A l’occasion de la Journée nationale de lutte contre le gaspillage, la chercheuse Mia Birau décrypte « les mécanismes psychologiques, largement inconscients, qui conduisent au gaspillage alimentaire ».
Selon la dernière étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), parue en mai, dix millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année en France. Soit l’équivalent de 16 milliards d’euros et de 15,3 millions de tonnes de CO2.
Ramené à chaque Français, cela représente 29 kg d’aliments jetés
chaque année chez soi, et 155 kg sur l’ensemble de la chaîne
alimentaire. La valeur de la nourriture ainsi perdue représente
240 euros par an et par personne.Les campagnes d’information sur le gaspillage se multiplient. Ont-elles un impact sur les consommateurs ?
En revanche, si le message souligne la part de responsabilité des distributeurs et des restaurateurs, le consommateur est plus disposé à faire des efforts pour réduire le gaspillage, ne se sentant pas le seul concerné. Autrement dit, si le message n’est pas uniquement concentré sur lui, il est prêt à participer à l’effort.
Nos études montrent aussi que lorsqu’on explique que c’est facile de réduire son gaspillage, en somme, que l’on fait appel à la confiance du consommateur, le sentiment d’être accusé s’atténue. Le consommateur est alors disposé à faire plus d’efforts.
Constate-t-on un recul du gaspillage ?
Ce qui est sûr, c’est que la prise de conscience du problème s’accroît. Les programmes, les actions de lutte contre le gaspillage se multiplient. Mais la lutte contre le gaspillage est un chantier de longue haleine. C’est aussi une question de culture. Et changer les comportements prend du temps.
Le gaspillage s’explique-t-il en partie par la prééminence de normes sociales, hygiénistes ?
Certains mécanismes psychologiques, largement inconscients, conduisent en effet au gaspillage. Pour se rassurer sur son niveau de vie, pour conforter son image de « bons parents » prévoyants, d’hôtes généreux, on achète souvent trop.Les consommateurs sous-estiment aussi le remplissage de leur congélateur, de leurs placards et pensent être en mesure de consommer tous les produits achetés avant la date de péremption.
Même au moment du repas, notre inconscient contrecarre les motivations qui ont guidé l’achat. Un souci diététique peut nous avoir poussé à acheter une salade, mais une fois à table, on se laisse tenter par une pizza, des pâtes. De la même façon, on achète un nouveau yaourt pour tester, changer, mais on continue à consommer son yaourt habituel.
Et les habitudes ont la vie dure : la tranche d’entame du pain, le fond de pot de sauce, le reste d’un plat finissent à la poubelle. Même la façon de stocker les aliments relève d’habitudes souvent bien ancrées. On met par exemple les bananes et les biscuits dans le frigo parce que nos parents ont toujours fait cela.
Quant aux dates de péremption, les consommateurs les interprètent souvent comme une alerte immédiate sur la sécurité alimentaire du produit, alors que pour beaucoup de produits, ce n’est qu’une date indicative. On ne fait pas de différence entre « consommer avant ou jusqu’au » et « consommer de préférence avant ». Un certain nombre d’aliments non ouverts finissent ainsi à la poubelle. De la même façon, les études montrent que l’on cuisine d’abord les derniers produits achetés. Les produits plus anciens sont inutilisés, puis jetés.
Article intégral en ligne : http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/10/14/des-mecanismes-psychologiques-largement-inconscients-conduisent-au-gaspillage-alimentaire_5014017_3244.html
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