de Kailahun, Axelle raconte qu’un homme, présentant des symptômes Ebola, patiente depuis quatre heures déjà dans l’ambulance. « Il attend qu’une place se libère ». Une place qui sera libérée, parmi la soixantaine de lits des cas confirmés, « souvent à cause d’un nouveau décès, rarement à la suite d’une guérison », laisse comprendre la coordinatrice de Médecins Sans frontières.
À Freetown, Eric de Monval, directeur des opérations d’Action Contre la Faim, déplore « le manque de structure de traitement ». « Les équipes médicales locales sont débordées et dépassées car elles ne sont parfois, ni formées ni équipées pour faire face au virus ». Entre le 23 mars et le 27 septembre, l’Organisation Mondiale de la Santé a relevé, dans les trois pays les plus touchés - Sierra Leone, Libéria et Guinée - 6574 cas et 3093 décès. À ce jour, 337 agents de santé ont été infectés et au moins 181 sont décédés. Mais « ces chiffres bouleversants sont bien en deçà de la réalité et devrait être multipliés par deux car de nombreux corps défunts sont préservés par les familles. D'autres sont découverts trois mois après...», explique Axelle.


Photo: Kia Sambou/AFP
 Photo: Kia Sambou/AFP

Par Sarah Sudre.
Article publié dans le journal L'Humanité du 29 septembre 2014.

jeudi 2 octobre 2014

Pourquoi et comment l'Ebola s'est répandu aussi vite

L'Afrique de l'Ouest est touchée depuis dix mois par la plus grave épidémie d'Ebola depuis la première observation du virus, en 1976. Qu'est-ce qu'Ebola et pourquoi le virus s'est-il répandu avec une telle vitesse ? Réponse en vidéo.

 

   
Source : infographie publiée par le journal Le Monde du 15.08.2014

Les premiers essais de vaccin sur des malades d'Ebola auront lieu en 2015



Aller le plus vite possible sans compromettre la sécurité et les exigences éthiques. C’est en quelque sorte la philosophie commune qu’ont exprimée plus de 70 experts ayant participé, les 29 et 30 septembre, à la consultation sur l’évaluation et l’autorisation éventuelle de vaccins contre le virus Ebola organisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Jamais, une épidémie de fièvre Ebola n'avait atteint une telle ampleur et une telle dynamique exponentielle.

 

La tendance à l'extension persiste, en particulier au Liberia et à moindre degré en Sierra Leone. Dans son bilan publié mercredi 1er octobre, l’OMS fait ainsi état de 7157 cas (3696 au Liberia, 2304 en Sierra Leone et 1157 en Guinée), dont 3300 ont été mortels. Cinq jours auparavant, le bilan était de 6553 cas, dont 3083 mortels.

Paul Benkimoun
Article publié par le journal Le Monde du 02.10.2014

Ebola : 6 questions sur le premier cas découvert aux Etats-Unis

Ebola : une personne placée à l'isolement à Hawaï


Le virus Ebola a fait 3 338 morts en Afrique de l'Ouest sur 7 178 cas enregistrés dans cinq pays (Sierra Leone, Guinée, Liberia, Nigeria, Sénégal), a indiqué l'Organisation mondiale de la santé mercredi 1er octobre. Ce dernier bilan, arrêté au 28 septembre, est publié alors que le premier cas d’infection par le virus Ebola diagnostiqué hors d’Afrique a été détecté aux Etats-Unis. Contrairement aux quatre soignants successivement rapatriés du Liberia, il s’agit cette fois d’une personne qui était arrivée à Dallas (Texas) le 20 septembre en provenance de ce pays, sans présenter le moindre symptôme de la maladie.

Ce n’est que quatre jours plus tard que les premiers signes ont commencé à apparaître. Le patient, de nationalité libérienne, a été hospitalisé et placé en isolement le 28 septembre au Texas Health Presbyterian Hospital de Dallas. Un cas importé de fièvre Ebola qui soulève des questions.

Par Paul Benkimoun
Article publié par le journal Le Monde du 01.10.2014

Ebola aux Etats-Unis : le patient aurait pu être diagnostiqué plus tôt

Le premier malade d'Ebola diagnostiqué hors d'Afrique est de nationalité libérienne, ont annoncé les services de santé américains, mercredi 1er octobre, au lendemain de l'annonce de son hospitalisation à Dallas, au Texas.


L'homme, dont on ignorait jusque là l'identité, avait séjourné dans son pays d'origine avant d'atterrir sur le sol américain, le 20 septembre, sans présenter de symptômes de la maladie. « Ce n'est pas une erreur dans le processus de dépistage à l'aéroport » , a assuré, mercredi, le Dr Tom Kenyon, expert des Centres fédéraux américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) lors d'une conférence de presse à l'ambassade des Etats-Unis à Monrovia (Liberia).

Lors de la période d'incubation, qui peut durer jusqu'à 21 jours, le patient, sans symptômes, n'est, en effet, pas contagieux.



Article publié par le journal Le Monde du 02.10.2014

jeudi 25 septembre 2014

Ebola : les retards pour contrôler l’épidémie se chiffrent en milliers de vie

Les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américains ne jouent pas à Madame Irma. S’ils ont publié, mardi 23 septembre, une étude estimant le nombre de cas à venir dans l’épidémie d’Ebola qui sévit au Liberia et en Sierra Leone, c’est afin de définir les efforts supplémentaires à accomplir pour maîtriser la transmission du virus et parvenir à enrayer cet épisode infectieux hors normes apparu il y a six mois.

 

Selon leurs calculs de modélisation, en l’absence d’un renforcement des mesures déjà mises en place, ce ne sont pas environ 8 000 cas d’infection qui auront été comptabilisés au 30 septembre, comme le projettent les données officielles, mais 21 000. Il existe en effet une forte sous-déclaration des patients contaminés, qui impose de multiplier les chiffres annoncés par un facteur de correction de l’ordre de 2,5. Le Liberia porterait la part la plus grande du fardeau avec environ 6 000 cas sur la base des chiffres officiels (16 000 cas après correction). Le dernier bilan publié mercredi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fait pour l’instant état de 5 220 cas pour les deux pays.

LE NOMBRE DE CAS DOUBLE TOUS LES VINGT JOURS


En moyenne, le nombre de cas d’infection double environ tous les vingt jours, avec là encore un rythme plus soutenu au Liberia (multiplication par deux tous les quinze à vingt jours) qu’en Sierra Leone (doublement tous les trente à quarante jours).

Dans l’hypothèse où l’épidémie continuerait de se développer au même rhytme et sans accroissement des moyens pour la contrôler, les CDC parviennent au chiffre impressionnant d’environ 550 000 cas au 20 janvier 2015 pour les deux pays soit, après correction, 1,4 million de personnes infectées. L’étude du CDC reconnaît cependant que les engagements internationaux pour aider les pays d’Afrique de l’Ouest frappés par Ebola, qui sont en train de se traduire sur le terrain, rendent ces projections extrêmes « très improbables ».

En l’absence d’un vaccin et de traitements éprouvés disponibles, le facteur clé qui décidera du futur de l’épidémie est le contrôle de la transmission du virus. Cela passe tant par les capacités à pouvoir hospitaliser les malades dans des unités spécialisées que par l’adoption de comportements limitant la contagion (évitement des contacts physiques avec les malades, lavage des mains et funérailles dans des conditions sécurisées).

HOSPITALISATION DANS DES UNITÉS SPÉCIALISÉES


Les CDC ont souhaité illustrer par deux scénarios la manière dont ces deux types d’intervention permettraient de « contrôler et, au bout du compte, mettre un terme à l’épidémie ». Le premier s’appuie sur un accroissement progressif, à partir du 23 septembre, du taux d’hospitalisation des malades dans des unités spécialisées, ainsi que de la proportion d’entre eux vivant dans un environnement où leur risque de transmettre la maladie est réduit.

Selon ce scénario, si ces deux taux atteignaient 70 % au 22 décembre, l’épidémie au Liberia et en Sierra Leone « pourrait presque être terminée le 20 janvier 2015 ». Une fois atteint le seuil de 70 %, l’épisode infectieux décroîtrait à une vitesse aussi grande que celle à laquelle il s’est développé.

NOMBRE QUOTIDIEN DE CAS TRIPLÉ POUR CHAQUE MOIS DE RETARD


Le second scénario compare les conséquences sur le nombre de cas d’infection du délai de la mise en œuvre de moyens supplémentaires pour enrayer l’épidémie. Les CDC estiment qu’en parvenant au seuil de 70 % de patients en isolement à partir du 23 septembre, l’épidémie atteindrait un pic de 1 335 cas par jour (3 408 cas après correction) et tomberait à moins de 300 cas quotidiens au 20 janvier 2015. Dans l’hypothèse où le renforcement des mesures de contrôle interviendrait avec un retard d’un mois, à partir du 23 octobre, le pic épidémique se situerait à 4 178 cas par jour (10 646 cas après correction). Enfin, si le retard atteignait deux mois avec une intensification du contrôle à partir du 22 novembre, le nombre quotidien de cas prévisibles au 20 janvier 2015 serait de 10 184 (25 847 après correction).

Ainsi, précise l’étude des CDC, chaque retard d’un mois pour augmenter le nombre de patients dans des unités spécialisées jusqu’à atteindre un taux d’hospitalisation de 70 % est associé à un quasi-triplement du nombre de cas quotidiens se produisant lors du pic de l’épidémie. Dans les trois hypothèses, l’épidémie se terminerait malgré tout.

L’URGENCE D’INTENSIFIER LES EFFORTS


Comme dans tout travail de modélisation, l’étude des CDC est un reflet imparfait de la réalité en raison de plusieurs limites que ses auteurs, Martin Meltzer et ses collègues, reconnaissent. Tout d’abord, les modifications spontanées de comportement dans la population pour éviter les contacts avec des malades ou des changements dans les mouvements de population peuvent affecter la tendance actuelle de propagation de l’épidémie. Par ailleurs, les calculs s’appuient sur les données des précédentes épidémies. Or, même si celle actuelle paraît posséder les mêmes paramètres épidémiologiques, il n’est pas certain que cela soit toujours le cas.

De même, le facteur de correction calculé par les auteurs (2,5) peut varier au fil du temps et ne pas être applicable de la même manière à toutes les régions d’un pays touché. Enfin, le second scénario ne prend pas en compte les aspects logistiques nécessaires à l’accroissement du nombre de patients placés en unités spécialisées ou vivant dans un foyer où le risque de transmission est réduit.

Malgré ces limites, le travail de modélisation et les scénarios établis par les CDC mettent en évidence l’urgence d’intensifier les efforts des pays touchés et l’aide internationale. Tout retard se paye en milliers de vies.

Par Paul Benkimoun.
Article paru dans le journal Le Monde du 25 septembre 2014.

Ebola : dossier spécial par La Croix

La Guinée, le Liberia et la Sierra Leone font face à la fièvre Ebola. Quels sont les moyens mis en place en Afrique de l'ouest pour stopper la propagation de ce virus ? Combien de temps cette épidémie va-t-elle durer ? 

L'épidémie d'Ebola - La Croix - AFP
Lire le dossier spécial consacré à l'épidémie d'Ebola sur le site du quotidien La Croix : http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Ebola/

lundi 22 septembre 2014

Ebola : quels traitements pour l'infirmière française contaminée ?

La ministre de la Santé a autorisé l'importation et l'utilisation de trois médicaments expérimentaux étrangers susceptibles de guérir Ebola.

La volontaire française de Médecins sans frontière, infectée par le virus Ebola au Libéria, a été rapatriée et prise en charge vendredi 19 septembre à l'hôpital militaire Bégin de Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne. Elle y a été placée en isolement et reçoit des "traitements expérimentaux", a annoncé Marisol Touraine au micro de "RTL". L'hôpital a été tout particulièrement choisi parce qu'il est équipé de "deux chambres à pression négative". Un dispositif destiné à éviter l'échappée du virus à l'extérieur.

La ministre de la Santé a réfuté les critiques dénonçant la lenteur de son rapatriement et a précisé que la volontaire de 29 ans avait commencé à être traitée "dès son transfert". La nature du traitement demeure toutefois floue pour l'instant.

Une dérogation pour importer des médicaments expérimentaux

Sans donner force détails, Marisol Touraine a précisé qu'il s'agissait de "plusieurs types de traitements. Il appartiendra aux équipes de déterminer la nature des traitements à administrer".

Pour soigner la volontaire, le ministère de la Santé a pris la décision d'autoriser "à titre dérogatoire" l'importation et l'utilisation de trois médicaments expérimentaux étrangers. Les médicaments en questions : le ZMapp, l'Avigan et le TKM-100802 - une des versions de TKM-Ebola - qui viennent respectivement du Japon, des Etats-Unis et du Canada.

Un médicament qui guérit une fois sur deux

Le ZMapp est un cocktail de trois anticorps "monoclonaux", développé par Mapp Bio (Biopharmaceutical). Le médicament est en partie dérivé du tabac, grâce au laboratoire Kentucky BioProcessing (filiale du cigarettier Reynolds) et à l'ingénierie génétique. Il a été administré notamment à deux Américains, dont le Dr Kent Brantly, 33 ans, et la missionnaire Nancy Writebol, 60 ans, qui ont tous deux guéri. Un prêtre espagnol de 75 ans et un médecin libérien, qui avaient également reçu ce médicament, sont en revanche décédés.

Son développement est le fruit d'une collaboration entre Mapp Bio et sa filiale LeafBio, toutes deux basées à San Diego (Californie), de Defyrus Inc., un laboratoire canadien de Toronto, ainsi que des gouvernements américain et canadien. "Il ne reste que quelques doses disponibles", explique le professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l'Institut de microbiologie et des maladies infectieuses (IMMI), à l'AFP.

Ebola : quels sont les moyens déployés pour éviter l'épidémie en France ?

Une volontaire française de MSF est contaminée par le virus Ebola. Pour la rapatrier en France et la soigner, un important dispositif de sécurité a été mis en place.

La jeune infirmière française de Médecins sans frontières (MSF), qui a contracté le virus Ebola au Liberia, a été placée en isolement dans un hôpital militaire de la région parisienne, ce vendredi. Elle reçoit depuis des traitements expérimentaux.

Face à l'angoisse de voir la maladie arriver en France, le ministère de la Santé a pris des mesures de sécurité drastiques, depuis le rapatriement de la jeune volontaire jusqu'à son lit d'hôpital où elle est soignée aujourd'hui.

Une mise en quarantaine immédiate

Pour la volontaire française de MSF, le diagnostic est tombé le mardi 16 septembre dans la journée, dans la ville de Monrovia où elle soignait des malades atteints d'Ebola. La maladie étant extrêmement contagieuse, elle a tout de suite été mise en quarantaine dans un centre construit par MSF en attendant son rapatriement en France.

Marisol Touraine a réfuté les critiques dénonçant la lenteur de son rapatriement :
Entre le moment où nous avons été prévenus et son arrivée, il s'est écoulé 50 heures. C'est exactement le temps qu'il a fallu pour rapatrier les personnels américains"

Si le transfert n'a pas pu se faire immédiatement, c'est en raison du dispositif qu'il nécessite. Pour pouvoir transporter le malade d'un pays à un autre, avec le moins de risques possible, l'avion doit être spécialement équipé pour ce genre d'opération, explique "Le Monde". Pendant tout le déplacement la personne contaminé doit être confiné, précise le journal. Le nombre de personnes à rentrer en contact avec le malade doit être réduit au maximum. Toutes doivent porter une combinaison de protection hermétique.

Photo Josef Vostarek/AP/SIPA diffusée sur nouvelobs.com